Télévision par satellite, TNT, ADSL, Câble, fibre, OTT
Antennistes
Icon Facebook Icon Twitter Icon Rss
Bouton Newsletter TS
Vendredi 14 Septembre 2007 à 00:00

Jacques Martin, figure incontournable de la télé dominicale

L'animateur Jacques Martin, décédé vendredi à Biarritz à l'âge de 74 ans, a été une figure incontournable du paysage audiovisuel français pendant plus de trente ans, créateur de plusieurs émissions très populaires, dont "Le petit rapporteur" et "L'Ecole des fans".

Né le 22 juin 1933 à Lyon, d'un père industriel qui meurt lorsque son fils a cinq ans, le jeune Jacques Martin passe plusieurs années --malheureuses-- dans un collège tenu par des Dominicains, avant de monter à Paris à l'âge de 15 ans pour devenir comédien.

Il suit les cours de Charles Dullin puis enchaîne les petits boulots. Il fait ensuite de la radio, se produit à Bobino, compose une comédie musicale, "Petitpatapon". En 1975, il lance sur TF1 (chaîne encore publique) l'émission dominicale qui deviendra l'un des plus grands succès de l'histoire de la télévision: "Le petit rapporteur".




Avec ses complices Piem, Daniel Prévost, Stéphane Collaro, Pierre Bonte et Pierre Desproges, il entonne "Mademoiselle Angèle" et incite la France entière à mouliner des bras sur les paroles d'"A la pêche aux moules". Satirique et insolente, l'émission brocarde avec férocité la classe politique, bien avant "Les Guignols", pendant ses 18 mois d'existence. C'est l'époque où déguisé en mitron, Jacques Martin parvient à s'introduire à l'Elysée sous prétexte de livrer des petits-fours. Puis il passe sur Antenne 2 et anime "La Lorgnette".

C'est ensuite "Bon Dimanche" et "Dimanche Martin", plus consensuelles, où se succèdent plusieurs de ses divertissements. Il créé notamment "L'Ecole des fans" (l'idée lui était venue en avion alors qu'il revenait du Japon), où des enfants viennent chanter les succès du chanteur invité.



"Je veux distraire, être populaire sans être populeux", expliquait-il, s'en prenant souvent aux "bourgeois intellos" qui se pincaient le nez devant ses programmes. Grâce à ces émissions, le grand public a pu découvrir comédiens de théâtre, artistes lyriques et musiciens qui se produisaient à Paris. Touche-à-tout, il possédait une culture encyclopédique, avec une passion particulière pour l'art lyrique, l'opérette et Jean Genet. Autre amour: la cuisine.

Son grand-père a travaillé comme chef à la cour du tsar de Russie Nicolas II et son fils aîné David est devenu cuisinier. Victime d'un accident cérébral au printemps 1998 qui le laisse à moitié paralysé, il voit son contrat avec France 2 s'arrêter à l'été, une décision qui lui laissera un fort goût d'amertume. C'est Michel Drucker qui dorénavant occupera la tranche du dimanche après-midi sur France 2.

Depuis, il avait occasionnellement participé à une émission radiophonique avec Laurent Ruquier (qui avait démarré à ses côtés) mais il était très diminué depuis plusieurs mois. "Moi qui suis un homme de bruit, qui parle à des salles pleines de milliers de gens, je suis devenu amoureux fou du silence", confiait-il en 1999 à l'hebdomadaire Paris-Match. Mais "je n'aime pas ne rien faire, même si je ne m'ennuie pas", ajoutait-il.



Jacques Martin était père de huit enfants, nés de quatre unions différentes. Avec sa première femme, il a eu deux enfants, David et Elise. Il a ensuite vécu avec la comédienne Danièle Evenou, avec laquelle il a eu deux garçons, Frédéric et Jean-Baptiste. Il a épousé en 1984 Cécilia Ciganer-Albeniz, future Cécilia Sarkozy, avec laquelle il a eu deux filles, Judith et Jeanne-Marie. Avec sa dernière femme, Céline, épousée en 1992, il a eu deux enfants, Juliette et Clovis.

Réactions de Stéphane Collaro, Danièle Gilbert, Philippe Bouvard et Jean-Pierre Foucault au décès de Jacques Martin :

- Stéphane Collaro, animateur au Petit Rapporteur aux côtés de Jacques Martin (à l'AFP): "Jacques a été l'une des rencontres les plus importantes de ma vie. Malgré l'affection de ses proches, sa vie était devenue un calvaire et il ne le méritait pas (...) On est parti de l'amitié et de ce goût commun pour la farce et la dérision et cela a donné naissance au +Petit rapporteur+. On y retrouvait cet esprit bon enfant, l'envie de rire de tout. C'était sa nature qui contrebalançait un déchirement profond. Il était très introspectif et inquiet. Jacques avait un talent extravagant. C'était un être complexe et attachant. +Le Petit rapporteur+ a été l'invention d'un ton nouveau à la télévision".

- L'ancienne animatrice Danièle Gilbert (à l'AFP) : "A la télé, nous sommes tous des enfants de Jacques Martin (...) J'ai été connue avec et grâce lui. Il m'a tout appris: il improvisait et il fallait réagir au quart de tour (...) Il avait le sens du mot +populaire+. J'aime les êtres hors du commun et il en était un (...) Il était incroyablement culotté. La télé l'est beaucoup moins aujourd'hui. Il osait tout alors qu'aujourd'hui la soi-disant audace devient formatée".

- L'animateur des "Grosses têtes" Philippe Bouvard (sur France 2) : "Jacques Martin, c'était une impertinence totale, une grande imagination. Il a inventé des concepts d'émissions. C'est très rare. La preuve, aujourd'hui, on va chercher nos concepts à l'étranger (...) C'était un artiste complet. Il savait tout faire et avait tous les dons: il savait danser, faire des claquettes, jouer la comédie, chanter, écrire... C'était le roi de l'improvisation. Je me demande ce qu'il ne savait pas faire. Il ne savait pas être heureux".

- L'animateur Jean-Pierre Foucault (à l'AFP), partenaire de Jacques Martin au Théâtre de l'Empire pour "L'Académie des 9": "Jacques Martin était une référence. Il savait tout faire. C'était un showman idéal doté d'une culture exceptionnelle. Quels que soient les domaines, il excellait (...) Jacques Martin était l'incarnation de la télévision, avec l'impertinence en plus, à une époque où elle n'avait pas lieu d'être sur la télévision d'Etat (...) Il avait un pouvoir et un culot immense. Il est toujours resté un artisan".

- Patrick de Carolis, PDG de France Télévisions, (sur Europe 1) - "C'était un homme exceptionnel de télévision. Il a écrit quelques unes des plus belles pages du service public. C'était un homme orchestre. Il avait compris que la télévision publique devait s'adresser à tous les publics. Il pouvait passer de l'impertinence du "Petit rapporteur" à la tendresse de "L'école des fans". Les générations qui ont grandi avec la télévision ont grandi avec Jacques Martin".

- L'animateur de M6 Marc-Olivier Fogiel (à l'AFP): "Jacques Martin faisait partie des gens qui m'ont donné envie de faire de la télé, avec Yves Mourousi. Jacques Martin était irrévérencieux. Il a construit le moule du politiquement incorrect à la télé. J'aimerais lui arriver à la cheville. Il savait être corrosif tout en étant rond dans le style. Il s'offrait des grands écarts incroyables avec des émissions populaires et d'autres impertinentes. Il était un puits de culture et en même temps savait rester très léger".

- L'ancien animateur Bernard Montiel, évincé de la télévision (à l'AFP) - "Jacques Martin était un formidable animateur que j'ai admiré et qui m'a donné envie de faire de la télé. Jacques Martin a été maltraité par la télévision qui l'a évincé comme tant d'autres. Depuis, il regardait avec amertume cette télévision dont il a été un pionnier et qui se faisait sans lui. Je n'oublie pas non plus le merveilleux comédien qu'il était. Il m'a bouleversé dans +La Passante du Sans-soucis+ avec Romy Schneider. Il avait aussi une culture et un humour sans limites".

- Piem, dessinateur, animateur au Petit Rapporteur aux côtés de Jacques Martin (à l'AFP): "C'est triste comme tous les départs. C'était moi l'ancêtre de l'émission, j'avais dix ans de plus que lui et c'est lui qui part en premier. (...) Il a su utiliser la télévision de manière brillante. Il a eu l'audace de faire cette émission avec des gens différents et cela a bien pris. C'était passionnant..."

- Pierre Tchernia (à l'AFP) : "Jacques Martin était un personnage exceptionnel qui devait trouver sur son chemin la télévision. Ses qualités et talents étaient incroyablement multiples, avec le goût du spectacle, jusqu'à ce que la télévision lui donne l'occasion d'éclater. C'était une époque où, en plus, on commençait à se libérer et à manifester un certain culot. Il maniait la provocation avec une facilité et un charme certain et c'était formidable.
Je l'ai découvert à l'occasion d'une retransmission de Télé-Strasbourg sous le pseudonyme de Ducerf. Il avait déjà une sacrée présence. Je me suis dit que c'était un sacré phénomène en me demandant qui était ce zèbre-là. J'ai parlé
de lui dans les couloirs les jours qui ont suivi et il a débarqué à Paris. Il a démarré avec Jean Yanne dans l'émission +1=3+".

- Laurent Gerra (sur RTL) : "Jacques Martin était mon +papa+ de télévision. C'est Virginie Lemoine qui nous a présentés pour l'émission +Ainsi font, font, font...+. J'ai passé une audition et il m'a dit : +Revenez la semaine
prochaine. Vous êtes ici chez vous+. Jacques était un artiste complet. N'oublions pas qu'il a fait la première partie de Jacques Brel. Je me souviens de nos fous-rires. Il avait un sens de la dérision incroyable et était
précurseur. Il m'a désinhibé sur des choses que je n'osais pas dire".

++++++++++++++++++++++++++++++++++

Ina.fr rend hommage à Jacques Martin en diffusant dès aujourd'hui des dizaines de documents vidéos et audios. Artiste complet, il a su inventé des concepts d'émissions qui ont marqué la télévision française et la mémoire des Français.
Retrouvez dès aujourd'hui sur ina.fr les moments forts de sa carrière parmi lesquels :
- Plusieurs émissions du « Petit rapporteur », programme satirique devenu culte,
- L'archive du jour consacrée aux talents de chanteur de Jacques Martin interprétant « Chic à chiquito » en 1966,
- Plusieurs numéros de « L'Ecole des fans » ponctués de moments cocasses,
- Jacques Martin déguisé en voyant en compagnie d'Enrico Macias dans l'émission « Top à »,
- Un « Radioscopie » où il parle de son enfance difficile, ses débuts, sa carrière, ses échecs.
- Un numéro d' « A bout portant » où Jacques Martin interviewé chez lui et au Théâtre des variétés, parle de sa passion pour la cuisine, pour la lecture et pour les souvenirs d'enfance.
Le site « Place aux chansons » (chansons.ina.fr) rendra également hommage à Jacques Martin avec la mise en ligne de plusieurs de ses chansons.

++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

Jacques Martin était le créateur du "Petit Rapporteur", émission dominicale lancée en 1975 dont l'insolence et l'esprit satirique ont marqué durablement l'histoire de la télévision malgré sa courte vie.
"Le Petit Rapporteur" a été diffusé du 19 janvier 1975 à juin 1976 sur TF1, le dimanche en début d'après-midi. Alors que le journal du soir s'apparente encore à une grand-messe cathodique, Jacques Martin invente un journal télévisé parodique, retransmis en direct, avec reportages et interviews.
La rédaction est constituée de la bande à Martin: Pierre Desproges, en critique littéraire déjanté, le dessinateur Piem, Pierre Bonte, envoyé spécial dans "la France profonde", Stéphane Collaro et Daniel Prévost, reporter de choc.
En quelques numéros, l'émission s'impose et devient un phénomène, réunissant plus de 20 millions de téléspectateurs. La France ne compte alors que deux chaînes.


Elle mêle impertinence, insolence et humour potache, sous la baguette de Jacques Martin. Plusieurs séquences sont entrées dans la mémoire collective: la chanson "A la pêche aux moules", l'interview surréaliste de Françoise Sagan par Pierre Desproges, la bataille de boudins dans une charcuterie, la visite de Montcuq par Daniel Prévost ("Aujourd'hui, je vais vous présenter pour la première fois à la télévision Montcuq")...



L'émission était "insolente", mais sans que cette impertinence soit brandie comme un porte-drapeau, soulignaient en juin dernier Piem, Pierre Bonte et Stéphane Collaro sur France Inter, 30 ans après avoir participé à cette aventure.
"En fait, on ne savait pas jusqu'où on pouvait aller. C'est pour cela que Jacques Martin clôturait chaque émission avec un +A dimanche prochain... peut-être+", selon Stéphane Collaro.
"Jacques Martin a créé l'irrévérence à la télévision, un ton nouveau à l'époque car jusqu'alors, la télévision, c'était la voix de la France", déclare Pierre Bonte à l'AFP. Mais "il y avait une envie de changement, de laisser faire. Il n'y a jamais eu de censures, quelquefois des remarques, mais le rendez-vous a bien eu lieu chaque dimanche", ajoute l'humoriste.
L'émission s'arrête en juin 1976 --"l'équipe était fatiguée", selon Pierre Bonte-- et reprend sur Antenne 2, sous un nom différent, "La Lorgnette", jusqu'en 1977.



"Le Petit Rapporteur" est aujourd'hui une émission culte, dont les héritiers vont des "Nuls" à "Groland". Et au printemps 2007, Montcuq a rebaptisé l'une de ses rues "Rue du Petit Rapporteur".
‹  Actu précédente
Partager :
Actu suivante  ›
Marchés publics
Avis de délégation de service public
Hôpital d'Instruction des Armées Legouest : Avis de concession relatif à la gestion des services de téléphonie, de location de télévision et, en option, d'accès à internet.
» Consulter l'avis d'attribution