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Vendredi 30 Décembre 2005 à 00:00

Tolo TV, la petite chaîne qui donne un coup de jeune à la télé afghane

Saad Mohseni, patron de Tolo TV, est un homme heureux: en un an d'existence, sa chaîne de télévision a donné un coup de jeune au petit écran afghan, qu'elle domine aujourd'hui à coups de programmes novateurs, malgré les menaces des conservateurs religieux. Assis à son modeste bureau, un oeil sur les six télévisions allumées en permanence, le jeune homme d'affaires de 39 ans revient en cette mi-décembre de Paris, où il a reçu un prix de Reporters sans frontières (RSF) pour son engagement en faveur de la "liberté d'informer et d'être informé". Un prix qui couronne le "courage" de Tolo, première chaîne à oser montrer des danseuses indiennes affriolantes aux bras et jambes dénudés (dans son émission musicale "Hop!"), à parler des problèmes de femmes avec un psychologue (talk-show "Bonu"), à faire chanter des jeunes de tous les milieux ("Afghan Star") ou à enquêter sur la corruption ("18:30 report") dans un pays encore dominé par un islam très rigoriste et les mafias locales. Formé en Australie, où sa famille a trouvé refuge à la fin des années 70, Saad Mohseni est revenu au pays en 2002 avec sa soeur et ses deux frères. Cadre d'un fonds d'investissement à Melbourne, il se mue en patron de média à Kaboul. Lancée en octobre 2004, Tolo TV a connu depuis une ascension fulgurante pour devenir la première des cinq chaînes télévisions afghanes. Au début 2003, les Mohseni avaient déjà lancé Arman FM, devenue la première radio privée du pays. Dans un pays pauvre et peu électrifié où un tiers de la population a accès à la télévision, Tolo ("Aube" en persan) a séduit par ses programmes modernes et adaptés de l'étranger. Les débuts ont été chaotiques, notamment lorsque les mollahs conservateurs et la Cour suprême, ennemie intime de Tolo, se sont insurgés contre "Hop!". "Ils ont voulu nous faire fermer boutique", se rappelle Saad Mohseni, finalement vainqueur. "Dans ce pays, les gens ont peur dès qu'il s'agit de choses liées à la religion ou à la culture", note-t-il. Tolo a également dû faire face à l'"affaire" Shaima Rezayee, ex-présentatrice de "Hop!" trouvée morte d'une balle dans la tête chez elle en mai dernier. "Les médias occidentaux ont voulu en faire un symbole. Mais elle ne travaillait plus chez nous, et a été victime d'un crime familial", estime Saad Mohseni. Aujourd'hui, Tolo est incontournable dans le paysage médiatique afghan. Diffusée sur satellite, installée dans les principales villes du pays, elle doit s'étendre "dans les six prochains mois" à des provinces moins peuplées. Elle diffuse 7 à 8 heures de programmes quotidiens et compte 220 salariés, âgés en moyenne de 24 ans, la plupart "recrutés sans formation ou à la sortie de l'université", selon leur patron. Les cercles conservateurs eux-mêmes ont baissé d'un ton. "Tolo a ses bons et ses mauvais côtés. Ils sont bons pour les informations, mais leur musique et leurs films sont mauvais au regard de l'islam", estime Qyamuddin Kashaf, membre du conseil national religieux des oulémas. "Nous censurons des scènes dans les films, nous sommes encore plus conservateurs que certains pays arabes!", répond Saad Mohseni. "Le problème n'est pas religieux. Ce sont juste des gens qui veulent que rien ne change", estime-t-il, quelques semaines après la diffusion d'un sujet sur la corruption... à la Cour suprême. Tolo a été fondée avec l'appui de l'Usaid, l'agence de développement du gouvernement américain. "Mais nous sommes aujourd'hui indépendants. Nous ne roulons pour personne et n'épargons personne", affirme Saad Mohseni, accusé par certains cercles conservateurs et les rebelles talibans d'être à la botte des Américains et du gouvernement Karzai, soutenu par Washington. "Tolo ménage ses arrières: elle donne chaque semaine des coups de griffes au gouvernement, mais, de temps en temps, elle lui fait sa promo pour équilibrer les choses", estime de son côté Neik Mohammed Kabuli, analyste au National democratic institute (NDI).
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Vos réactions

MOHEN31 | Lundi 31 Mai 2010 à 23:43
Felecitations au courage de serata et tv tolo qu'est elle devenue ma porte est ouverte amicalement