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Modules et terminaux en question

Depuis quelques mois arrivent sur le marché des modules PCMCIA dont les noms « Magic », « Universal » ou « Global », qui n’ont plus rien à voir avec les modules que nous connaissons depuis plusieurs années.

Depuis quelques mois arrivent sur le marché des modules PCMCIA dont les noms « Magic », « Universal » ou « Global », qui n’ont plus rien à voir avec les modules que nous connaissons depuis plusieurs années. Ces produits, qui se répandent rapidement, ne remplissent pas les conditions techniques et légales pour garantir au consommateur le service qu’il est en droit d’attendre.

Parallèlement, certains constructeurs de terminaux numériques ont commercialisé des produits dit « patchables », permettant d’accéder au logiciel résident et de le modifier grâce à des logiciels « non officiels », que l’on trouve sur de nombreux sites internent. Humax, un de ces constructeurs, vient de payer sa « politique d’ouverture » en se voyant retirer purement et simplement sa licence Viaccess (voir encadré) à compter du 1er juillet 2002. C’est la première fois qu’un constructeur se voit retirer une licence de cryptage !

Viaccess retire sa licence à Humax

Sur le site internent. de Viaccess SA on trouve, en anglais, le communiqué suivant : « We hereby notify all our partners licensed under the Viaccess technology that Viaccess has terminated on July 1, 2002 its license agreement with Korean manufacturer Humax due to constant and numerous breaches to its licence obligations, such breaches having seriously harmed Viaccess licensed operators, manufacturers and distributors. As a consequence, any manufacture and sale of set top boxes embedding the Viaccess technology made by HUMAX is illegal, and any purchase of such products can only be construed as counterfeit and will not be supported by Viaccess. » Notez que ce texte stigmatise l’attitude d’Humax qui a « rompu à plusieurs reprises ses obligations de licencié entrainant des conséquences dommageables chez les autres constructeurs, les opérateurs et les distributeurs licenciés Viaccess ». En conséquence, les produits Humax intégrant le Viaccess sont considérés comme « des produits illégaux » et « des contrefaçons ».

Pourquoi un tel retrait ?
Même si le communiqué Viaccess n’est pas très explicite, on peut comprendre que le constructeur n’a pas rempli ses obligations de licencié, en mettant notamment, sur le marché certains modèles de terminaux non protégés en accès, ce qui a permis de pouvoir les télécharger avec des logiciels non officiels et de détourner ainsi les licences de décryptages, notamment celles de Viaccess. C’est ce qui s’appelle « patcher » un terminal. Les logiciels sont disponibles sur le Web, et l’on peut penser, en toute logique, que la présence de ces logiciels sur le Web ne se fait pas sans la complicité du constructeur. En effet, pour pouvoir effectuer le téléchargement, il est nécessaire de posséder des « clefs » informatiques qui sont à l’origine détenues uniquement par le fabricant. Comment se retrouvent-elles aussi facilement et rapidement sur certains sites web ?

Et après ?
Le fait de retirer la licence pourrait être le signe que les opérateurs de cryptage souhaitent marquer un coup d’arrêt à des pratiques commerciales litigieuses qui mettent en danger l’ensemble des relations entre opérateurs, constructeurs et clients. Il semble évident que si les constructeurs se mettent à commercialiser des produits dont l’accès a été électroniquement facilité aux fins de pouvoir utiliser des logiciels parallèles, et ainsi, détourner sciemment les licences de contrôle d’accès pour faciliter leur piratage, il est nécessaire de réagir…et ce, d’autant plus que la chaîne du piratage se poursuit dans le décryptage des bouquets cryptés. Quelle va être l’attitude de Viaccess SA vis-à-vis des produits Humax avec Viaccess intégré qui continueront, n’en doutons pas, à être vendus ? Que va-t-il advenir des terminaux déjà vendus et qui ne seront plus à jour ? Est ce que le consommateur fera, une fois de plus, les frais de ces actions ?


Les modules “pirates“ foisonnent : du “Magic“ à “l’Universal“ en passant par le “Global“.


SCM fabrique officiellement des modules pour de nombreux contrôles d’accès, mais aucun les réunissant tous.


Facsimilés des lettres de Conax et d'Irdeto (cliquez les pour agrandir)

Un nouveau fabricant officiel de modules

La société Aston se lance dans la fabrication de modules PCMCIA. Son premier modèle disponible dès la rentrée, est un nouveau module Viaccess dit « Pro », destiné à une utilisation professionnelle, car il permet notamment de décrypter simultanément plusieurs chaînes d’un même bouquet à partir d’une seule carte d’abonnement. Dans les mois qui suivent Aston proposera également des modules destinés au marché grand-public, avec une nouvelle version de son module Astoncrypt/Médiaguard. Aston rejoint sur le marché des modules officiels le fabricant historique SCM.

 

Comment réagir ?
D’autre-part, que vont faire les constructeurs licenciés qui exploitent correctement une licence qui leur coûte relativement cher (forfait initial d’acquisition, puis somme forfaitaire par terminal construit) ? En effet, ils peuvent naturellement penser que si les « moutons noirs » ne sont pas poursuivis et punis, il est inutile de continuer à payer une licence qui ne les protège pas contre les contrefacteurs. Pour les opérateurs de contrôle d’accès, il est impératif d’enrayer, dès maintenant, cette fâcheuse tendance au laxisme : en dehors de Viaccess SA, qui a fait ce premier pas, les autres opérateurs, comme Nagravision, Irdeto, Conax etc… se montrent tout à fait « timides ». À notre connaissance aucun n’a fait de démarche pour stigmatiser ces constructeurs licenciés qui franchissent le Rubicon.

Les modules aussi
Et le danger ne se limite pas aux terminaux…des modules PCMCIA sous des noms aussi attractifs que «Magic», « Universal » ou « Global » arrivent sur le marché. Rendus populaires lors du dernier salon Médiacast de Londres, ils permettent d’exploiter, sans licence, les logiciels de contrôle d’accès Irdeto, Viaccess, Nagravision, Conax etc…en résumé « tout en un »…Inutile de préciser que ces logiciels de contrôle d’accès ne sont pas les logiciels officiels, et qu’ils sont disponibles en infraction complète des lois sur la propriété intellectuelle. Ce qui complique encore le problème, est le fait que certains de ces modules sont vendus vierges, prêts à être téléchargés sur le web…Ainsi ils peuvent échapper à la répression en arguant du fait qu’étant vierges, ils ne sont pas destinés à utiliser des logiciels de contrôle d’accès pirates. C’est exactement le même raisonnement qui est tenu vis-à-vis des cartes vierges pouvant servir à télécharger les abonnements pirates aux bouquets… C’est ainsi que le « Magic Cam » de la société allemande Visoduck est équipé d’un processeur à 730 MHz, une mémoire ram de 256 k et une mémoire flash de 2 MB. Il est commercialisé avec son chargeur pour pouvoir être téléchargé sur le Web. Après avoir été chargé, il peut décrypter Irdeto 1&2, Médiaguard 1&2, Viaccess 1&2, Nagravision et Betacrypt…sans payer aucune licence. On peut se demander pourquoi on ne trouve pas sur le marché des modules officiels combinant plusieurs systèmes de cryptages...

Quelles réactions ?
Devant une telle situation, une fois encore, on peut s’étonner du peu de réaction des opérateurs de cryptage : seuls Conax et Irdeto se sont fendus d’une timide lettre signalant l’illégalité de ces produits (voir encadré). SCM, actuellement le fabriquant le plus important de modules officiels, avec les licences de chaque opérateur de cryptage (Conax, Cryptoworks, Irdeto, Viaccess, Astoncrypt, Nagravision etc …), se sent quelque peu « lâché ». Il continue à payer les licences de logiciels que d’autres « vendent », en toute impunité, « sans en avoir l’air ». C’est pourquoi il souhaite obtenir de tous les opérateurs avec lesquels il a un contrat, un soutien suffisamment fort pour lui permettre de lutter contre cette piraterie ouvertement généralisée. Cette situation est plus qu’inquiétante :après le piratage des droits d’accès des bouquets (voir notre article en pages 12 et suivantes) voici le piratage des contrôles d’accès via les terminaux patchables et les modules qui n’ont de « vierge » que le nom…


Terminal Humax série 5400, dont la fameuse version Z est patchable...

Jusqu’où ?
Comment ne pas penser que tout ce qui se passe dans le domaine du cryptage ne va pas, à plus ou moins long terme, rejaillir sur l’économie globale de ces systèmes, aussi bien celui des opérateurs de cryptage que celui des opérateurs de bouquets. Une économie où le piratage se généralise n’a pas d’avenir étant donné que ceux qui retirent des ressources destinées à alimenter le fonctionnement du système ne peuvent plus les obtenir. Ils se font phagocyter par des « plantes parasites » qui finiront par les étouffer. Il est grand temps de réagir et que les opérateurs se donnent les moyens de lutter contre la piraterie qui se généralise à grande vitesse, faute de quoi il sera trop tard pour endiguer cette vague qui ressemble fort à un raz-de-marée.

Daniel Renard
article paru dans Télé Satellite n°154

 
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