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Jeudi 2 Août 2007 à 00:00

Via Stella perd sa tête

Sampiero Sanguinetti, qui pilotait le projet de la chaîne numérique depuis cinq ans, a été licencié à la veille de son lancement qui s'effectue dans de bien mauvaises conditions.

Enquête.

- Drôle d'ambiance à France 3 Corse, à la veille du lancement de sa chaîne numérique. Ce qui s'explique. Certes, Via Stella devrait être opérationnelle en septembre - enfin - sur le bouquet satellite gratuit « TNTSAT » lancé par Canal+. Cependant, on est loin de la grande chaîne méditerranéenne dont rêvaient ses promoteurs, il y a cinq ans.

En outre, on ne voit pas comment elle pourrait, en l'état, toucher le public qui constitue son coeur de cible : les Corses, les Méditerranéens ou plus largement les amoureux de la Méditerranée. Ainsi, dans un premier temps, quand bien même des programmes spécifiques auraient été « fabriqués », pour traiter l'information la chaîne numérique ne pourra compter que sur l'actuelle équipe de France 3.

Laquelle, nous dit-on, ne disposerait pas des moyens suffisants pour accomplir sa propre mission en toute sérénité. De fait, six équipes traitent l'actualité : trois à Ajaccio et trois à Bastia. Elles sont réduites au nombre de quatre durant le week-end. Les autres journalistes ayant déjà beaucoup de mal à réaliser les divers magazines : Cuntrastu, Mediterraneo, Volt'è gira et Ghjente...

On comprend que la situation n'incite guère à l'optimisme. Que les critiques qui ont pu être faites sur la politique d'embauche, sur l'organisation du travail, voire sur l'absentéisme (1), soient justifiées ou pas.

Toujours est-il qu'en juillet la station fonctionnait sans véritable chef : Michel Coddacionni, le patron, nommé on s'en souvient avec plusieurs mois de retard par la direction nationale, était en congé de maladie. Le directeur financier était absent. Tout comme le directeur de production.

Côté actu, trois rédacteurs en chef intérimaires - dont l'un, Charles Frigara, a fini par être titularisé - assuraient l'essentiel. Plus grave, la direction nationale de la chaîne, après l'avoir désavoué en le remplaçant par Rose Paolacci, a licencié, au début de l'été, celui qui a suivi « Via Stella » pendant les cinq ans qu'aura duré sa préparation : Sampiero Sanguinetti. La Direction de France 3 se refuse à rendre public les raisons exactes de ce licenciement.

Mais l'on sait que de forts désaccords existaient depuis un an et que Sanguinetti en était arrivé au point ou il négociait son départ. Négociations qui se poursuivront désormais devant les phrudhomes.

« Cette rupture, affirme l'intéressé, est le fruit d'une longue maturation. La politique de France Télévision vis-à-vis de France 3 a pris un virage en deux phases : 2002 puis 2006. Le projet que nous portions à France 3 Corse, qui a été imaginé avant 2002 et qu'on m'a demandé de continuer à porter jusqu'à aujourd'hui, était en décalage total, de plus en plus flagrant, avec les nouvelles orientations de la politique de France 3 en région. De deux choses l'une, soit il fallait nous demander d'arrêter, soit il fallait admettre et proclamer que la Corse serait une exception et qu'on aiderait cette exception à exister réellement. »

Mais, les choses n'ont jamais été si claires. « D'un côté, poursuit-il, on a signé une convention avec l'État et la Collectivité territoriale de Corse, on m'a demandé de poursuivre inlassablement ma mission, on a installé une petite régie de diffusion et on a lancé Via Stella en décembre 2006 en situation dite de test. De l'autre, toutes les décisions importantes concernant les bâtiments ont été ralenties, le renouvellement des matériels obsolètes a traîné, les travaux qui avaient débuté dans la station pour aménager un deuxième plateau pour les programmes ont été interrompus en 2005, le budget attribué à France 3 Corse en 2005 pour préparer Via Stella a été suspendu ou mis en réserve début 2006.

Et enfin on a choisi un satellite confidentiel et un cryptage inabordable pour lancer un test d'une durée beaucoup trop importante... Bref, nous nous sommes trouvés coincés entre la force des engagements et le poids d'un immobilisme, de ralentissements ou de blocages incompréhensibles. »

Comme si la direction de France 3, sans le dire, et malgré le protocole d'accord signé par le gouvernement (entraîné à l'époque par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy), la région et la chaîne, traînait les pieds pour s'engager dans ce projet qu'elle doit trouver bien coûteux au regard de son intérêt. Ce que contestait, et conteste Sanguinetti qui, tout en rappelant que le budget de France 3 Corse est le plus petit budget des stations régionales de France, affirme que Via Stella « n'est pas un projet très onéreux contrairement à ce qu'on pourrait penser ».

Alors, quoi ? Y a-t-il eu des débordements financiers ? Sanguinetti précise : « Il y a eu un problème récurent d'inadaptation du budget alloué par rapport aux objectifs assignés et par rapport aux réalités d'une telle entreprise en Corse. » Mais il conteste avoir sa part de responsabilité dans cette affaire : « La direction régionale de France3 est le fait d'une équipe qui travaille sous les ordres d'une direction générale à Paris. Chacun a sa part de responsabilité dans les résultats, quel qu'il soit. Détailler le partage de ces responsabilités serait long et fastidieux. » Dont acte.

En tout cas, Sanguinetti veut continuer à croire en Via Stella, « parce qu'un bon projet, c'est un projet incontournable ». Il précise : « Si la politique de programmation proposée sait s'adapter judicieusement, Via Stella pourrait trouver une audience tout à fait respectable auprès des publics visés, à savoir environ deux à trois millions de personnes en France. »

Nous n'en sommes pas là. Loin s'en faut. Et Via Stella devra démarrer en l'état à la rentrée. C'est ce qui a été confirmé le 16 juillet lors d'un comité d'entreprise qui s'est tenu en présence de Geneviève Giard, la directrice générale de France 3. La réunion s'est déroulée dans un climat tendu puisque plusieurs syndicats ont déposé une motion de défiance contre Rose Paolacci laquelle a remplacé Sampiero Sanguinetti à la tête de Via Stella et comme directrice d'antenne. Ce qui ne sera pas une mission de tout repos.

Quant aux élus de la CTC, qui sont intéressés à plus d'un titre par cette affaire puisqu'ils la financent en grande partie (voir encadré), ils ne semblent plus se préoccuper de l'évolution de la chaîne numérique. Son principal promoteur, Nicolas Sarkozy, pas davantage. Il est vrai qu'en ce moment il a beaucoup de travail...

(1) Le personnel de France 3 Corse compte 179 permanents dont 46 journalistes, encadrement compris.

Corsica.
Gilles Millet
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