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Dimanche 11 Décembre 2005 à 00:00

Les "théâtres", des petits films qui passionnent les Sénégalais

Tous les mardis soirs, la famille Diop est réunie devant son petit écran pour regarder la diffusion hebdomadaire de "théâtres", des productions cinématographiques locales très populaires, dont les thèmes sont basés sur la vie quotidienne des Sénégalais.

"Alors que les hommes regardent plutôt le foot, les femmes les séries romantiques. Que les vieux s'interessent aux émissions politiques, les jeunes aux clips, tout le monde regarde le +théâtre+", explique Brahim Diop, le père de famille. Pape Demba N'Diaye, le responsable de Daray Kocc, une de ces troupes de théâtre qui ont progressivement délaissé les planches pour faire des films, explique pourquoi ces petites productions rencontrent un tel engouement.

"Notre cible est sénégalaise. Au départ, les films étaient plutôt destinés aux Sénégalais de l'extérieur, mais maintenant c'est très populaire à l'intérieur car nos films sont inspirés de la vie quotidienne des Sénégalais", précise-t-il. Le succès des "théâtres" s'explique également par le fait que les films sont tournés en wolof (langue la plus parlée au Sénégal) et qu'ils sont par conséquent accessibles à toutes les franges de la population, y compris les moins éduquées.

Pape Demba N'Diaye précise que ces "théâtres" peuvent être comiques ou dramatiques, à l'exemple du thème sa dernière production, "l'impuissance sexuelle: un problème qui peut toucher tout le monde". "Certains spectateurs aiment réfléchir, d'autres se distraire", précise Taphaa N'daw, de la troupe Xew Xewdia. "Nous évoquons souvent dans nos films les problèmes comme les mariages forcés ou les filles qui tombent enceintes avant d'être mariées", note-t-il.

Au delà du film hebdomadaire proposé par la télévision publique, Khady, 22 ans, loue de temps en temps des DVD piratés pour 400 francs (60 centimes d'euros) dans un vidéo club près de son domicile. La jeune femme apprécie la proximité des personnages et des situations qu'elle ne retrouve pas dans les productions occidentales. "Les personnages de +théâtre+ sont comme nous, ils vivent des scènes que nous vivons également", avoue-t-elle.

Pape Demba N'Diaye reconnaît toutefois que la production sénégalaise conserve un certain amateurisme au niveau technique et que les acteurs ne sont généralement pas professionnels. Lui-même travaille à la Poste en dehors de ses fonctions au sein de Daray Kocc. "On ne fait pas du théâtre pour l'argent, mais par vocation", affirme-t-il. La troupe Daray Kocc compte une soixantaine d'acteurs et un casting interne est organisé avant chaque film pour choisir les meilleurs, explique-t-il.

Il souligne que pour soigner ses productions, la troupe Daray Kocc ne fait que deux ou trois films par an. Selon lui, "certaines (troupes) en produisent beaucoup plus, mais il n'y a pas de qualité technique et les scénarios sont mal faits". Pape Demba N'Diaye se réjouit de la popularité des "théâtres" au Sénégal, mais il déplore le fait qu'une écrasante majorité des DVD vendus soient des pirates. "Je n'ai vendu que 150 copies de mon dernier film en un mois sur Dakar, et j'ai rencontré un pirate qui m'a avoué en avoir vendu autant en deux jours", déplore-t-il.

"Le piratage nous porte énormément préjudice, et l'essentiel de nos bénéfices sont faits sur les ventes en Europe", reconnaît-il.
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