Reporteurs sans frontières
 

RSF accuse à nouveau CNews de manquements au pluralisme : une action qui interroge sa mission

Frédéric SCHMITT
16 janvier 2026 à 19h37  
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Reporters sans frontières (RSF) a formellement saisi l'Arcom pour dénoncer des « manquements flagrants » au pluralisme sur CNews.

Cette démarche, accompagnée d'un document de 112 pages, prolonge une enquête initiale de novembre 2025 et couvre désormais le premier trimestre 2025 (janvier à mars). RSF pointe un traitement de faveur systématique accordé à la droite et à l'extrême droite lors des tranches horaires de forte audience (7h-10h et 18h-21h), tandis que les représentants de la gauche sont relégués aux heures de faible écoute (notamment la nuit). L'analyse s'appuie sur plus de 30 000 bandeaux diffusés, les temps de parole et la variété des thèmes et intervenants.

Selon RSF, ces pratiques constituent un contournement intentionnel et durable des obligations légales françaises en matière de pluralisme interne, imposées aux chaînes bénéficiant d'une fréquence hertzienne publique. L'organisation maintient ses conclusions malgré les déclarations antérieures de l'Arcom, qui n'avait pas relevé de manquement sur la période initialement étudiée (mars 2025). Le président de l'Arcom, Martin Ajdari, a pris acte du nouveau dossier lors du festival Médias en Seine, rappelant l'évolution des critères de contrôle depuis une décision du Conseil d'État en 2024, qui intègre désormais la diversité des opinions exprimées au-delà des seuls temps de parole politiques.

CNews, leader des chaînes d'information en continu, n'a pas encore réagi officiellement à cette saisine. La chaîne a toujours défendu sa ligne éditoriale comme relevant de la liberté d'expression et affirmé respecter les quotas réglementaires.

Cette intervention soulève toutefois une question de cohérence avec la mission de RSF. Celle-ci consiste à défendre la liberté d'informer et d'être informé partout dans le monde, en s'appuyant sur l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme. RSF publie annuellement le Classement mondial de la liberté de la presse et soutient les journalistes en danger contre la censure, les violences ou les pressions étatiques.

Or, en saisissant un régulateur national pour exiger des sanctions contre une chaîne en raison de sa ligne éditoriale perçue comme déséquilibrée, RSF semble s'engager dans une forme de contrôle du contenu médiatique. Des observateurs critiquent cette démarche comme un risque d'atteinte à la liberté d'expression qu'elle prétend protéger, en confondant vigilance sur le pluralisme légal et ingérence dans les choix éditoriaux. RSF rétorque que son action vise précisément à garantir un pluralisme authentique - condition sine qua non d'une information fiable et diversifiée - et non à uniformiser les opinions.

Cette affaire illustre une tension récurrente : la défense de la liberté de la presse peut-elle justifier une régulation accrue sans menacer la diversité des voix ?

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