 Daniel Renard
Vérité en deçà... erreur au-delà*
La polémique qui est née suite aux derniers propos de Pascal Sevran agit comme un révélateur de la situation des médias dans les départements d’Outre-mer**, particulièrement la télévision. A cette occasion, on s’est aperçu que RFO, qui est une des directions de France Télévisions, au même titre que France 2, France 3, France 4 et France 5, agit en électron libre, ne suivant pas les consignes du PDG du groupe, Patrick de Carolis : ce dernier avait annoncé qu’il ne décidait aucune sanction envers Pascal Sevran et que son émission hebdomadaire sur France 2 se poursuivait… Dont acte... Mais, en toute discrétion, RFO a décidé de censurer l’émission en question et de ne plus la diffuser sur son second canal dénommé « Tempo » et diffusé dans tous les départements et territoires d’Outre-mer. Cette décision met en porte-à-faux le PDG, qui se voit contredit par une de ses directions… Cette attitude est symptomatique d’une situation de sous-développement chronique de la télévision d’Outre-mer, où RFO occupe une situation dominante dans le paysage hertzien terrestre. Sachez que dans ces départements, le service public qui dispose en Métropole de trois chaînes hertziennes terrestres analogiques auxquelles s’ajoutent Arte et maintenant en TNT France 4, vous ne pouvez voir que deux canaux : RFO et Tempo. Ces chaînes exploitent en exclusivité les programmes des chaînes du service public en pratiquant une sélection qui exclue de fait de nombreuses émissions. On peut émettre de nombreuses critiques sur la sélection des programmes, mais le fond du problème réside dans la faiblesse de l’offre et du rôle d’entonnoir joué par RFO qui trie et distille les émissions du service public selon son bon plaisir. De plus, la production locale qui devrait être l’axe principal de l’activité de la société est négligée « faute de moyens suffisants », l’essentiel des ressources étant consacré à la rediffusion des émissions nationales. Ayant eu l’occasion de suivre pendant de nombreuses semaines ces émissions dans les départements des Caraïbes et en Guyane, on s’est aperçu que nos compatriotes d’Outre-mer étaient victimes de ce sous-développement du service public : de plus, les télévisions privées sont peu nombreuses et mal captées pour des raisons techniques. Seul le satellite, avec la présence aux Antilles/Guyane de Canal+/Canalsat sous forme d’un bouquet spécifique, de réseaux câblés en Guadeloupe et en Martinique, de deux bouquets satellite à la Réunion (Canalsat et Parabole Réunion), d’un bouquet satellite en Nouvelle-Calédonie (Canalsat) et à Tahiti (Tahiti Nui Satellite), joue un rôle dont l’importance est ignorée en Métropole, puisque le taux d’équipement dépasse souvent 50 % des foyers ! Le satellite, voilà bien la solution pour résoudre (enfin) les problèmes de diffusion dans tous ces départements où, soit l’étendue, soit le relief, sont des obstacles naturels à une large réception hertzienne terrestre. Pour cela, il faudrait faire exploser le monopole de RFO sur les chaînes de service public et permettre aux bouquets satellitaires de diffuser les chaînes publiques nationales, aujourd’hui absentes… C’est ainsi que paradoxalement, si vous êtes à Cayenne ou Fort-de-France, vous pourrez regarder TF1 et M6, mais impossible de voir France 2 ou Arte… Si, historiquement, le rôle de rediffusion de RFO s’imposait pour des raisons techniques, aujourd’hui, la technologie permet de s’affranchir de son truchement devenu inutile et suranné : il est temps que les responsables politiques deviennent conscients du problème et permettent à l’Outre-mer français de recevoir le service public, toutes les chaînes de service public !
*Les Pensées de Blaise Pascal (1ère partie, chap. De la justice. Coutumes et préjugés) : « Vérité en deçà (sic) des Pyrénées, erreur au-delà. »
**Guadeloupe, Martinique, Guyane, Saint-Pierre-et-Miquelon, Réunion auxquels s’ajoutent des territoires : Nouvelle-Calédonie, Tahiti, Mayotte, Wallis-et-Futuna.
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