Lorsque la fusion de CanalSat avec TPS a été annoncée, elle nous a été présentée par les acteurs comme une évolution naturelle du marché de la télévision payante, visant essentiellement à rationaliser cette activité. Quand on parle de rationalisation dans une entreprise, on sait ce que ça veut dire : diminution des coûts et augmentation des marges, puisqu’en fait ce sont toujours les gestionnaires qui ont le dernier mot. Les annonces de Bertrand Méheut, président du directoire du groupe Canal+ et membre du directoire de Vivendi, faites récemment devant les actionnaires, confirment ces objectifs purement économiques et enlèvent toutes les illusions que pouvaient se faire encore les incorrigibles optimistes. Prévoyant pour Canal+ France en 2010 au moins 11,5 millions d’abonnés, avec un chiffre d’affaires dépassant 5 milliards d’euros, il annonce un « résultat opérationnel ajusté » (Ebita*) supérieur à 1,1 milliard d’euros, ce qui va permettre « d’atteindre la rentabilité des meilleurs standards du secteur ». Ce chiffre important représente plus de 50 % des dépenses totales budgétées pour les programmes en 2010 : 2 milliards d’euros. Pourquoi ne pas faire plus pour les programmes et les chaînes ? Pourquoi réserver une telle marge aux actionnaires ? Pourquoi ne pas mieux considérer tous ces abonnés qui sont, de fait, les véritables actionnaires de l’entreprise ? L’objectif numéro un est clair : faire gagner le plus d’argent possible aux actionnaires. C’est l’application des théories de l’économie purement libérale. Le problème qui existe désormais réside dans le quasi-monopole dont bénéficie le groupe dans la télévision payante par satellite en France. Si vous optez pour ce mode de réception, c’est donc à prendre ou à laisser... Or, les objectifs fixés par le président sont assez inquiétants pour les abonnés, puisqu’il compte faire des économies sur les programmes, les chaînes, la promotion, les offres commerciales, le réseau de distribution, les centres d’appels téléphoniques, la diffusion, etc., au total, 350 millions d’euros sur 3 ans ! (voir article p. 12 et suivantes de Télé Satellite N°209). Premier effet de cette politique purement économique : l’augmentation des prix des principaux forfaits depuis le 21 mars de 1 à 10 euros par mois suivant les cas. Cette hausse ne va pas se faire sentir immédiatement pour tous les abonnés actuels aux bouquets TPS et CanalSat : c’est à la date anniversaire de votre abonnement, lors de son renouvellement, que ces « effets collatéraux » de la fusion se feront sentir... Seuls les nouveaux abonnés sont soumis immédiatement aux nouveaux prix ! Un autre événement télévisuel marque les effets de cette nouvelle puissance du monopole : c’est l’annonce faite par Canal+ de la commercialisation des chaînes gratuites de la TNT par satellite via une offre gratuite spécifique « TNTSAT » qui sera lancée le 15 juin prochain (voir page 16 de TS 209). Alors que depuis un an les pouvoirs publics ne cessaient d’annoncer le bouquet satellite des chaînes de la TNT, que des essais techniques se succédaient sur AB3, le groupe Canal+ double tout le monde sur la ligne, en lançant cette offre quelques heures après la promulgation de la loi sur la télévision du futur (voir page 39 de TS 209)... Bien joué ! Les masques sont tombés : avec la complicité des pouvoirs politiques, Canal récupère tout le marché de la télévision par satellite, le payant et le gratuit ! Que va faire TF1, désormais actionnaire de Canal+ France, pour concrétiser son bouquet de chaînes gratuites annoncé pour cette année : sa marge de manœuvre est devenue plus qu’étroite aux côtés de l’omnipotent Groupe Canal+ !
*Ebita = Earnings Before Interest Taxes and Amortization
Pour faire suite à cet édito : Émission de Jean-Marc Morandini sur Europe 1 le 21 mars 20007 à propos de la fusion CanalSat/TPS avec Daniel Renard, Directeur de la Rédaction de Télé Satellite & Numérique et, au téléphone, Maxime Saada, Directeur de CanalSat. Daniel Renard répond aux questions des auditeurs...
Ce qui se passe avec Canal va dans le sens que tout le monde craignait, compte tenu que le CSA n'a pas (pu ou voulu) réglé en temps opportun la diffusion sur AB3 de la TNT on peut penser à très juste titre qu'il y a là une complicité de fait entre l'entreprise commercial et l'administration. Il n'y a jamais eu de volonté politique d'avoir un système de diffusion indépendant des opérateurs commerciaux, ce qui vient de se passer en est la preuve. TNTSAT ne va pas rester gratuit très longtemps. Qu'en pense nos candidats à l'élection présidentiel?
marco_paulo1, le vendredi 27 avril 2007 à 15h56.
nous voilà revenu au temps du monopole televisuel adieu la libertée de choisir préparé vos portes-monaies,je dirais même mieux vos portes feuilles l'audio-visuel est devenu la proie des predateurs dela finances
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