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Mardi 22 Mai 2001 à 00:00

Les enseignants font réagir leurs élèves sur Loft story

Certains enseignants essaient d'utiliser le phénomène Loft story, qui fournit un inépuisable sujet de conversation dans les collèges et lycées, pour démonter "la télé du fric" et apprendre à leurs élèves à ne pas être dupes de toutes les images.

"Ils me le racontent, j'en entend parler toute la journée", dit Alain Chatenay, qui enseigne l'option cinéma au lycée Le Garros à Auch (Gers). "L'émission les fait beaucoup rire, car ils ont déjà une certaine éducation à l'image qui leur permet de prendre du recul.

Beaucoup ont très vite compris que le véritable enjeu était l'augmentation des tarifs de publicité" de la chaîne qui diffuse l'émission, ajoute-t-il. Critiquant une forme de "prostitution institutionnalisée", il reconnait que la proportion d'élèves qui ont un regard "affuté" n'est "pas très forte". "Presque tout le monde regarde", même s'ils disent être détachés, dit-il.

En collège, l'engouement semble plus important, obligeant nombre d'enseignants à surveiller de près l'accès internet des postes informatiques. "Ma meilleure élève de quatrième s'est fait renvoyer du centre de documentation et d'information (CDI). Au lieu de faire les recherches prévues, elle a été surprise en train de consulter le site de l'émission", raconte une enseignante de français dans un collège d'Aubervilliers (Seine-St-Denis).

Comme beaucoup, elle "refuse carrément" d'aborder le sujet en classe, "même si les élèves ne parlent que de ça et me bombardent de questions". Même réaction dans une fac parisienne, où une enseignante de cinéma prend l'émission de haut : "pas question" de se servir de Loft story comme outil pédagogique.

Questions citoyennes "On a passé toutes les années 70 à travailler sur le langage de la publicité, on a même essayé d'élaborer des théories à partir des sitcoms. Mais on retombe toujours sur le même constat : ces images sont faibles de sens et ne comportent pas d'idée, alors que l'image pour moi doit d'abord être récalcitrante et véhiculer la résistance", tranche-t-elle.

Pour d'autres, la "résistance" est plus pragmatique. Surtout quand on est face à de très jeunes adolescents, comme Charles Munoz, enseignant d'histoire-géo au collège Salinis d'Auch, qui anime un atelier audiovisuel pour les élèves de 4ème et 3ème. Il se dit "intéressé" par le côté "téléguidé" de l'émission.

"Ce que je souhaite n'est pas de discuter de l'image en tant que telle, mais de montrer la dérive de la télé du fric", dit-il. "Sous couvert de loisir et de jeu, c'est d'abord du business. Je souhaiterais montrer aux jeunes que ce qu'ils consomment comme du loisir, c'est d'abord du marketing, et qu'il n'y a pas beaucoup de hasard, tout est calibré", dit-il.

Au delà du jugement moral sur la perte de l'intimité ou de la critique commerciale, certains formulent des questions citoyennes : Frédérique Rolet, secrétaire-générale du SNES, principal syndicat chez les professeurs de collèges et lycées "s'étonne" de voir que les jeunes votent en masse pour ce jeu, "alors qu'ils votent de moins en moins aux élections".

Charles Munoz élargit le débat aux conséquences sur les esprits : "On a le sentiment qu'ils sont dans un monde qui ne développe pas l'imaginaire, mais qui les pousse seulement à réagir, comme dans un jeu vidéo" dit-il. "Leur production est d'une pauvreté impressionnante", dit-il, "il y a quatre ou cinq ans, ils avaient des idées de scénarios, de choses à filmer. Je devais les freiner.

Cette année, c'était effrayant. Il a fallu que je leur impose une histoire. A part la caméra cachée, ils n'avaient aucune idée".
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