
Maxime Saada, patron de Canal+, assume pleinement la riposte du groupe à la tribune anti-Bolloré tout en clarifiant ses intentions.
Publiée mi-mai dans Libération, la tribune intitulée Zapper Bolloré a réuni plusieurs centaines de signataires du monde du cinéma. Ces professionnels dénonçaient ce qu'ils qualifient d'emprise grandissante de l'extrême droite sur le septième art via l'influence de Vincent Bolloré. Des figures comme Juliette Binoche, Adèle Haenel ou Jean-Pascal Zadi figuraient parmi les signataires. La publication est intervenue à la veille du Festival de Cannes, amplifiant la polémique dans les milieux professionnels.
Lors d'un déjeuner réunissant des producteurs, le 17 mai, Maxime Saada a exprimé son mécontentement face à cette initiative. Il a qualifié la pétition d'injustice envers les équipes de Canal+ qui défendent l'indépendance de la chaîne. Sa réponse a été directe : le groupe ne souhaite plus travailler avec les signataires de ce texte. Cette déclaration a immédiatement suscité des débats sur la liberté d'expression et les relations entre financeurs et créateurs.
Vendredi 29 mai, lors de l'assemblée générale du groupe, Maxime Saada est revenu sur le sujet devant les actionnaires. Il a assumé sa position initiale sans ambiguïté. Il a défendu Vincent Bolloré en soulignant que c'est avec lui, pour ne pas dire grâce à lui, que Canal+ a été redressé à l'époque où le milliardaire était encore impliqué dans le groupe Vivendi. Le dirigeant a toutefois nuancé ses propos en niant toute volonté de dresser une liste noire. Il a précisé qu'il n'était pas question de traquer les techniciens ayant signé la pétition ni de refuser de financer les films sur lesquels ils travaillent. Mais il n'a pas caché que les nouveaux projets à financer seront scrutés d'un autre œil. Selon lui, un véritable préjudice a été porté à l'image et la réputation de Canal+. En d'autres termes, s'il assume ses propos, les signataires devront assumer les leurs. Si « quelqu'un sonne chez vous, vous traite de fasciste et ensuite vous demande de l'argent, peut-être que vous ne lui donneriez pas de l'argent. On va faire exactement pareil » a prévenu M. Saada.
Cette prise de position a entraîné des suites judiciaires. Canal+ a été assigné en justice pour discrimination présumée envers les signataires de la tribune.
Les débats se poursuivent sur l'équilibre entre liberté éditoriale des diffuseurs et pluralisme dans le financement du cinéma français. Maxime Saada insiste sur le fait que les choix de Canal+ tiendront compte de la considération portée à la chaîne dans ses décisions futures de production.
Le groupe Canal+ reste le principal acteur privé du financement du cinéma hexagonal avec des investissements annuels conséquents dans les contenus, sans discrimination d'origine, religieuse ou politique. La tribune anti-Bolloré a valu a Canal+ de se faire siffler au festival de Cannes lorsque son logo apparaissait. L'image du groupe a été touchée et avec elle, toutes les personnes qui y travaillent.
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