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Vendredi 2 Novembre 2001 à 00:00

"Au nom du patriotisme"...

Une consigne de la chaîne d'information continue CNN de "rééquilibrer" les informations en provenance d'Afghanistan, notamment sur les "bavures" des bombardements, vient de relancer le débat sur la place des médias dans "l'effort de guerre" américain.

Alors que le régime taliban commence à laisser entrer des médias étrangers au compte-gouttes et sous étroite surveillance en Afghanistan, "nous devons redoubler d'efforts pour ne pas donner l'impression de simplement donner (son) point de vue", explique un mémorandum interne du président de CNN, Walter Isaacson, révélé mercredi par le Washington Post. Et de recommander, après chaque diffusion d'images -notamment de "dommages collatéraux"- de rappeler que "les talibans ont abrité les terroristes responsables de la mort de près de 5.000 innocents", dans les attentats du 11 septembre.

Sept semaines après ces attaques et après bientôt quatre semaines de bombardements aériens, les écrans de la plupart des grandes chaînes de télévision présentent toujours un habillage patriotique, aux couleurs de la bannière étoilée. Mais la consigne de CNN a immédiatement suscité un vif débat. "On dit, nous vous rappelons que ces gens sont responsables de la mort de 5.000 personnes. Mais quels gens? Ceux dans ce bâtiment détruit? Est-ce pertinent?", s'interroge Dan Schorr, chef du service analyse à la Radio publique, lors d'un débat organisé par le centre de recherche Brookings Institution. "Il suffit de dire: nous vous montrons ce que les talibans nous laissent vous montrer", poursuit ce vétéran, qui a couvert tous les conflits de l'Amérique depuis la deuxième guerre mondiale. Cette autocensure médiatique, faite pour une bonne part de patriotisme, se double, selon certains observateurs, de la crainte du gouvernement d'être en train de perdre "la guerre de l'information", notamment à l'étranger.

Ce souci du gouvernement américain n'est pas inédit. "A l'époque (de la guerre du Golfe) nous avions eu beaucoup de pressions de l'administration de Bush père", se souvient Peter Arnett, ancien de CNN et unique correspondant de télévision autorisé à rester à Bagdad au début de l'offensive aérienne. "Ils pensaient qu'avoir un média crédible à Bagdad minerait l'effort de guerre". Arnett ne verse pas dans l'angélisme pour autant: "Nous savions que nous étions utilisé comme un canal (par les autorités irakiennes), mais nous avons décidé de rester". Et d'estimer que le rappel des conditions de travail et la mise en perspective des différents points de vue suffit à éclairer les spectateurs, alors comme aujourd'hui.

Ted Koppel, présentateur de l'émission d'informations Nightline sur ABC, n'a lui non plus aucun doute que l'administration veut influencer les médias pour faire passer son message, mais il pense qu'elle s'y prend mal. "Nous n'arrivons pas à avoir beaucoup de hauts responsables gouvernementaux sur Nightline. Ils préfèrent les émissions et les talk-shows où on ne leur pose pas de questions trop difficiles", regrette-t-il. "Il n'y a qu'un critère (de secret): ce qui met en danger une opération, ce qui met en danger la vie de soldats. Tout média responsable est prêt à accepter cela", estime Barry Zorthian, ancien vice-président du groupe Time et qui fut porte-parole de l'ambassade américaine à Saïgon durant la guerre du Vietnam.

S'il pense que militaires et politiques doivent apprendre à accepter "les critiques légitimes sur la conduite des opérations", il relève que "pour l'instant les médias n'ont pas été trop exigeants". "En gros ils ont reconnu qu'il y avait une grave menace. Il y a le patriotisme, ils ont accepté la position du gouvernement", a-t-il dit.
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