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Par CP, le

5 questions à Bernard Riera, responsable innovation et prospective de Globecast

L'évolution des formats audiovisuels est un des grands thèmes de l'actualité. Bernard Riera, responsable innovation et prospective de Globecast, filiale du groupe Orange et spécialisée dans la gestion et la livraison des contenus, a accepté de nous donner son opinion d'expert sur ce sujet.

Télé Satellite & Numérique : Vous évoquez, dans un récent article, l'évolution des formats audiovisuels. Après l'OTT et la TV multiplateformes, comment voyez-vous l'avenir des formats, à savoir quels sont les prochains pas ?

Bernard Riera : A court et moyen termes, si on s'en tient aux formats de diffusion, l'UHD-1 incluant en plus de la 4K (plus de pixels) , le HFR, HDR et WCG devrait être la prochaine étape vers une expérience utilisateur plus immersive. Si l'on élargie le domaine des usages, nous allons certainement voir apparaître beaucoup plus d'interaction entre le consommateur et le contenu, je pense à de nouvelles formes d'écriture comme le trans-media et le cross-media mais aussi à des comportements déjà répandus comme l'interaction avec les réseaux sociaux et la recommandation.
Dans une vision beaucoup plus prospective à l'horizon 2025, on peut envisager des améliorations dans le domaine des formats TV (la 8K dite UHD-2, la 3D holographique) dans le domaine de l'interaction (capacité pour le consommateur de construire sa proche réalisation en particulier dans le domaine des évenements sportifs, création de chaînes linéaires personnelles personnalisation de l'offre plus efficace…)

Télé Satellite & Numérique : Selon vous, les bouquets par satellite continuent-ils à être une valeur sûre ou leur avenir est plutôt menacé ?

Bernard Riera : Je pense que les bouquets satellites ont encore un avenir et plus généralement la diffusion broadcast néanmoins les offres devront évoluer. La ressource broadcast (satellite ou TNT) est une ressource rare en termes de fréquences et donc une ressource chère. Elle est bien adaptée économiquement quand on veut adresser une large audience avec des contenus premium, alors même que l'OTT est économiquement adapté à une audience plus ciblée. Du point de vue du modèle économique, le coût d'un réseau satellite est indépendant du nombre de spectateurs alors que le coût de l'OTT croît avec le nombre de connexions.
Ceci étant dit, l'arrivée de l'UHDTV est une opportunité pour les bouquets satellites à la condition de recentrer leur offre sur des chaînes premium à forte audience diffusant des contenus de haute qualité en rapport avec les performances de l'UHDTV.

Télé Satellite & Numérique : Dans ce même article, vous divisez l'UHD en deux phases (phase 1 pour la 4K, phase 2 pour la 8K). Pouvez-vous nous expliquer en détail l'évolution entre l'une et l'autre ?

Bernard Riera : L'UHD-1 est une norme qui s'appuie sur 4 axes d'amélioration de l'image visant à créer une expérience utilisateur plus immersive. Ces axes d'amélioration sont :

  • L'amélioration de la définition spatiale de l'image avec une définition 4 fois supérieure à celle de la HD, c'est ce que l'on appelle la 4K et qui constitue la phase 1 de l'UHD-1
  • L'amélioration de la définition temporelle , en augmentant le nombre d'image par secondes on augmente la fluidité de l'image ce qui est bénéfique lorsqu'il s'agit de restituer des contenus très dynamiques (sport), c'est ce que l'on appelle le HFR (High Frame Rate)
  • L'amélioration du rendu des couleurs pour une restitution plus proche de la réalité, c'est ce que l'on appelle le WCG (Wide Color Gamut) en passant de la norme Rec703 héritée des écrans cathodique à la norme BT2020
  • L'amélioration du rendu des contrastes pour une meilleure lisibilité de l'image lorsqu'elle présente des variations d'éclairage importantes (partie de l'image sous-exposée et surexposée), c'est ce que l'on appelle le HDR (High Dynamic Range).

HFR, WCG et HDR constituent la phase 2 de l'UHD-1 et complètent l'augmentation de la définition spatiale (4K) pour former la norme UHD-1.
D'une façon plus prospective, des industriels (KDDI, NHK) travaillent sur une augmentation de la définition spatiale post UHD-1 , c'est l'UHD-2 ou 8K dans laquelle la résolution spatiale (nombre de pixels) sera 4 fois supérieure à celle de l'UHD-1 soit 16 fois supérieure à celle de la HDTV. A ce stade rien n'est défini concernant une éventuelle amélioration des autres composantes de l'UHD même si on peut envisager comme probable une augmentation du nombre d'images par seconde (HFR).

Télé Satellite & Numérique : Selon vous, l'UHD TV est là pour durer. On disait la même chose encore récemment pour d'autres formats, notamment la TV3D. D'où vous vient cette certitude ?

Bernard Riera : Je dirais que le contexte est relativement différent et ce pour plusieurs raisons.
La TV3D consistait à transmettre sur l'écran 2 images capturée avec décalage spatial d'une distance correspondant à l'écartement moyen des yeux d'un être humain et à restituer la vision binoculaire (stéréoscopique) via des lunettes. Cette approche s'est heurtée à plusieurs limites :

  • Technologique : chaque fabricant d'écran a développé sa propre solution propriétaire dans le domaine de l'appairage de l'écran et des lunettes rendant impossible toute interopérabilité entre des lunettes d'un fabricant « X » et un écran d'un fabricant « Y ». Ceci a eu pour conséquence un frein économique au déploiement, le coût des lunettes pour le grand public étant assez élevé (de l'ordre de 100 € l'unité)
  • Physiologique : de nombreuses études ont montré que la TV3D pouvait avoir des effets physiologiques négatifs (maux de tête, nausée) sur certains individus dépendant des conditions de visualisation, de la durée d'utilisation et des sensibilités propres à chaque individu.
  • En termes d'usage : le port de lunette stéréoscopique est peu adapté à l'usage que nous faisons de l'écran de télévision qui se trouve dans un environnement que je qualifierai d'ouvert (TV dans une pièce éclairée avec d'autres spectateurs avec lesquels nous sommes amenés à échanger, possibilité de se déplacer dans d'autres pièces du foyer durant la diffusion d'un programme, usage de plus en plus répandu du multi-écrans , multi-tasking ….) alors même que cet usage est beaucoup plus adapté à la salle de cinéma que je qualifierai d'environnement fermé (salle obscure, pas de multi-écrans , condition de visualisation optimale )
  • En termes de contenus : la captation stéréoscopique nécessite d'intégrer la dimension 3D dans l'écriture du contenu, elle est donc adaptée aux contenus scénarisés (films , documentaires, téléfilm) où le stéréographe est associé dans le début de la conception de l'œuvre et assiste le réalisateur dans toutes les phases. A contrario la captation non scénarisée (évènements en direct en particulier le sport) est très mal adapté à la 3D , le réalisateur devant faire des choix médians afin d'éviter les effets physiologiques négatifs et donc en conséquence avec très peu d'effet stéréoscopique donc d'effet « waouh ».

En synthèse on ne peut pas considérer la TV3D comme un accroissement de la qualité de la TVHD mais comme une expérience différente qui pour toutes les raisons évoquées précédemment s'est montrée décevante.
A contrario, l'UHDTv a été conçue comme une amélioration de la TVHD en tentant d'approcher dans une restitution 2D un peu plus la réalité et ce au travers de plusieurs axes d'amélioration que sont l'amélioration de la restitution spatiale (plus de pixels) , l'amélioration de la restitution temporelle pour plus de fluidité d'images, des couleurs et des contrastes. On peut donc considérer que l'UHDTv se positionne vis-à-vis de la HDTV tout comme la HDTV l'a été vis-à-vis de la SDTV.
C'est pour toutes ces raisons qui sont de plus étayées par un fort engagement de l'Industrie que je considère comme beaucoup d'autres que l'UHDTv est pérenne.

Télé Satellite & Numérique : La création de contenus Ultra HD se fait attendre. Quelle seraient les solutions pour accélérer leur création ?

Bernard Riera : Il existe des contenus « éligibles » à l'UHDTV. Aujourd'hui, la plupart des contenus de stock (films, téléfilms, documentaires) sont « nativement » UHD, seule la postproduction est faite au format HD afin d'assurer la compatibilité avec les canaux de diffusion et les écrans. Je ne pense pas que le frein principal soit au niveau de la création de contenus du moins en ce qui concerne les contenus scénarisés . Bien entendu il reste beaucoup de chemin à faire et de choses à apprendre pour ce qui est de la captation live. Je dirai que le principal frein est aujourd'hui économique et ce dans plusieurs registres :

  • Les chaines de TV qui souhaiteront passer en UHDTv devront résoudre une équation économique complexe. D'une part consentir de lourds investissements dans leurs infrastructures pour être « Full UHD », d'autre part trouver des sources de revenus qu'ils soient publicitaires ou par abonnement à la hauteur de leurs investissements. A ce titre l'expérience du passage à la HDTv a démontré qu'il était très difficile de résoudre cette équation
  • Le parc de setup boxes installé aujourd'hui (satellite, câble, IPTV, OTT) ne supportera pas le passage à l'UHDTv ce qui implique un renouvellement couteux
  • Les réseaux broadband sont encore limités par leur bande passante rendant l'éligibilité à l'UHD marginale, a contrario les réseaux broadcast sont mieux placés techniquement aujourd'hui mais pâtissent de leur piètre capacité à assurer des services non linéaires (VoD) qui constituent le fond de commerce de l'UHDTv pour les 2 à 3 ans à venir.

Télé Satellite & Numérique : Merci M. Riera d'avoir répondu à nos questions.

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