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La version arabe de "Star Academy", lancée depuis un mois par la chaîne libanaise LBCI, est en passe de devenir un phénomène de société chez les jeunes du monde arabe, malgré les critiques de milieux conservateurs. Sur un modèle déjà éprouvé en France et en Europe, l'émission fait vivre 16 filles et garçons de différents pays arabes, sélectionnés parmi des milliers de candidats, pendant quatre mois dans ses locaux, une première dans le monde arabe où la mixité n'est souvent pas de mise. Formés par des professionnels de la chanson, de l'art dramatique et de la chorégraphie, les candidats sont soumis chaque semaine à une sélection d'un jury. En fin de course, c'est le vote des téléspectateurs qui désignera le ou la finaliste. Les concurrents sont libanais, syriens, tunisiens, marocains, égyptiens, koweïtiens, saoudiens et émiratis. LBCI a lancé pour l'occasion une chaîne satellitaire qui diffuse 24 heures sur 24 les faits et gestes des "académiciens". Et depuis son lancement, les jeunes du Liban et d'une partie du monde arabe sont branchés sur cette émission qui passe désormais aux heures de grandes écoutes. Selon l'institut de sondages libanais Stat-Ipsos, le taux d'audience de Star Academy atteint les 80% chez les Libanais de 15 à 25 ans. Une enquête est en cours pour connaître l'audience dans le reste du monde arabe. Mais les dizaines de milliers de courriers électroniques et de votes par téléphones portables, en provenance de différents pays arabes, sont déjà significatifs de la popularité de l'émission, selon les organisateurs. Les admirateurs libanais avaient déjà réservé un accueil triomphal à la franco-marocaine Sophia au Français Patxi, "star-académiciens" venus de France participer vendredi dernier à Beyrouth à l'émission. "C'est fantastique d'être accueilli de cette façon et de savoir qu'on est aussi populaire de l'autre côté de la Méditerranée", a déclaré Patxi. A la sortie, le service d'ordre de la LBCI tentait de calmer la foule des jeunes admirateurs venus prendre d'assaut leurs vedettes. Mais la popularité de l'émission ne fait pas que des heureux au Liban et dans le monde arabe. Pour cheikh Samir Zeeni, un dignitaire religieux musulman, "il est indécent de faire vivre ensemble des jeunes Arabes, garçons et filles. Le diable pourrait être au rendez-vous". Khaldoun Solh, politologue libanais, estime que ce genre d'émission "n'est pas innocent": "Il vise à détourner les jeunes Arabes des causes nationales au moment où l'Irak est occupé par l'impérialisme et que la Palestine continue à saigner". En octobre, des islamistes avaient tenté au Koweït de faire interdire un concert de jeunes musiciens sélectionnés par la chaîne libanaise Future TV, appartenant au Premier ministre Libanais Rafic Hariri, pour le compte d'une émission clone, "Arab Superstar". D'autres intégristes avaient manifesté à Saïda (45 km au sud de Beyrouth) contre Bahiya Hariri, députée et soeur de Rafic Hariri, parce qu'elle avait organisé un concert des lauréats d'Arab Superstar. La réaction des jeunes aux critiques est violente. "Quel mal y a-t-il à regarder des jeunes chanter, danser, se connaître", affirme Elsa, une libanaise de 16 ans. "Avant, je croyais que tous les jeunes Arabes du Golfe étaient des intégristes. Maintenant, je réalise qu'ils sont comme nous, ouverts sur le monde, mais qu'il leur est interdit d'exprimer leur joie de vivre dans leur pays", affirme-t-elle. Et Pour Omar, 24 ans, "ce genre d'émission a donné pour la première fois l'occasion aux jeunes Arabes de voter pour d'autres personnes que les dinosaures qui les gouvernent".
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