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Jeudi 13 Décembre 2001 à 00:00

Les Syriens goûtent à la liberté d'expression ...

Les Syriens goûtent depuis le début du Ramadan à une série télévisée audacieuse qui dépeint des scènes de la vie quotidienne marquée par l'ingérence des services secrets et les problèmes liés à la corruption.

Dans la série "Hakaya al-Maraya" (Histoires et miroirs), l'acteur vedette Yasser Azmeh et le metteur en scène Maamoun al-Bounni critiquent avec humour et une audace inégalée jusqu'à présent les maux de la société syrienne. L'ingérence des services de sécurité dans la vie quotidienne, la perversion de responsables dans l'administration publique et la crise économique sont des thèmes omniprésents dans la série, rappelant justement des faits vécus mais dont on n'ose parler qu'en petit cercle, souvent en chuchotant. Un des sketchs, le plus osé de la série - qui se termine dimanche -, peut être interprété comme un clin d'oeil aux dernières arrestations d'opposants.

Le propriétaire d'un café populaire est convoqué par les services secrets pour avoir frappé son vieux poste de télévision qu'il tentait de remettre en marche. Un dirigeant était à ce moment en train de prononcer un discours télévisé, et les coups portés au poste défaillant ont été interprétés par les services comme "insultes publiques à un haut responsable". Le restaurateur a beau expliquer les circonstances à ses interrogateurs, ces derniers les ignorent, et lui lisent des rapports accablants sur son geste. "Nous savons tout", lui lance l'interrogateur avant de le jeter en prison.

Le pauvre tire la morale de l'histoire : ses clients étaient tous des agents des services. Le dirigeant qui passait à la télévision prêchait, quant à lui, l'indulgence et la tolérance. Une autre histoire, particulièrement hardie, est une adaptation d'une blague courante en Syrie sur les manifestations de loyauté au gouvernement. Le directeur corrompu d'une compagnie en veut à un de ses employés intègres. Pour tenter de s'en débarrasser, il lui reproche de ne pas avoir dansé lors de la fête annuelle de la société, jugeant cette abstention comme un signe de malveillance.

L'employé lui dit : "Je suis gros et je ne sais pas danser", et promet de se joindre à la ronde de "dabké", la danse traditionnelle, l'année suivante. Et effectivement, il participe à la danse l'année suivante. Mais son directeur n'est pas convaincu et veux toujours le mettre dehors. "C'est vrai que tu as dansé, mais pas de tout ton coeur", dit-il à l'employé. La Syrie n'est pas au mieux de sa forme économique, et il faut trouver un bouc émissaire. Un épisode en parle : cela commence par un responsable qui donne des "ordres formels" à la sélection nationale de football pour qu'elle remporte la finale d'une coupe régionale afin de "redresser le moral du peuple". "Il est interdit de perdre" leur dit-il.

Or l'équipe perd après avoir raté un penalty. Le joueur qui a manqué le but est convoqué chez le responsable. Ce dernier lui reproche la "situation de découragement populaire", la "stagnation économique", le "déficit du budget public et de la balance commerciale", et laisse entendre que le joueur est hostile au gouvernement et a fait exprès de rater le penalty. A en juger par la fréquence des publicités, la série bat tous les records d'audience dans le pays. Elle remporte aussi un grand succès dans les autres pays arabes. Neuf télévisions satellitaires arabes dont celles d'Egypte et des pays du Golfe, ont acheté les droits de diffusion de Hakaya al-Maraya.

"Je ne sais pas s'il faut en rire ou en pleurer, les critiques collent tellement à la réalité", dit une pharmacienne qui choisit de se nommer Maha. "Il est devenu difficile pour la censure d'interdire une scène de la série", estime Maamoun al-Bounni, le réalisateur, faisant allusion à l'ouverture relative dont jouit le pays depuis l'arrivée à la présidence de Bachar al-Assad, à l'été 2000.
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