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Mardi 26 Juin 2001 à 00:00

Les lanceurs réutilisables

Dans quinze ou vingt ans, un lanceur de satellites ne ressemblera ni à une Ariane, ni à une navette spatiale, mais à une sorte d'hybride des deux : vraisemblablement une fusée à deux étages ailés qui décollera en position verticale et sera récupérée au terme de sa mission, quand elle se sera posée à l'horizontale, sur une piste d'atterrissage.

Plus de quarante ans après la mise sur orbite du premier spoutnik, la technique de base n'a pas changé. Le lanceur reste un gigantesque "briquet jetable" et, par conséquent, extrêmement coûteux : amener un kilogramme de charge utile dans l'espace coûte en moyenne 20.000 dollars.

Logiquement, la récupération partielle ou totale de l'engin devrait permettre une réduction des prix. En réalité, ce n'est pas si simple... "L'idée de lanceurs réutilisables est aussi vieille que les lanceurs eux-mêmes, rappelle Eric Dautriat, directeur des lanceurs au CNES. De tels lanceurs constitueront donc une suite logique de l'évolution, mais à quelle échéance ?"

Deux grands problèmes, explique-t-il, restent à résoudre.D'abord celui de la performance, car les fusées capables de supporter sans dommage un retour dans l'atmosphère seraient, avec les techniques de fabrication d'aujourd'hui, beaucoup trop lourdes et réduiraient donc considérablement la masse disponible pour leur charge utile, en augmentant encore la charge "inutile".

Pour mettre sur orbite un satellite de six ou sept tonnes, une Ariane-5, construite pour un vol unique, dépasse déjà les 700 tonnes au décollage. Il faut donc trouver des solutions au niveau des matériaux pour pouvoir élaborer des structures à la fois plus légères et plus résistantes.

Deuxième gros problème : la réutilisation dans des conditions optimales. "Avec leurs navettes, relève Dautriat, les Américains étaient partis d'un concept entièrement réutilisable et théoriquement très économique.

En réalité, ils ne récupèrent que l'orbiteur (la navette elle-même), qui doit subir après chaque vol de longs travaux de révision et d'entretien. Du coup, la navette est le plus cher des véhicules spatiaux existants".

Aux yeux du spécialiste du CNES, pour être rentable, un engin réutilisable doit pouvoir voler de nouveau au bout d'une semaine et l'existence d'un tel véhicule est difficilement envisageable avant 2015 ou 2020. "Méfions-nous des idées simplistes, insiste-t-il, et n'oublions pas que les lanceurs consommables font d'importants progrès".

Selon lui, concernant les lanceurs récupérables, "la question est de savoir si l'on souhaite investir beacoup pour gagner peu". Il estime qu'"on commencera sans doute par des lanceurs seulement partiellement réutilisables".

M. Dautriat est loin de l'euphorie récente quand certains rêvaient de prix dix, voire cent fois moins élevés : "Notre objectif, pour la première génération de lanceurs réutilisables, est d'obtenir un coût divisé par deux par rapport à ceux qu'auront atteint alors les lanceurs consommables issus d'une initiative appelée "Ariane 2010".
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