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Dimanche 17 Avril 2005 à 00:00

Quand les Basques rient de leurs "Basqueries" à la télévision

Peut-on rire de tout et avec tout le monde au pays de l'ETA? "Vaya Semanita!" (Sacrée p'tite semaine!), la bombe télévisuelle qui raille les travers d'un Pays basque espagnol réputé ombrageux le prouve en faisant exploser l'audimat de la télévision régionale.

Si les téléspectateurs basques votaient pour le parti d'en rire, l'émission la plus suivie de la région autonome du nord du pays ferait sûrement trembler les formations en pleine campagne pour les élections régionales de dimanche. Le jeudi soir en "Prime Time", ils sont 245.000 à zapper sur ETB2, la chaîne publique basque en espagnol, pour se délecter d'une bonne heure d'autodérision façon Monty Python et Guignols de l'Info à la sauce basquaise. "Qu'est-ce qui est le plus important pour la pureté du sang basque, le rhésus négatif ou la dose quotidienne de Rioja D'Alaves?": les mythes les plus douteux de la sacro-sainte identité basque y passent.

Entre sketches et interviews poil à gratter, "Vaya Semanita!", 19,5% de parts d'audience, s'est transformée en deux ans en phénomène de société: "La seule chose qui unit les Basques", plaisante le journal madrilène El Mundo. Des indépendantistes marxistes à la droite de l'Espagne une et indivisible, toute la classe politique locale a défilé sur le plateau de son présentateur, l'humoriste Oscar Terol. "Vive l'Espagne!" est même parvenu à faire dire cet apôtre du (gentiment) "Basquement incorrect" à Arnaldo Otegi, porte-parole du parti indépendantiste Batasuna, la vitrine politique d'ETA. "Vaya Semanita!", star des zappings des chaînes nationales, vise volontiers sous la ceinture. Un récent sketch "révélait" comment reconnaître l'appartenance politique d'un Basque à son comportement au lit:

- "L'indépendantiste, ami de l'autodétermination, lutte pour décider de son propre plaisir", dit la voix off, pendant qu'un pro-ETA, dos à la camera, hurle son plaisir solitaire: "Gora Euskadi!" (Vive le Pays Basque!).

- Le nationaliste modéré du PNV, en bon démocrate-chrétien, préfère éteindre la lumière.

- Ouh! Antonio! Tu m'a touchée?", s'offusqe l'épouse du militant de droite du Parti populaire. "C'est pas moi, c'est l'ETA", jure-t-il. Et le couple disparaît sous une couette soudain très agitée.

- Le socialiste propose à sa Maïté "une coalition tripartite". Elle acquiesce mais suggère au nom de la parité d'inviter aussi son copain du gymnase, sans oublier les homosexuels et les immigrés, qui tous envahissent la chambre conjugale.

Javier Vikuna, le producteur, s'étonne de l'écho grandissant de l'émission à l'extérieur: "Vu d'ailleurs, on dirait que le Pays Basque est un endroit fermé, ténébreux, lugubre où les gens n'osent pas parler et se regardent en coin. La réalité n'est pas si triste". Mais il admet que "Vaya Semanita!" a "catalysé" le relatif apaisement apparu depuis 2003, année du dernier assassinat politique d'ETA (qui en compte plus de 800 à son actif depuis 1968) et de la création du programme. "L'ambiance s'est détendue, les gens se parlent plus facilement. Il y a trois ans, l'émission n'aurait pas été possible, ou moins audacieuse". Pour lui, "les Basques sont fatigués de la politique avec un "P" majuscule.

Ils attendent plutôt qu'elle leur facilite la vie quotidienne", comme l'accès prohibitif au logement, autre thème fétiche de "Vaya Semanita!". Et si le sang se remettait à couler? "Ce serait différent. Mais je crois, dit-il, que la société basque s'est engagée sur une voie sans retour. Ce serait sans doute le dernier soubresaut d'un phénomène qui j'espère touche à sa fin".
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