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Mercredi 2 Juillet 2008 à 00:00

EXCLUSIF: Patrick de Carolis au micro de Jean-Michel Aphatie sur RTL.

Le Président de la république a justifié ainsi, lundi soir, sur France 3, la réforme de l'Audiovisuel Public qu'il a initiée. Les programmes de France Télévision, a-t-il dit, ressemblent encore trop aux programmes des chaînes privées. Qu'avez-vous pensé de ce jugement, Patrick de Carolis ?

Pas du bien.

Vous n'êtes pas d'accord avec le Président de la république quand il dit cela ?

Non je ne suis pas d'accord avec lui. Je le lui ai dit d'ailleurs. On s'est expliqué très, très franchement. Vous savez, je crois qu'il est temps de dire que la télévision, c'est un métier qui est fait par des professionnels, qui répond à des règles, à des processus industriels parfois et qu'il est bon qu'on laisse travailler les Professionnels.

Et ce jugement vous a paru mal prendre en compte leur travail ?

Depuis trois ans, avec Patrice Duhamel, avec des équipes de France Télévision, nous nous efforçons de faire une télévision respectable. Et j'entends qu'elle soit respectée.

Depuis 35 ans que je fais ce métier à la télévision, j'ai toujours eu une ligne de vie professionnelle qui est l'indépendance quels qu'aient été mes actionnaires : privés ou publics, et lorsqu'on dit qu'il n'y a pas de différence entre la télévision de Service Public ou les télévisions privées, je trouve cela faux, je trouve cela stupide, et je trouve cela injuste, profondément injuste.

Ces jugements vous mettent en colère, Patrick de Carolis ?

Non pas du tout. Je suis ni en colère, ni fatigué, ni usé. Je dis tout simplement les choses telles que je les ressens en chef d'entreprise qui défend une maison, qui défend un savoir-faire et qui défend des collaborateurs qui sont inquiets pour leur avenir, à juste titre.

La suppression de la publicité sur France Télévision entre 20h et 6h du matin interviendra le 1er janvier prochain. Le manque à gagner pour votre groupe, France Télévision, est de 450 millions d'euros. Il est estimé à ce niveau ; et le Président de la république a décidé que des taxes seraient créées pour compenser ce manque à gagner. L'équilibre financier tel qu'il est envisagé par la réforme vous paraît-il satisfaisant, Patrick de Carolis ?

D'abord très rapidement, j'ai salué le travail de la Commission Copé et certaines de ses préconisations. J'ai salué également certaines pistes qu'avait retenues le Président de la république et notamment celles de l'entreprise unique. J'y suis totalement favorable puisque c'est un, je dirais, une préconisation que j'avais faite moi-même, il y a plus d'un an et demi. Je crois que cette télévision doit se réformer.
Sur l'aspect financier, nous allons engager -et le Président de la république m'a demandé avec Christine Albanel de travailler sur un Plan d'affaires pour les prochaines années. J'estime aujourd'hui, d'après les déclarations des uns et des autres que le compte n'y est pas. J'estime aujourd'hui que nous n'avons pas les moyens de nos ambitions futures. Donc, nous allons faire ce plan d'affaires, je vais y mettre toute mon énergie, tout mon professionnalisme. Nous allons travailler avec les Services de l'Etat que je respecte et qui sont compétents ; et puis, à la fin de l'été, courant septembre, nous verrons si le compte y est. Si le compte y est, je m'en féliciterai, je le dirais. S'il n'y est pas, je prendrai mes responsabilités.
Vous savez, M. Aphatie, à l'impossible nul n'est tenu ! Donc si à un moment donné, je vois que je n'ai pas la possibilité de faire mon travail, d'avoir les moyens de nos ambitions, je le dirai et je dirai STOP.
Et je vais vous dire une chose : Il y a deux indicateurs dans ma vie. Il y a le professionnalisme, les budgets c'est-à-dire avoir les moyens de nos ambitions, et comme je le disais tout à l'heure, il y a l'indépendance.
Jamais (vous entendez !) -je crois qu'il est bon de le rappeler quand je lis ça et là certains commentaires-... Jamais je ne soumettrai mes grilles de programme. Jamais je ne soumettrai à un quelconque concept d'émission à un quelconque visa venu de l'extérieur de l'entreprise. Que cette chose soit dite. Elle est claire et simple. Je dis que pour l'instant, le compte n'y est pas. Et c'est mon devoir de le dire avant une négociation qui va s'engager et qui est cruciale pour l'avenir de France Télévision. J'espère, en tout cas, qu'il y aura l'équilibre financier. L'équilibre financier est absolument nécessaire pour la bonne marche de l'entreprise. Il est absolument nécessaire pour le développement de cette entreprise. Et il est absolument nécessaire pour la réussite de cette grande réforme que j'appelle de mes voux.

Vous sentez, aujourd'hui, que le climat, le rapport avec le Président de la république est, comment vous le qualifieriez, assez mauvais, on peut le dire comme ça ?

Non pas du tout. Il est franc. Il est respectueux. Mais vous savez, moi je ne rentre pas dans une vision affective des choses. Je ne suis pas dans "je t'aime moi non plus". Je suis chef d'entreprise, je vis une période extrêmement dense, parfois rude. Je crois que tous les Chefs d'entreprise qui ont vécu cette période d'incertitude peuvent me comprendre. Depuis le début de l'année, je tiens comme on dit le cap de ce navire, j'en suis fier, j'en suis totalement responsable. Et je mettrai toute mon énergie à défendre les intérêts de cette entreprise.

Le Président de la république a aussi décidé que désormais le président de France Télévision serait nommé directement en conseil des ministres, et non plus par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel. Il l'a justifié, lundi soir, en disant que ce système actuel nommé par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, représentait, était une hypocrisie totale.

Je suis très fier d'avoir été élu par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel pour qui j'ai une très grande estime. Vous savez, moi j'ai été élu il y a trois ans sur un programme professionnel, sur du contenu, sur une ambition, sur un projet industriel qui était de faire un groupe. Je l'ai proposé à 9 conseillers qui m'ont élu dès le premier tour avec 5 voix. Ca n'a pas été facile parce qu'à l'époque, souvenez-vous, l'Elysée ne me soutenait pas contrairement à ce que l'on a cru ou dit. Matignon ne me soutenait pas. La veille de mon audition, il y a eu dans un grand quotidien parisien, un grand titre comme quoi Matignon soutenait le candidat sortant ... Marc Tessier.
Je n'étais pas soutenu par le ministre de la Culture de l'époque. Et j'ai été élu. C'était une grande preuve d'indépendance de cette institution.

Donc, le système n'est pas aussi hypocrite que le Président l'a dit ?

Mais vous savez, je suis très mal placé pour répondre à cette question. Je suis en poste. Donc quelle que soit la réponse que je vous ferai, elle ne sera pas dénuée ou en tout cas, considérée comme telle d'arrière-pensées.
Je vais donner cet exemple qui est un exemple d'indépendance. Et puis, je vais en donner un autre.
Vous savez, dans les années 70, un Monsieur a été nommé. Il s'appelait Pierre Desgraupes. Il a été nommé par le gouvernement. Et il a été le symbole même de l'indépendance. Donc je crois qu'aujourd'hui, ce qui est important quelles que soient les procédures, à partir du moment où elles garantissent cette indépendance, à partir du moment où elles s'appuient, elles se fondent sur un projet professionnel d'un candidat, je crois qu'après, l'indépendance c'est affaire d'hommes, c'est affaire de femmes. Moi je suis indépendant dans ma tête.

Chacun aura noté, Patrick de Carolis, vos propos d'une grande franchise ce matin au micro d'RTL.
Ils pourraient avoir des conséquences. Vous vous y préparez ?

Les conséquences, c'est que je mets au travail l'entreprise. Elle est sur le chemin de la réforme. Et je mets toute mon énergie à défendre ses intérêts.

Vous serez président de France Télévision au moins jusqu'à la fin de l'été ?

- silence - .............. Je pense.
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