France 2
 

Cash Investigation visée par une plainte pour non-dénonciation de mauvais traitements dans le périscolaire

Frédéric SCHMITT
15 avril 2026 à 13h41  
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L'équipe de Cash Investigation, l'émission d'investigation phares de France 2, se retrouve au coeur d'une controverse judiciaire après la diffusion d'un reportage choc sur les violences dans le périscolaire parisien.

Diffusée fin janvier sur France Télévisions, l'enquête intitulée "Périscolaire, établissements privés : enquête derrière le portail de nos écoles" a révélé des pratiques choquantes au sein des centres de loisirs et écoles maternelles de la capitale. Une journaliste de l'émission s'est fait embaucher comme animatrice par la Ville de Paris pour infiltrer incognito l'école Saint-Dominique dans le VIIe arrondissement. Les images tournées en caméra cachée montrent des cris excessifs sur les enfants, des menaces, des baisers forcés sur la bouche et d'autres gestes déplacés envers des mineurs de moins de trois ans.

Ce scandale a rapidement pris de l'ampleur. La mairie de Paris a suspendu plusieurs animateurs impliqués, dont deux immédiatement après la diffusion, et a déposé plainte pour ses propres enquêtes internes. Neuf animateurs d'une école maternelle ont été mis à pied à titre conservatoire suite à des suspicions de violences physiques et sexuelles. Des parents d'élèves, traumatisés, ont témoigné de leur calvaire, certains évoquant des procédures judiciaires longues et des enquêtes policières jugées insuffisantes.

Neuf mois se sont écoulés entre les premiers tournages des scènes incriminées et la diffusion du reportage. Cette durée suscite les critiques : une plainte a été déposée contre Cash Investigation et son équipe pour "non-dénonciation de mauvais traitements" sur mineurs, un délit prévu par l'article 434-3 du Code pénal. Les plaignants reprochent aux journalistes d'avoir priorisé le scoop télévisé au détriment de la protection immédiate des enfants, en ne signalant pas les faits aux autorités compétentes dès leur constatation.

Selon les informations révélées par Le Figaro, la plainte vise directement l'émission présentée par Élise Lucet, accusée d'avoir laissé les enfants en danger pendant des mois pour accumuler des preuves visuelles impactantes. Des voix sur les réseaux sociaux, comme sur X (ex-Twitter), dénoncent un "spectacle avant tout", qualifiant les méthodes d'immorales et potentiellement complices.

La production de l'émission n'a pas encore réagi officiellement à cette plainte, mais Cash Investigation a déjà fait face à de nombreuses procédures dans le passé, souvent pour diffamation ou violation de domicile lors de ses enquêtes musclées. Aucune condamnation n'a été prononcée à ce jour, mais cette affaire soulève des questions éthiques sur les limites de l'investigation télévisée.

Du côté des autorités parisiennes, la crise a enflammé les débats municipaux. Rachida Dati, maire du VIIe, a critiqué l'omerta institutionnelle, tandis que des collectifs de parents exigent plus de transparence sur les 128 animateurs suspendus pour soupçons de violences sexuelles en dix ans dans la capitale.

  • La Ville de Paris annonce des enquêtes approfondies et des formations renforcées pour les animateurs.
  • Des plaintes individuelles affluent de parents, avec des gardes à vue et interpellations en cours.
  • Le ministère de l'Éducation nationale suit le dossier de près.

Cette plainte marque un tournant : pour la première fois, une équipe journalistique est directement mise en cause pour son inaction face à des faits graves filmés en direct.

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