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Mercredi 6 Décembre 2006 à 00:00

France 24, la télé Astérix débarque

Voici un bébé qui a survécu à toutes ses maladies de jeunesse: les sarcasmes des médias, le manque d'argent, les disputes bureaucratiques et les doutes persistants sur sa viabilité.

France 24, la dernière-née des chaînes d'information continue, est désormais prête à affronter le vaste monde et surtout la rude concurrence des networks anglo-saxons. Son démarrage devrait avoir lieu ce mercredi, à 20h30, sur Internet, et jeudi à la même heure sur le câble (lire encadré ci-dessous). Avant la minute fatidique, une ambiance fébrile régnait au siège de la chaîne, situé dans un quartier d'affaires étincelant au sud de Paris.

A l'intérieur de la salle de rédaction de 1000 mètres carrés, le décor est techno et minimaliste: blancheur, lignes épurées et absence totale de cloisons internes. Les écrans sont plats, les caméras robotisées, le personnel jeune et souvent féminin. «C'est sans doute la chaîne la plus moderne du monde», estime Ulysse Gosset, un journaliste impliqué dans le projet depuis l'origine et qui va animer un talk-show hebdomadaire avec les grands de ce monde, le Talk de Paris. «Cela dit, un an, pour sortir une chaîne à partir de rien, c'est trop court.»

Son collègue Grégoire Deniau, colosse à l'allure de baroudeur qui dirige la rédaction, explique que ce bijou technologique n'est pas à l'abri d'un ultime pépin: «Je touche du formica [ndlr: il tapote sur sa table en matériaux synthétiques], j'espère que tout va bien se passer, mais c'est un saut dans l'inconnu parce que nous sommes la première chaîne 100% informatique.» Cet ancien de LCI, la chaîne d'information continue de TF1, se souvient qu'à la veille du lancement, en 1994, «tous les écrans étaient devenus noirs». Le chef technique de la chaîne avait été emmené à l'hôpital après une syncope.

Malgré tout, LCI avait pu démarrer comme prévu. Mais c'est après l'accouchement que France 24 devra affronter ses plus redoutables épreuves. Car avec son budget de 86 millions d'euros, entièrement financé par l'Etat, et ses 170 journalistes, la chaîne fait figure de Lilliputien face aux Léviathans que sont CNN (1,2 milliard de dollars de budget) et BBC World (750 millions de dollars). Ses responsables espèrent transformer cette infériorité de départ en avantage, grâce à l'innovation technique et une french touch faite d'esprit critique et de bagout. Profitant de la miniaturisation des équipements, les équipes de France 24 devraient se distinguer par leur légèreté.

«Sur le terrain, les gens de CNN sont souvent dix, alors qu'on peut aussi bien travailler seul», estime Grégoire Deniau. Le matériel des reporters de la chaîne tiendra dans un sac à dos: une caméra numérique - les cassettes seront remplacées par des cartes aplaties - un ordinateur portable qui servira d'unité de montage et un appareil satellite appelé BGAM, qui permettra d'envoyer des sujets depuis n'importe où. La perméabilité entre la télévision classique et Internet sera particulièrement poussée.

La question de la ligne éditoriale est plus délicate. En quoi consistent les «valeurs françaises» dont se réclame la chaîne? Pour Grégoire Deniau, il s'agit avant tout d'une plus grande ouverture d'esprit: «On va pouvoir parler de choses qui n'intéressent pas les Américains. Depuis le 11 septembre, certains médias internationaux sont devenus un peu... monomaniaques.» Cela dit, la chaîne sera loin d'être franchouillarde: les présentateurs n'arboreront ni béret, ni baguette, et ils n'auront même pas d'accent puisque leur langue maternelle sera majoritairement l'anglais.

Toutes les émissions seront réalisées par un tandem constitué d'un journaliste anglophone et d'un francophone, et diffusées dans les deux langues sur des canaux séparés. Un troisième programme, en arabe, doit être introduit au début de l'année prochaine. Avant de commencer à émettre, France 24 a déjà remporté une première victoire en triomphant du scepticisme qui était de mise au début de l'année, lorsque sa création a été annoncée officiellement.

Quelque 3800 journalistes ont postulé pour intégrer sa rédaction, les opérateurs du câble attendent son arrivée avec impatience et les entreprises françaises sont bien disposées: «La chaîne peut leur donner une visibilité internationale», estime Nina Mitz, présidente de l'agence de communication Financial Dynamics.

Selon elle, France 24 donnera l'image d'une France «insérée dans la mondialisation». Mais pour que le succès soit durable, la nouvelle chaîne devra réussir plusieurs exploits: proposer un contenu vraiment original; s'assurer des financements publics conséquents (son budget doit être voté chaque année par le parlement français); ne pas subir d'influences politiques alors qu'il s'agit d'un projet avant tout présidentiel.

Jacques Chirac, qui a imposé sa création à un secteur audiovisuel réticent, devrait d'ailleurs être interviewé lors de la soirée de lancement. «On peut se demander, maugrée un journaliste, si c'est vraiment la meilleure manière de démontrer notre indépendance.»

Sylvain Besson, "Le temps" .Paris
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