Les remakes de séries étrangères, une exception de plus en plus fréquente
"R.I.S" sur TF1, "Un gars, une fille" sur France 2, "Le bureau" sur Canal+, "Faites comme chez vous" sur M6: ces séries françaises ont pour point commun d'être des adaptations de séries étrangères, une pratique de plus en plus fréquente à la télévision française.
La transposition de "formats" est monnaie courante dans les émissions de jeux et de télé-réalité. Dans la fiction, cette tendance est plus récente et répond à des choix différents selon les chaînes : gagner du temps pour installer un genre à la mode et acquérir au passage un savoir-faire, réaliser un "exercice de style" avec la transposition d'"un coup de coeur" ou bien recréer un "ovni télévisuel". "C'est probablement quelque chose qui va se développer davantage mais ça ne va pas devenir la norme", prévoit Nicolas Coppermann, directeur de la fiction de M6. Sur TF1, on explique que l'adaptation de la série italienne "R.I.S" et celle en cours de la série américaine "Law and Order" répondent à la volonté d'aller vite dans l'installation d'un format dans lequel TF1 fait ses premières armes, le 52 minutes.
Avec l'adaptation de "R.I.S". "par rapport à une série qu'on aurait créée de toutes pièces, je pense qu'on a gagné quasiment douze à dix-huit mois", souligne Takis Candilis, directeur de la fiction de la Une. "On avait une envie d'apprendre de l'intérieur comment ces programmes se fabriquaient", précise-t-il. "Il y a aujourd'hui une demande de bons scénarios et d'histoires existantes à adapter", estime-il. Il explique aussi le phénomène par une "pénurie d'auteurs" alors "qu'il se produit environ 300 téléfilms par an en France". M. Candilis concède qu'une chaîne prend moins de risques avec un concept qui a déjà été testé auprès d'un large public, mais estime que ce risque ne disparait pas pour autant.
France 2 n'a pas de projet d'adaptation en cours mais n'exclut pas d'y recourir éventuellement pour "le lancement d'une nouvelle case pour être opérationnel assez rapidement", sans que le procédé ne devienne systématique, indique Perrine Fontaine, directrice de la fiction. Sur Canal+ comme sur M6, on explique le recours à un "remake" par l'attrait très singulier d'un programme donné. "On ne l'a pas fait pour gagner du temps, ni pour des raisons économiques, on l'a fait parce qu'on a adoré cette série", explique à propos du "Bureau" Fabrice de la Patellière, directeur de la fiction de Canal+. D'après les chaînes, un "remake" n'est pas un simple "copier-coller". Le "R.I.S." français conserve selon TF1 "environ 60%" de la série originale, avec "les fonds d'intrigue", mais procède à une "vraie adaptation au milieu français" et à un "relookage" complet des personnages.
A Canal+, on explique que dans "Le bureau", adapté de la série britannique "The Office", François Berléand a "réinventé à partir du texte" le personnage du patron de l'entreprise. Les références à la culture britannique ont été gommées, mais "les malaises que peuvent éprouver des employés face à des blagues stupides de leur patron" restent universelles, selon M. de la Patellière. Alors que le "remake" peut apparaître comme un manque de créativité ou comme une solution de facilité, Nicolas Coppermann à M6 affirme que c'est moins simple qu'il n'y paraît :"ça demande un vrai travail de réécriture pour que les personnages, les histoires, fonctionnent chez nous".
Selon lui, les chaînes, les producteurs et les auteurs ont "le même chemin à parcourir" car "l'expérience, ça s'acquiert".
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