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Dimanche 3 Août 2008 à 00:00

L'été noir de la télévision géorgienne

Malgré sa rhétorique démocratique, le pouvoir géorgien, issu de la « Révolution des roses » de novembre 2003, poursuit sa prise de contrôle de tout le paysage audiovisuel national.

Les journalistes broient du noir. « Jamais nous n'avons connu de période si noire. Le pouvoir contrôle tout, il nous met la pression. » Sur une terrasse de Tbilissi, un journaliste de la quasi défunte Mze, télévision qui ne diffuse plus de journaux depuis fin juin, se laisse aller à la confidence. « Bezhouachvili [le propriétaire, frère de l'ex-ministre des Affaires étrangères] a rendu service au pouvoir. Les élections sont passées, il ne veut plus entretenir une entreprise non rentable. »

A la rentrée, les 4,5 millions de Géorgiens ne pourront plus regarder Mze, qui était de moins en moins écoutée en raison de sa couverture trop pro-gouvernementale, pas plus, semble-t-il, que le très populaire « talk-show » politique d'Inga Grigolia, vedette du petit écran géorgien. « La situation est pire qu'avant la Révolution des roses », en novembre 2003, déplore Sozar Soubari, le défenseur public des droits de l'homme (ombudsman).

Mze est la dernière victime d'une équipe arrivée au pouvoir suite à une révolution où la télévision a joué un rôle clef. « Saakachvili et les siens connaissent la puissance des médias », ironise un journaliste très au fait des coulisses de la télévision géorgienne, y compris des appels téléphoniques régulièrement passés par des responsables politiques aux directeurs des rédactions. Sans parler des conseillers du président qui participent parfois en personne aux montages des reportages. En quatre ans, trois télévisions ont fermé, deux ont été reprises dans des conditions troubles par des proches du pouvoir, Mze et Roustavi 2, la plus puissante télévision du pays, et une, Imedi, est en passe d'être mise au pas.

Un instrument de lutte

Le bras de fer a été terrible avec cette dernière. Elle appartenait à l'oligarque Badri Patarkatsichvili, jusqu'à sa mort, de crise cardiaque, en février. Devenu féroce opposant au président Saakachvili, le milliardaire avait fait de sa chaîne un instrument de lutte. Beaucoup la regardaient. Elle montrait l'autre versant de la Géorgie saakachvilienne, sans être plus objective que ses concurrentes dévouées au pouvoir. En novembre dernier, au terme de plusieurs jours de manifestations de l'opposition, affirmant avoir les preuves que l'oligarque s'apprêtait à renverser le pouvoir, le président géorgien déclare l'état d'urgence et fait fermer Imedi. En direct, son journaliste vedette débarque dans le studio et annonce l'arrivée des forces spéciales de police. Des bruits de pas se font entendre, la caméra est braquée vers le plafond puis les lumières sont éteintes.

Après le décès de M. Patarkatsichvili, son patrimoine fait l’objet d’une dispute. Un de ses parent éloignés prétend être devenu propriétaire d'Imedi. Peu enclin à s'affronter au pouvoir, tout indique qu'il compose avec lui. La nouvelle directrice de l'information de la chaîne est une amie d'une députée très proche de Mikheïl Saakachvili et membre de son service de presse.

David Akoubardia, le directeur de Kavkazia. Une télévision amateur à bien des égards qui prétend ne pas être une chaîne d'opposition. Ses détracteurs affirment qu'elle prend au contraire résolument parti contre Mikheil Saakachvili.

« Nous sommes les derniers à offrir une voix alternative »

Comme par réflexe, après la fermeture d'Imedi, les Géorgiens se sont branchés sur Kavkasia. Chaîne faite avec des bouts de ficelles, diffusée dans la capitale et une partie de l'est du pays. « Les gens nous regardent parce que nous sommes les derniers à offrir une voix alternative », explique David Akoubardia, directeur et animateur des talk-shows du soir. Seuls les partis d'opposition viennent sur le modeste plateau, récemment rafraîchi. « Les représentants du pouvoir refusent nos invitations et nous ne sommes jamais invités aux conférences de presse ni aux déplacements du président », affirme Nino Jangirachvili qui co-dirige Kavkasia. Ces dernières semaines, affirme-t-elle, les entreprises qui diffusent de la publicité chez nous ont été menacées par la police financière. « On a perdu au moins 60% de nos recettes, on ne sait pas si on tiendra », déclare M. Akoubardia.

Dans le même temps, la chaîne câblée Maestro se voit refuser une licence pour émettre des programmes politiques. « Nous ne voulons que combler le déficit de voix d'opposition après la fermeture d'Imedi », explique son directeur, Mamouka Ghlonti. La Commission Nationale de Communications a refusé de commenter cette affaire pour RFI. « Je ne vois pas pourquoi nous refuserions à Maestro d'avoir des programmes politiques. C'est une petite chaîne, câblée. Je ne vois pas pourquoi le gouvernement craindrait Maestro. Les raisons de ce refus sont à chercher dans le détail de la loi », explique Akaki Minachvili, vice-président de la commission parlementaire des lois.

« Il ne faut pas faire de faux procès au pouvoir.
En 2004 et 2005, il a adopté les lois sur les médias et la liberté d'expression les plus libérales qui soient », ajoute le député. « La loi est excellente, reconnaît l'ombudsman, mais son application est catastrophique. » En pratique, comme l'a attesté le « monitoring » de l'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) de la couverture des parlementaires du 21 mai dernier, l'information est globalement pro-gouvernementale sur les chaînes géorgiennes, publiques comme privées. Même si des efforts ont été faits. Contrairement à la plupart des autres anciennes républiques soviétiques, l'opposition a accès à l'antenne en Géorgie et y jouit d'une grande liberté de parole. Mais la tendance observée depuis 2003 inquiète.

Du correspondant de RFI en Géorgie, Régis Genté
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