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Dimanche 13 Novembre 2005 à 00:00

Le Masque et la Plume: 50 ans de joutes passionnées autour de la culture

Depuis un demi-siècle, des critiques s'affrontent le dimanche soir sur France Inter pour défendre ou descendre, avec passion, des pièces de théâtre, des films ou des livres.

Malgré son âge, "Le Masque et la Plume" a aujourd'hui "plus que jamais des raisons d'exister", selon son animateur Jérôme Garcin. L'émission, qui a vu le jour le 13 novembre 1955, fêtera dimanche par un numéro spécial son cinquantième anniversaire, un record de longévité pour une émission radiophonique. Pour cette occasion, Jérôme Garcin donnera la parole à ceux qui habituellement ne l'ont pas lors de cette émission et qui y ont parfois essuyé de vives critiques: elle recevra des écrivains (Michel Onfray et Philippe Solers), des acteurs et metteurs en scène (Pierre Arditi et Daniel Mesguich) et des réalisateurs (Pierre Jolivet et Jean-Paul Rappeneau).

Selon Jérôme Garcin, la longévité du magazine s'explique par sa formule, "une mise en scène comme pour un spectacle, avec des critiques face à un public", et "sa liberté de ton", puisque "tout peut être dit sur les films, les livres et les pièces, avec une indépendance d'esprit totalement unique". Aujourd'hui plus encore qu'à ses débuts, cette émission est nécessaire, estime l'animateur. "Jamais la promotion autour d'un film n'a été aussi importante, jamais un film ne s'est autant apparenté à une marchandise". Le Masque fait fi des campagnes de promotion entourant la sortie des films ou des livres, et son indépendance a forgé sa crédibilité, déclare-t-il.

Animée à ses débuts par Michel Polac et François-Régis Bastide, l'émission a été dans les années 60 le théâtre de duels homériques entre Jean-Louis Bory et Georges Charensol, à propos notamment des films de la Nouvelle Vague. La mauvaise foi ne faisait pas peur aux acteurs de ce tandem vedette, surnommé "le jeune chien fou et le vieux grigou". "Non seulement mineur mais minable!", lâche en 1966 Jean-Louis Bory à propos d'Alfred Hitchcock. "Pendant deux heures, ça n'arrête pas de causer", soupire Georges Charensol un an plus tard à propos de "Pierrot le fou" de Jean-Luc Godard, selon des propos rapportés par un livre "Le Masque et la Plume" sorti cette semaine.

Aujourd'hui, les échanges restent vifs, souvent très drôles, et les auditeurs s'indignent ou applaudissent, en envoyant chaque semaine plusieurs centaines de lettres ou de courriels. Pour les critiques nouveaux venus au studio 105 de Radio France, l'arrivée dans l'arêne est souvent angoissante. Vincent Josse (France Inter) prenait du Lexomil pour ses premières émissions et Pierre Murat (Télérama) un verre de vin blanc. Après le départ de Michel Polac (1970) et de François-Régis Bastide (1982), Pierre Bouteiller a endossé les habits d'animateur, et aussi de modérateur des esprits trop échauffés, avant de céder sa place à Jérôme Garcin en 1989.

Le Masque critique, vertement souvent, et parfois se trompe. "La force de la critique, c'est d'être présente et de créer le débat", souligne Jérôme Garcin. Mais "le Masque s'est complètement trompé à une époque sur la force et la puissance du cinéma de Claude Sautet", ne voyant en lui qu"'un pseudo-sociologue de la bourgeoisie française". L'émission peut être férocement contre mais aussi passionnément pour. "On n'empêchera jamais les gens d'aller voir Matrix", relève Jérôme Garcin, mais "le pouvoir de prescription est immense". Elle a ainsi supplié les auditeurs d'aller voir "Epouses et concubines", du Chinois Zhang Yimou, très peu distribué à sa sortie en France en 1991, avant de devenir un gros succès.
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