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Mardi 1 Novembre 2005 à 00:00

Entv : beaucoup de sous pour si peu...

L’accès des Algériens au privilège de la parabole, qui a complètement bouleversé leurs comportements sociaux avec ce que cela sous-entend comme nouvelles habitudes de consommation stimulées par la publicité véhiculée par les chaînes de télévision étrangères, ouverture sur le monde grâce à la magie du numérique qui a démantelé les frontières de l’audiovisuel, ne semble pas outre mesure gêner notre chaîne unique de télévision, l’Entv, qui se confine dans un conformisme digne de l’ère du parti unique.

Forte du monopole qu’elle exerce sans partage dans un champ audiovisuel hermétiquement fermé, la télévision algérienne, qui est financée par le Trésor public et depuis l’ouverture économique du pays par une manne publicitaire providentielle et généreuse, n’est pas tenue par l’obligation de résultat et le label d’excellence qui devrait constituer le seul vrai critère de la qualité d’une chaîne de télévision. L’entv est devenue une entreprise budgétivore qui mobilise d’importants moyens financiers couverts en grande partie par les subsides de l’Etat. Au plan technique et technologique, la télévision algérienne n’a pas lésiné sur les moyens. Au cours de ces dernières années, elle a investi des moyens colossaux pour se doter des outils les plus performants qui n’ont rien à envier aux grandes télévisions étrangères. La politique de restriction budgétaire n’a jamais touché l’Entv même lorsque les caisses de l’Etat étaient vides.

Quel est donc ce secret qui fait qu’une télévision qui vit hors temps, complètement déconnectée des préoccupations réelles du peuple, absente des grands débats qui traversent la société, n’a jamais eu à subir les retombées commerciales et financières liées à son niveau d’audience plus que médiocre ? Qui regarde l’Entv, quels programmes et pourquoi ? Même s’il est vrai que les téléspectateurs algériens ont chacun au moins une raison de regarder un programme thématique donné, le journal télévisé pour les mordus de l’information, il reste que le temps passé sur la chaîne de télévision nationale est de plus en plus réduit à sa portion congrue comparativement aux chaînes parabolées qui sont désormais profondément intégrées dans les comportements télévisuels des Algériens.

Une télévision doit vivre par et pour ses téléspectateurs. Ce principe est loin de se vérifier dans le cas de l’Entv. Le président Bouteflika a dans une de ses interventions publiques implicitement posé son diagnostic sur la situation du marasme dans lequel se débat le secteur de l’information en imputant la médiocrité et le manque de professionnalisme au départ à l’étranger « des meilleurs compétences » dont des journalistes de la télévision nationale. Pour le chef de l’Etat, le problème est d’ordre strictement humain, et rien d’autre. Il avait eu à plusieurs reprises à expliquer pourquoi il était fondamentalement opposé à l’ouverture du champ médiatique, relayé en cela par le chef du gouvernement, en s’appuyant sur l’exemple de la presse écrite privée qui est pour lui un mauvais exemple d’une libéralisation sauvage et non contrôlée qu’il ne voudrait pas étendre à l’audiovisuel.

L’alibi est tout trouvé pour retarder la perspective de l’ouverture de l’audiovisuel à laquelle le pays ne pourra pas pourtant y échapper avec l’entrée prochainement de l’Algérie à l’OMC. L’instrumentalisation à des fins de pouvoir de la télévision - média lourd par excellence - dont le pouvoir de persuasion est connu et reconnu a perverti le rôle de service public de la télévision que l’on a transformée en instrument de propagande au service du pouvoir en place. Cela se vérifie à chaque échéance électorale : la télévision devient une véritable machine électorale à fabriquer des plébiscites. Le peu d’engouement manifesté par les pouvoirs publics pour libéraliser le champ audiovisuel ne peut donc s’expliquer que par des motivations politiques et de pouvoir.

On a vu la panique qu’avait suscité dans les allées du pouvoir lors de la dernière campagne pour l’élection présidentielle la chaîne de télévision Khalifa ou encore les deux chaînes Berbère TV et Beur TV qui émettent à partir de Paris. Les Kabyles, par exemple, se reconnaissent beaucoup plus dans les programmes de BRTV qui s’adresse à eux de l’étranger que dans l’Entv et l’unique espace consenti par la télévision nationale dans la grille de ses programmes à cette partie de la population algérienne à travers le journal télévisé en tamazight. En tournant le dos aux Algériens et à leurs aspirations, la télévision algérienne est condamnée tôt ou tard à disparaître dans sa structuration actuelle et ses fondements doctrinaux.

La télévision algérienne ne saurait échapper à ce mouvement de refondation de la société pour préparer les conditions les meilleures de son insertion dans le monde d’aujourd’hui marqué par la globalisation. On ne fait que retarder l’échéance.

El Watan
S.B.
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