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Dimanche 19 Novembre 2000 à 00:00

Lourde hypothèque sur le succès de la télévision numérique terrestre

Incertitudes sur les opérateurs, le financement des décodeurs ou le marché: le succès de la télévision numérique terrestre qui doit offrir au plus grand nombre l'accès à 36 chaînes et révolutionner le paysage audiovisuel apparaît bien hypothétique à deux ans de son lancement.

Catherine Tasca, la ministre de la Culture et de la Communication, a souligné cette semaine, lors du débat à l'Assemblée sur le budget de la communication, que le gouvernement souhaitait un démarrage "rapide et réussi" de ce vaste projet. Mais à en croire les opérateurs privés, TF1, Canal+ ou le bouquet satellitaire TPS, qui intervenaient au même moment dans un colloque à Paris, le numérique hertzien va au devant d'innombrables périls. Certains lui prédisent même le sort funeste du plan câble dans les années 80.

A compter de l'automne 2002, ce nouveau mode de diffusion doit permettre aux téléspectateurs de recevoir via l'antenne "râteau" traditionnelle jusqu'à 36 canaux au lieu des six actuels (TF1, France 2, France 3, La Cinquième/Arte, Canal+ et M6). Il faudra toutefois ajouter à l'installation un décodeur, intégré ou non au téléviseur.

Se voulant démocratique, la télévision numérique s'adresserait aux 75% de Français qui ne veulent ou ne peuvent bénéficient ni du câble, ni du satellite, soit 21 millions de foyers. "L'économie d'un tel système est plus qu'incertaine", a toutefois reconnu Pierre Wiehn, membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) au cours du colloque.

Pour Gilles Maugars, directeur général adjoint technique du bouquet satellitaire TPS, le talon d'Achille du projet réside dans l'absence d'opérateurs commerciaux pour assumer les dépenses de publicité et de marketing. "En Grande-Bretagne, on en est à sept milliards de francs pour 700.000 abonnés", relève-t-il. "Le problème du numérique hertzien, c'est qu'il n'y a personne pour tenir la boutique", renchérit Maxime Lombardini, directeur du développement de la Une. Le Pdg de la chaîne, Patrick Le Lay, avait ouvert les hostilités cet été, pronostiquant "l'échec" du projet. La législation empêchera les opérateurs privés du numérique hertzien de détenir plus de 49% d'une chaîne. TF1 devrait ainsi céder la majorité du capital de sa chaîne d'information continue, LCI, et en "perdre la maîtrise", pour y accéder, avait-il dénoncé.

Quant à Stéfane France, directeur du projet numérique terrestre de Canal+, il pronostique "une montée en régime extrêmement lente" du numérique hertzien même s'il serait prêt, en tant que "premier opérateur numérique européen" a fournir les décodeurs nécessaires aux abonnés de la chaîne cryptée.

D'une même voix, les opérateurs privés historiques, TF1, M6 ou Canal+, critiquent la part trop belle réservée, selon eux, au service public sur le numérique hertzien. La loi sur l'audiovisuel du 1er août ne leur réserve avec certitude que deux canaux (et cinq au maximum) quand le gouvernement pourra en accorder autant qu'il le souhaite au service public. France Télévision en réclame six pour des chaînes jeunes, d'information continue continue ou sportive, outre ceux dévolus à France 2, France 3 et La Cinquième/Arte.

La grande crainte des chaînes privées est précisément de voir ces nouvelles chaînes concurrencer leurs chaînes thématiques payantes. Mais le numérique terrestre appelle aussi une nouvelle menace pour leur oligopole: l'arrivée de nouveaux entrants sous la houlette des groupes Lagardère, AB ou Pathé.

A cette logique commerciale, le service public et le CSA opposent celle de la diversité et du pluralisme. "La télévision est-elle une marchandise? A France Télévision, nous ne le pensons pas", déclare ainsi Sylvain Gouz, consultant pour le projet numérique de la holding.
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