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Dimanche 10 Septembre 2006 à 00:00

La suspension d'Al-Arabiya ou les liens délicats entre Bagdad et les médias

La fermeture provisoire des bureaux de la chaîne arabe satellitaire Al-Arabiya témoigne des difficiles relations que les dirigeants irakiens entretiennent avec les médias.

Plus de 100 journalistes ont été tués en Irak ces trois dernières années, d'autres ont été jetés en prison par la coalition menée par les Etats-Unis. Le gouvernement irakien, accusant Al-Arabiya d'"inciter au confessionnalisme et à la violence", a fait fermer jeudi ses bureaux "pour un mois". Le gouvernement du Premier ministre Nouri al-Maliki a ajouté qu'il s'agissait d'un dernier avertissement, espérant que la chaîne change sa couverture de ce pays déchiré. La chaîne satellitaire, dont le siège est à Dubaï, peut toujours diffuser ses émissions à ses clients irakiens mais ses journalistes ont l'interdiction de travailler en Irak.

"Cette interdiction est regrettable, les Irakiens ont besoin d'avoir accès à une information libre. Nous savons qu'il est parfois difficile pour les autorités irakiennes de tolérer les remarques faites par des chaînes arabophones, telles que Al-Arabiya ou Al-Jazira, qui se montrent parfois très critiques envers le gouvernement", a déclaré Reporters sans frontières, soulignant que 11 journalistes d'Al-Arabiya étaient morts en couvrant le conflit irakien. Des forces de police ont fermé les locaux d'Al-Arabiya. Des scellés ont été apposés.

Sur la porte, une photo d'Atwar Bahjat, journaliste irakienne d'Arabiya enlevée lors d'un reportage sur la destruction du mausolée chiite de Samarra en février, torturée et tuée. "En Irak, plus que n'importe où, les journalistes sont pris pour cible, pourquoi?" demande le correspondant d'Arabiya, Majid Hamid. "Il y a un gouvernement élu, des groupes insurgés, des partis politiques, comment plaire à tous?" Le gouvernement reproche particulièrement à la chaîne sa couverture d'un massacre à Bagdad en juillet. Pour Hamid, son traitement de l'information diffère peu de celui des agences d'informations internationales et, parfois, est même plus prudent.

"On dit qu'Al-Arabiya est sectaire, mais que dire des autres chaînes de télévision encore plus sectaires ? Elles attisent la violence, pas Al-Arabiya", assure-t-il. Depuis la chute de l'ancien régime de Saddam Hussein, les chaînes de télévision ont proliféré, dont beaucoup représentent des groupes ethniques ou des groupes sectaires. Selon l'ONG basée à New York, Committee to Protect Journalists (CPJ), les autorités irakiennes sont promptes à accuser de diffamation les journalistes critiques. "Ce harcèlement officiel sape les engagements publics des autorités promettant la démocratie et une presse libre", dénonce Ann Cooper, directrice du CPJ, dans une lettre au Premier ministre iraquien.

"La liberté de la presse a été ébranlée par la censure, les poursuites, les menaces physiques ou les intimidations envers des journalistes", ajoute-t-elle. Les bureaux irakiens d'Al-Arabiya avaient déjà été fermés en novembre 2003 par le Conseil de gouvernement transitoire irakien, qui lui reprochait d'inciter au meurtre après la diffusion d'un enregistrement attribué à Saddam Hussein appelant à attaquer ses membres. De même, le bureau de Bagdad de la chaîne qatarie Al-Jazira est fermé, sur ordre des autorités, depuis l'été 2004, après ses reportages sur des attaques d'insurgés, qui lui ont valu d'être taxée de "porte-parole" du terrorisme.

Le CPJ s'inquiète également du sort d'Ahmed Moutair Abbas, rédacteur-en-chef du défunt quotidien Sada Wasit, à Kut (sud), jugé pour diffamation envers la police et des juges. Le procès, qui dure depuis 2005, vient d'être délocalisé à Bagdad, à la demande des accusés. Mais Abbas, qui encourt plus de 10 ans de prison, n'a plus donné de nouvelles depuis dimanche. "Les insurgés n'aiment pas Al-Arabiya. Il semble maintenant que ce soit le cas aussi du gouvernement irakien", conclut Majid Hamid, en faisant allusion à la voiture piégée placée par des insurgés en octobre 2004 devant ses bureaux, qui avait tué sept personnes.
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