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Lundi 18 Novembre 2002 à 00:00

"Algérie(s)", un film sur Canal+

Canal+ a pris la courageuse initiative de diffuser dans sa nouvelle case "Lundi investigation" un film en deux volets sur l'Algérie intitulé "Algérie(s)", qui tente d'expliquer la tragédie algérienne de 1988 à aujourd'hui, marquée par dix ans de massacres.

Ce film de Thierry Leclère, du réalisateur algérien Malek Bensmail et de Patrice Barrat, est le fruit d'une longue enquête menée notamment avec Samia Chala et qui sera diffusé les 18 et 19 novembre. A travers des archives et de nombreux entretiens inédits des protagonistes de l'histoire, il permet de décoder en partie une situation incompréhensible, en essayant "de ne pas être manichéen" car l'enjeu était de faire "un film international" selon Patrice Barrat.

Plus de 40 ans après l'indépendance, comment ce pays riche de pétrole et de gaz mais dont la jeunesse n'a pas de travail, a-t-il pu devenir "une terre en deuil" ? "C'est un film pour comprendre, pas un film à thèse" explique l'un des auteurs Thierry Leclère, qui parle de "film non autorisé". Le document s'ouvre sur les lamentations d'une femme après le massacre d'Ain Defla en 1998. Dans la première partie, les auteurs ont montré la montée en puissance du mouvement islamiste à la suite des émeutes de 1988 et la légalisation du front islamique du Salut.

En décembre 1991 le FIS remporte le premier tour des législatives, le président Chadli démissionne et les éléctions sont annulées. Le FIS est dissous. Le président Boudiaf est assassiné devant les caméras de télévision après cinq mois de pouvoir en juin 1992. Dès lors, la spirale de la violence aspire le pays dans une guerre obscure et terrifiante qui aurait fait entre 100.000 et 150.000 morts selon les chiffres cités. Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères français de 1997 à 2002, estime que le président Boudiaf a été assassiné parce qu'il s'apprêtait à modifier radicalement la politique algérienne sur "certains points".

En filigrane, la corruption, la crise économique, le déficit démocratique. "40 ans après l'indépendance, il y a une seule institution, c'est l'armée", estime Sid Ahmed Ghozali, premier ministre algérien de 1991 à 1992. Les auteurs s'aident de repères chronologiques. Ils ont aussi obtenu des témoignages de membres du FIS et du GIA (Groupe islamique armé) eux-mêmes divisés en de multiples tendances, d'anciens ministres comme le général Khaled Nezzar (ministre de la Défense 1990-1993), et du dirigeant historique du FLN Hocine Ait Ahmed.

Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur français (1993-1995), indique à propos des attentats de 1995 à Paris que la France avait alerté "à différentes reprises les Américains, les Britanniques et les Allemands sur le fait que sur leur territoire étaient installés des dirigeants du FIS, voire du GIA". "Tout cela avait été pris un peu à la légère", dit-il. En septembre 1999, le président Bouteflika fait adopter par référendum une loi sur "la concorde civile" qui prévoit une amnistie pour les islamistes armés non coupables de crimes de sang. Après dix ans de massacres, cette "concorde" apparait comme une amnistie pure et simple.

Les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis ont instauré une nouvelle donne internationale, mais les problèmes du peuple algérien demeurent. Dans ce document, le gouverneur de la banque centrale d'Algérie de 1989 à 1992 n'hésite pas à affirmer: "l'économie algérienne n'existe pas. Si nous étions en guerre, il y aurait une famine totale".
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