Bien avant la TNT... Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60

C Colorix
Bien avant la TNT... Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60

AVANT-PROPOS


Bonjour et bienvenue,

Les messages qui suivent concernant les débuts de la télévision à Paris, Lille, Strasbourg et Lyon, ont été initialement postés dans le
"Forum Satellite", sujet "Photos d'antennes drôles, hors norme..." créé et animé par notre sympathique Cricri.

Néanmoins, ces antennes d'émission, même si elles sont
"hors norme", relèvent plus de la TNT (qu'elles diffusent presque toutes désormais, sauf celles qui n'émettent plus, telles Lille-Beffroi ou Strasbourg-Lauth).

Aussi, pour lire en continu cette saga du
"Tour de France des antennes d'émission des années 50-60", il m'a paru utile, sur la suggestion de quelques uns, de lui consacrer un sujet spécifique dans le présent forum

Le
"Tour de France des débuts de la télévision" suit l'ordre chronologique d'ouverture des émetteurs principaux par la RTF pour son réseau 819 lignes, de 1949 à 1961. Il est illustré par des photographies, des articles de presse, des documents techniques et même des copies vidéo de reportages contemporains (inaugurations d'émetteurs, de stations régionales, événements télévisés...).

Dans certains cas
nous serons amenés, d'une part à montrer l'évolution, depuis cette époque, de ces émetteurs dans les décennies qui ont suivi (arrivée de la Deuxième Chaîne et de la couleur, etc) mais aussi, pour garder une certaine cohérence, nous pourrons être amenés à présenter simultanément des émetteurs VHF associés ou émetteurs intercalaires UHF mis en service plus tard dans une même région.

Voici donc, sous réserve de modifications pendant ce parcours (une étape supplémentaire étant notamment prévue pour l'Algérie, équipée en 819 lignes par la
RTF dès 1956, et une autre au Maroc évoquant l'éphémère existence de la "Telma" dans les années 50), la carte de ce "Tour de France"
dont chaque étape correspond à la date de mise en service de l'émetteur régional principal :


Image

Image

Cliquer sur la carte ci-dessus ou ici pour l'afficher en grande taille, bien plus lisible

Document RTF
. Source : "La sociologie politique et la télévision"
par Serge Antoine et Jean Oulif
in Revue française de science politique (1962)
téléchargeable en PDF ici ou à défaut ici (taille 3 Mo)
© Collections Persée.fr


Liens directs vers les étapes parcourues à ce jour :

Un grand merci à smiley kiki37 pour le recensement et le mise en liste de tous ces liens qui vous permettent d'accèder directement à la région de votre choix..

Il nous prépare aussi un tableau encore plus détaillé de ce
Tour de France, qui sera mis en ligne prochainement. smiley


a) Liste chronologique

Nord - Pas de Calais (et Belgique )
Picardie
Alsace (et Télésaar )
Rhône – Alpes
Provence
Côte d'Azur (et TMC )
Corse
Lorraine (et Télé-Luxembourg )
Champagne-Ardenne
Bourgogne
Franche-Comté

Centre-Val de Loire
Normandie

Bretagne (en cours)


b) Liste alphabétique


Alsace (et Télésaar )
Bourgogne
Bretagne (en cours)
Centre-Val de Loire
Champagne-Ardenne
Corse
Côte d'Azur
Franche-Comté
Lorraine (et Télé-Luxembourg )
Nord - Pas de Calais (et Belgique )
Normandie
Picardie
Provence
Rhône – Alpes

c) Le 819 lignes à nos frontières



Belgique
Sarre (Telesaar)
Monaco (TMC)
Luxembourg (Télé-Luxembourg)






AVERTISSEMENT : L'hébergeur (Free) ayant supprimé le stockage des documents-images de Colorix, celles-ci sont remises progressivement, malheureusement certaines n'ont pas été retrouvées ni les vidéos smiley
Merci pour votre compréhension
Édité par kiki37 le 31/03/2022 à 19:21:53
C Colorix
Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : Paris Tour Eiffel

A tout seigneur tout honneur, le départ de notre "Tour de France" se doit d'être donné depuis le plus ancien émetteur TV français : la Tour Eiffel qui reçoit ses premières antennes en 1935 pour des émissions d'essai en 60 puis 180 lignes à analyse mécanique, avant de passer en 1937 au 455 lignes tout électronique jusqu'au sabotage des installations avant l'entrée des Allemands dans Paris en 1940.

En 1943-1944 ceux-ci installent un émetteur au standard 441 lignes allemand. La France bénéficie alors d'un superbe centre de télévision rue Cognacq-Jay qui servira jusqu'aux années 80 pour les trois chaînes nationales de télévision, son concepteur visionnaire, Kurz Hinzmann, ayant refusé de le saboter. En reconnaissance la France lui attribuera une pension de fonctionnaire de la RTF.


Les émissions 441 lignes sont doublées à partir de 1949 par un autre émetteur fonctionnant totalement indépendamment en 819 lignes, haute définition retenue pour le futur réseau national. Il n'existe à l'époque aucune passerelle d'un lignage à un autre : la RTF doit faire cohabiter pour une même émission en studio, régie et caméras de chaque définition, ce qui ne va pas sans certains heurts, les équipes 819 se jugeant prioritaires sur celles de la basse définition dont l'arrêt est programmé pour 1958.


Les téléspectateurs 441 lignes s'estiment lésés, n'ayant droit qu'à des émissions en studio et des films des années 30 alors que ceux en 819 lignes bénéficient du car de reportage pour des grands directs extérieurs (football, arrivée du Tour de France, Messe de Minuit...). En juillet 1952 en prévision du Couronnement, la BBC (qui émet en 405 lignes) et la RTF assistée de la Radio-Industrie mettent au point un "convertisseur de définition", en fait une caméra 819 lignes aux circuits de prise de vue modifiés, braquée sur l'écran à revêtement spécial anti-moirage d'un moniteur 405 lignes également modifié pour limiter l'effet de "lignage".


Grâce à ce procédé les téléspectateurs du continent pourront ainsi voir un an plus tard en direct, converties de 405 en 819 et 441 lignes à Paris, et de 405 en 625 lignes à Breda pour les Pays-Bas et l'Allemagne de l'Ouest, le Couronnement en direct d'Elizabeth II le 2 juin 1953.


Un tel convertisseur est aussitôt installé à demeure pour l'émetteur 441 lignes parisien, qui devient un simple relais du 819 lignes mais donne désormais satisfaction à tout le monde. Le voici, en service dans les locaux de la RTF rue Cognacq-Jay en 1954 :


Image
Le "convertisseur" pour l'émetteur 441 lignes de 1952 à 1956
Image
Document © Science et Vie



Sur la gauche, on y voit les baies de contrôle de cet équipement qui comprend, au fond de la salle, le moniteur 819 lignes à tube à rémanence spéciale permettant à la caméra 441 lignes de ne pas reprendre le spot trop "en direct", ce qui lui aurait fait perdre le bénéfice de l'image complète en se retrouvant uniquement avec le "flying spot". D'un autre côté, la rémanence ne devait pas être trop longue pour éviter un effet de traînage des mouvements à l'écran.

Sur la droite, la caméra 441 lignes dont le tube de prise de vue (vraisemblablement un orthicon) avait son système optique légèrement modifié pour éviter les effets de moirage à l'écran.


Apparemment cette conversion optique se faisait mieux en lumière ambiante que dans l'obscurité.


La station 441 lignes émet alors en bande I (vidéo 42 MHz, audio 46 MHz) en polarisation verticale, mieux adaptée aux courbures du relief et donnant un peu plus de portée à l'émetteur. La RTF connaît d'ailleurs ses téléspectateurs les plus éloignés : en Normandie, à Auxerre, mais aussi à... Vichy. Des vendeurs de téléviseurs garantissent même une réception stable sans un rayon de 150 km autour de l'émetteur parisien !


Pour le capter il faut de très grandes antennes en "I" (simple dipôle) ou en "H" (dipôle + réflecteur), très voisines de celles utilisées pour la BBC à Londres (41,50 - 45 MHz), comme on peut le voir sur la partie gauche de l'illustration ci-dessous :


Image
Image
A gauche : Document © northamptonaerials.tv
A droite : capture d'écran du film "Papa Maman ma femme et moi" (1956)
Document © Gaumont - Cocinor



Dans la nuit du 2 au 3 janvier 1956, après une journée et une longue soirée d'élections législatives en direct, l'émetteur 441 lignes s'embrase au sommet de la Tour :


Image
Image
Document © Ouest-France


Il devait s'arrêter 2 ans plus tard, aussi la RTF renonce-t-elle à faire de coûteuses réparations pour un délai aussi court. On préfère indemniser les quelques centaines restantes de téléspectateurs concernés en leur attribuant diverses facilités pour remplacer leur poste devenu inutile, et les derniers "I" et "H" sont rapidement remplacés sur les toits parisiens par ces petites antennes 3 éléments au "trombone" caractéristique captant le 819 lignes en bande III que l'ont peut voir sur la partie droite de la photo ci-dessus. La polarisation horizontale est censée réduire les échos en milieu fortement urbanisé. C'est pourquoi les États-Unis et le Canada n'émettent qu'avec cette polarisation.

Toutefois la bande I n'est pas abandonnée : cette même année 1956 voit la mise en service de l'émetteur 819 lignes de Caen Mt-Pinçon sur le canal F2 en polarisation horizontale, tandis qu'à l'est une éphémère station "Telesaar" profite du statut encore incertain de la Sarre pour émettre (quelques jours seulement d'ailleurs) sur ce même canal F2 en polarisation verticale depuis le bâtiment émetteur d'Europe 1 (nous y reviendrons un peu plus loin). Au sud, TMC fera aussi des essais sur le canal F2 en polarisation horizontale (apparemment avec l'ancien émetteur de Telesaar) pour tenter d'agrandir un peu sa zone de diffusion, la portée en bande I étant supposée supérieure à celle de la bande III. La chaîne monégasque finira par abandonner, ses émissions créant des interférences avec l'Italie.


A la Tour Eiffel, le 441 lignes utilise deux jeux d'antennes séparés : pour le son (de simples câbles tendus verticalement) et, pour l'image, des bandes métalliques également tendues verticalement plus bas, autour de la plateforme. Bien sûr ces antennes n'avaient aucun gain, ce qui justifiait la grande puissance de l'émetteur : 30 kW, donnant en 1939 à la Tour le statut d'émetteur TV le plus puissant du monde :


Image
Image

Détail des antennes au sommet de la Tour Eiffel en 1949




Image

De haut en bas : l'antenne 'tourniquet" 819 lignes (audio + vidéo),
les antennes audio puis les antennes vidéo du 441 lignes

Document © INA


Image
Image
Gros plan sur les antennes vidéo du 441 lignes
Document © INA



Le très intéressant film muet ci-dessous a été tourné le... 1er janvier 1956, deux jours avant l'incendie de l'émetteur ! C'est dire son caractère historique très particulier.

On y voit d'abord les antennes 441 et 819 lignes et les relais hertziens mobiles sur la 3ème plateforme de la Tour, puis la préparation de l'émission de 13h en direct "Télé-Paris" de Roger Féral et Jacques Chabannes qui recevaient des personnalités du Tout Paris. On reconnaîtra ici les comédiens Michel Simon, Françoise Rosay, Robert Manuel, Jacques Morel, Jeanne Sourza, Micheline Dax et Roger Pierre. Noter le "carton" de l'émission fixé devant l'objectif d'une caméra et le fonctionnement de celles-ci et de la régie :


Image
Document © INA
Pour le télécharger: clic droit sur ce lien,
choix "Enregistrer la cible..." (taille 24 Mo)
.

Si le débit de votre connexion le permet, une version en
HD 720p
avec la luminosité améliorée est disponible ici
(également téléchargeable par clic droit - Taille 220 Mo)



Retrouvés dans sa précieuse collection de documents historiques, voici des articles de la revue "Antennes" n° 31 et n° 60 de Télédiffusion de France transmis par kiki37. Le premier évoque les conditions particulières et les contraintes de diffusion liées à la Tour. Les suivants décrivent les équipements et la maintenance dans les années 80 :

Image
Image
Document © TDF
Collection kiki37



Image
Image
Document © TDF
Collection kiki37



Image
Image

Document © TDF
Collection kiki37

Image
Image
Édité par kiki37 le 17/05/2022 à 19:58:52
C Colorix
Antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : Lille Beffroi et Bouvigny

C'est à Lille, premier émetteur régional mis en service le 25 avril 1950, que nous allons consacrer la première étape de ce "Tour de France" dans les régions.

En attendant la construction, quelques années plus tard, d'un centre doté d'un mât d'émission de grande hauteur, c'est d'abord depuis l'Hôtel de Ville de Lille que la télévision a fait ses premiers pas dans le Nord de la France.


Image
Image
Copie d'un article de 1950 affichée dans le Beffroi de Lille.
Les deux cercles du plan correspondent aux prévisions de couverture de réception,
le plus petit étant la zone prévue en 1950. En réalité, l'émetteur sera reçu beaucoup
plus loin en France comme en Belgique, en particulier après 1956
.




Télé-Lille a d'abord émis en autonome, puis à partir de juillet 1951, en relais de Paris, depuis le Beffroi de l'Hôtel de Ville de Lille (voir ici et ici dans le fil de discussion de notre ami Cricri)

A l'époque cet édifice n'est pas vieux, il a été conçu par l'architecte Emile Dubuisson et inauguré en 1932, moins de 20 ans plus tôt :


Image
Image

Document © Delcampe.net



Image
Image

Particulièrement visible au sommet,
la parabole captant le relais de Paris

Document © Delcampe.net


Image
Image
Document © Delcampe.net


Haut d'un peu plus de 100 mètres (hauteur de certains émetteurs "classiques" en treillis métallique quelques années plus tard dans d'autres régions), il est reçu dans une bonne partie des départements du Nord et du Pas-de-Calais, et dans les régions frontalières de la Belgique toute proche grâce à des panneaux d'émission en bande III disposés sur la flèche au sommet. Le canal d'émission (F8A) et la polarisation (horizontale) sont les mêmes qu'à la Tour Eiffel, dont la zone d'émission n'atteint pas directement celle du Beffroi. Il y a donc un risque réduit d'interférences, même en extrémité des deux zones de réception.

Image
Image
Capture d'écran vidéo document © INA


En 1956, afin d'améliorer la réception dans les zones les plus éloignées des deux départements concernés, la RTF décide d'installer au sommet du beffroi un petit pylône sur lequel sont posés de nombreux panneaux d'antennes de grande puissance.

Image
Image

Un document rare : les antennes de grande puissance
permettant l'extension notable de la zone de réception
après le triplement de la puissance de l'émetteur de 3
à 20 kW crête-image en 1956. La vidéo de leur pose
est disponible au
point 3) dans la rubrique suivante.


Document © Delcampe.net


Image
Image

Une autre vue du beffroi avec sa grande antenne entre 1956 et 1960
Document ©
Delcampe.net



Image
Image
Document © Delcampe.net


L'esthétique du beffroi en souffre, mais le nouvel équipement apporte des surprises non négligeables : Télé-Lille est captée jusqu'à Gand et Bruges en Flandre, à Bruxelles, mais on rapporte aussi des cas de réception jusque sur les hauteurs de Namur ou même Liège.
La télévision expérimentale belge INR ("Institut National de Radiodiffusion" belge) étant à peine naissante (1953), la RTF bénéficie d'une audience d'Outre-Quiévrain fidèle et très importante : "Rysel" (Lille, en flamand) propose même une émission en flamand le samedi après le programme de Paris.




Voir aussi cette vidéo sur les travaux
https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/rcf99003520/les-travaux-d-amenagement-du-beffroi-pour-tele-lille
Édité par kiki37 le 22/02/2023 à 16:27:10
C Colorix
Télé-Lille : les débuts au Beffroi

L'inauguration officielle de cette toute première station de télévision régionale remonte donc à 1950 : le ministre de l'Information de l'époque, Pierre-Henry Teitgen, était accompagné de toute la cohorte de "notables" de l'époque (vous remarquerez sur la première vidéo ci-dessous, les superbes moustaches d'un vieux monsieur et les chapeaux des dames).

L'émetteur et les antennes provisoires étaient, nous l'avons vu, installés au sommet du Beffroi de l'Hôtel de Ville. Ces antennes avaient peu de rayonnement, mais permettaient quand même une réception correcte dans un rayon de 50 à 70 km alentours. Par la suite, un petit pylône sera installé tout au sommet du Beffroi pour accueillir des panneaux rayonnants à grande puissance permettant la réception dans une grande partie de la Belgique (jusqu'à Bruges, Gand puis Bruxelles, et même les hauteurs de Namur et Liège).


Dès le départ on
avait été retenu le même canal que celui de la Tour Eiffel, tout simplement parce que les premiers récepteurs 819 lignes, comme leurs aînés en 441 lignes, n'étaient pas encore équipés d'un "rotacteur" (sélecteurs de canaux), et les constructeurs et vendeurs de postes proposaient les mêmes appareils à Lille et à Paris.

Quelques étages plus bas dans le Beffroi, tout le monde cohabitait tant bien que mal : petit studio et son personnel (cameraman, speakerine, journalistes, M. Météo, chansonniers et invités...), personnel de la régie (réalisateur, illustrateur sonore, etc) mais aussi de la baie de contrôle (techniciens audio et vidéo). Imaginez l'inconfort pour faire tenir tout ce petit monde !



Image
Image
Le minuscule studio et son unique caméra
accueillaient même la messe le dimanche dans le beffroi...

Document © INA


Image
Image
... et le mobilier était le moins encombrant possible.
Document © INA


Le télécinéma était unique. Quand il fallait changer la bobine d'un film ou d'une émission "kinescopée" (enregistrée sur film) venant de Paris par le train (le faisceau hertzien ne sera établi qu'un an après), on improvisait un sketch ou une chanson pour faire patienter les téléspectateurs. La messe était dite sur un petit autel rangé ensuite dans un coin pour laisser la place à des chansonniers, etc. La mire elle-même était une photo sur un chevalet mobile devant l'unique caméra en service (on les voit dans le reportage ci-dessous). Le samedi soir, la station ira même jusqu'à proposer une émission en flamand pour les Belges qui n'auront leur propre télévision qu'en 1953 (lors du Couronnement d'Elizabeth II) et d'ailleurs limitée à la seule agglomération de Bruxelles jusqu'en... 1958. Le prestige de la station lilloise était tel en Belgique francophone, que pendant longtemps les Wallons continueront de dire "Lille" pour désigner la Première Chaîne de l'ORTF...

Bref, la Préhistoire de la télévision régionale, qui si vous avez l'occasion de visiter votre station régionale France 3 lors des Journées du Patrimoine, vous laissera rêveur face à l'incroyable évolution de la technique depuis 60 ans ! (à Nantes, devant le nombre incroyable de moniteurs, de baies de commandes etc, le tout dans une ambiance feutrée dans une semi-pénombre, on avait l'impression d'être à bord d'un sous-marin nucléaire !)


1) L'inauguration de Télé-Lille le 27 avril 1950 :


Image
Image

Cliquer dans l'image ou ici pour lire la vidéo (durée 4mn)
Si votre connexion est trop lente, téléchargez-la : clic droit
ici
puis
choix "Enregistrer la cible..." (taille du fichier 25 Mo)
Document © I.N.A.



2) La préparation du JT régional du 29 juin 1951 :


Image
Image
Image
Noter la grande jeunesse de Jean Ruelle,
le caméraman tout de blanc vêtu

Cliquer dans l'image ou ici pour lire la vidéo (durée 2'20)
Si votre connexion est trop lente, téléchargez-la : clic droit
ici
puis
choix "Enregistrer la cible..." (taille du fichier 15 Mo)
Document © I.N.A.



3) La pose des antennes de grande puissance en janvier 1956

Pour améliorer la réception dans l'ouest des départements du Nord et du Pas-de-Calais, mais aussi en Belgique, les anciennes antennes sont remplacées par des panneaux rayonnants de grande puissance installés sur un petit pylône érigé au sommet du Beffroi :

Image
Image

La pose délicate des imposants panneaux rayonnants en 1956.
Cliquer dans l'image ou ici pour lire la vidéo (durée 7'45)
Si votre connexion est trop lente, téléchargez-la : clic droit
ici
puis
choix "Enregistrer la cible..." (taille du fichier 43 Mo)
Document © I.N.A.



4) Mai 1960 : la télévision quitte le Beffroi pour Bouvigny


Le grand centre émetteur de Bouvigny remplace désormais le Beffroi, mais aussi le petit relais local du château d'eau d'Amiens-Coisy, grâce à deux gros émetteurs de 20 kW de puissance crête-image, l'un dirigé vers le nord (canal F 8A-H) et l'autre vers le sud (canal F11-V) pour arroser la Picardie. Un hélicoptère sert à démonter les antennes devenues inutiles au sommet du Beffroi après ses dix années de bons et loyaux services :


Image
Image

La dépose tout aussi spectaculaire des antennes
est cette fois effectuée à l'aide d'un hélicoptère.

Cliquer dans l'image ou ici pour lire la vidéo (durée 5mn)
Si votre connexion est trop lente, téléchargez-la : clic droit
ici
puis
choix "Enregistrer la cible..." (taille du fichier 27 Mo)
Document © I.N.A.



Entre temps, la station de télévision avait déménagé en 1957 auprès de la radio régionale, dans les locaux de la R.T.F. boulevard de la Liberté :


Image
Image

L'immeuble de la RTF qui avait accueilli les personnalités pour l'inauguration en 1957


Elle y bénéficiait désormais d'installations spacieuses permettant l'utilisation de plusieurs caméras :



La photo ci-dessus fait partie de la très intéressante page du blog lelensoisnormand.unblog.fr consacrée au "Magazine du Mineur" diffusé par Télé-Lille : n'hésitez pas à aller la visiter ici ainsi que les autres chapitres de ce site consacré à cette belle région du Nord.

EDIT janvier 2026:
photos récentes et reportage vidéo sur le forum Rétrotechnique

D'autres commentaires et photos sont également accessibles sur ces pages de l'intéressant forum
TNT62 Nord-Pas de Calais à l'appui de ces mêmes vidéos que je leur ai fait partager :

1) http://tnt62.xooit.fr/t6703-Inauguration-de-Tele-Lille-dans-le-Beffroi-le-27-avril-1950.htm

(l'inauguration du 27 avril 1950)

2) http://tnt62.xooit.fr/t6784-Tele-Lille-2-preparatifs-du-JT-du-29-juin-1951.htm

(les préparatifs du JT du 29 juin 1951)

3) http://tnt62.xooit.fr/t8167-T-l-Lille-3-pose-des-antennes-de-grande-puissance.htm

(la pose d'antennes de grande puissance en 1956)

4) http://tnt62.xooit.fr/t8168-T-l-Lille-4-la-T-V-quitte-le-Beffroi-pour-Bouvigny.htm

(la TV quitte le Beffroi pour Bouvigny en 1960)

Vous y trouverez d'utiles informations et commentaires de membres de ce forum qui ont connu l'époque héroïque de "Télé-Lille" , mais aussi de la Télévision Belge durant leur enfance.


Édité par kiki37 le 06/01/2026 à 19:19:05
C Colorix
Le cas particulier de la Picardie

En 1956 le Nord et le Pas-de-Calais sont donc en grande partie à la portée du Beffroi de Lille.

En Picardie toutefois, le sud de la région capte Paris et le Nord reçoit Lille, mais Amiens et ses environs se plaignent d'être laissés de côté, seul un petit relais provisoire de 50 watts, installé sur le tout nouveau château d'eau de Coisy en juillet 1958, est reçu dans l'agglomération d'Amiens :


Image
Image

Cliquer sur l'image ou sur le lien ci-dessous
pour ouvrir la page
Google Street View
Le château d'eau de Coisy, construit en 1958 et aussitôt
utilisé par la
RTF jusqu'à la mise en service de l'émetteur
de Bouvigny sur le même canal F11-V en décembre 1959.
Modernisé, il est maintenant utilisé pour la téléphonie
mobile avec un
pylônet et surnommé "La Tour Bleue".
Capture d'écran © Google Street View




La RTF ne parvient pas à retenir un emplacement satisfaisant pour couvrir la Somme et l'Aisne, tandis que le site de Bouvigny-Boyeffles est choisi pour remplacer le beffroi de Lille.

Image
Image

Document © Delcampe.fr
et
© Modern Photo Sains (1960)



Avec en cadeau une colorisation "maison" de la photo ci-dessus :


Image
Image


Finalement, c'est ce même site inauguré en novembre 1959 qui hébergera, fait unique à la RTF, deux émetteurs 819 lignes bande III avec deux polarisations différentes : le canal F8A émettant en horizontal vers le Nord-Pas de Calais, et le canal F11 émettant en vertical vers la Somme et l'Aisne.
(NB : jusqu'en 1956, la Tour Eiffel avait eu elle aussi deux émetteurs avec deux polarisations différentes, mais avec deux standards différents et sur deux bandes différentes : en 441 lignes en bande I à polarisation verticale, et en 819 lignes en bande III en polarisation horizontale)
:

Image
Image



Cliquer sur l'image ou
ici pour afficher la carte en plus grande taille


Document © Revue technique Le Haut-Parleur - 1961
Collection doctsf.com


Quelques années plus tard, en 1964, Bouvigny sera le premier grand centre émetteur de province (une fois de plus !) à bénéficier de l'arrivée de la Deuxième Chaîne de l'ORTF (Lyon l'ayant eu en même temps que Paris, mais seulement sur sa mini-Tour Eiffel de Fourvière, reçue seulement dans la ville et sa banlieue). Peut-être plusieurs facteurs ont-ils contribué à lui donner cette préférence : sa proximité de la Belgique déjà utilisatrice du 625 lignes flamand (en VHF certes, mais à polarité d'image positive et à porteuse audio en AM comme le 625 lignes français, et non pas en polarité négative et son FM), pour lequel de nombreux téléviseurs"ch'tis" multistandards étaient déjà en mesure de capter la nouvelle chaîne par simple adjonction d'un tuner et d'une antenne UHF. Mais, peut-être aussi, les compétences particulières du personnel technique lillois qui s'était illustré en juin 1953 en assurant le centre nodal et de répartition, avec conversion des images anglaises à 405 lignes du Couronnement, en images à 819 lignes vers Paris, et en 625 lignes vers la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne et le Danemark... une prouesse technique à l'époque.

Haut de ses 300 mètres, Bouvigny fut donc le premier grand pylône français à être surmonté d'un cylindre d'une vingtaine de mètres contenant les antennes UHF diffusant la "Deux" sur une zone de réception moins grande qu'en VHF :

Image
Image
Document © Télé 7 Jours 1964



Image
Image

Bouvigny-Boyeffles, surmonté de sa nouvelle antenne UHF en 1964
Document © Delcampe.fr


L'émetteur de Bouvigny sera complété, pour ses émissions en UHF, par des émetteurs "intercalaires" comme celui-ci, sur le Mont des Cats près de Dunkerque...

Image
Image

Document © Delcampe.fr


... et au Mont-Lambert, près de Boulogne (qui complétait déjà la zone de réception de la "Une" sur le canal F4-V en bande I depuis septembre 1959), mais aussi à Maubeuge (Rousies), Valenciennes (Marly) et, pour le programme régional d'Amiens, à Hirson (Landouzy) et à Abbeville (Limeux).

Tous ces émetteurs "intercalaires" sont uniquement équipés pour la radio FM et la TV en UHF. Leurs emplacements sont soigneusement choisis pour "coller" au mieux avec les limites administratives qui aboutiront un jour à nos actuelles régions, et pour lesquelles l'ORTF a mis progressivement en place des C.A.T. (Centres d'Actualités Télévisées) dont ces émetteurs assureront une couverture optimale, tandis que les grands centres VHF comme Bouvigny avaient eu pour objectif premier de couvrir un maximum de population avec la plus grande zone de réception possible.


A la fin des années 80, la proximité de la Belgique, de l'Angleterre et des Pays-Bas a empêché Bouvigny d'accueillir des émetteurs pour La Cing et TV6 (puis M6), qui durent se contenter longtemps d'un émetteur local à Lambersart, limité à l'agglomération lilloise.


Depuis, le passage au tout numérique a permis à la station de bénéficier du même nombre de chaînes que les autres grands centres émetteurs de province.


Quant à la Picardie, elle possède ses propres émetteurs depuis 1969 à Saint-Just en Chaussée pour couvrir l'Oise et la Somme, à Limeux pour la région d'Abbeville, et, pour l'Aisne, à Hirson Landouzy mais aussi à Villers-Cotterets (Fleury) le tout premier émetteur UHF français à utiliser la polarisation verticale (voir ici).


Dans un prochain article, après un crochet par la Belgique et son 819 lignes spécifique, nous partirons pour l'Alsace dont le premier émetteur, provisoire, a fêté ses 60 ans le 30 septembre 2013. Bien que nous disposions de moins d'illustrations et de détails, nous découvrirons pourquoi la priorité a été donnée à cette région plutôt qu'à Lyon, initialement prévue pour le troisième émetteur français, mais qui dut attendre un an de plus pour bénéficier de la télévision.


Édité par kiki37 le 08/04/2022 à 17:48:19
C Colorix
Antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : le 819 lignes aussi en Belgique

De l'autre côté de la frontière ("Outre-Quiévrain"), la télévision lilloise fit la conquête de nombreux téléspectateurs belges, autant en Wallonie qu'en Flandre grâce à ses émissions régionales dans les deux langues.

Bien que l'I.N.R. (Institut National de Radiodiffusion) belge n'ait pas encore arrêté ses choix en normes techniques, il était évident que pour les belges francophones le 819 lignes s'imposait de lui-même. Mais, très rapidement, il n'en allait pas de même pour les néerlandophones lorsque la télévision hollandaise, captée dans presque toute la Flandre fit ses débuts en 625 lignes le 2 octobre 1951.

Il fallait trouver un compromis pour satisfaire tout le monde, et c'est ainsi que sont nées deux normes que seule la définition différenciait : le "819 lignes belge" (ou "819 lignes à bande étroite", norme F) pour les émissions en français, et le "625 lignes belge" (norme C). Pour le reste, la polarité vidéo était positive et le son en modulation d'amplitude, comme en France.

Les premières émissions seront expérimentales et d'abord réalisées en circuit fermé depuis deux studios de radio reconvertis, pour chacune des deux langues, dans l'immeuble de la place Flagey à Bruxelles, qui héberge à la fois l'I.N.R. francophone et le N.I.R. (Nationaal Instituut voor de Radio-Omroep) néerlandophone :



Image
Image

Années 50 : le logo bilingue français-flamand (INR-NIR) de
l'Institut National de Radiodiffusion belge, ancêtre commun
aux actuelles RTBF francophone et VRT néerlandophone.
Document © ouderadio.be


Dans le même temps, le dôme du Palais de Justice de Bruxelles reçoit des nappes d'antennes bande III orientées vers le Beffroi de Lille pour assurer, le 2 juin 1953, le relais du Couronnement d'Elizabeth II en direction des Pays-Bas et de l'Allemagne de l'Ouest :



1ère étape : la pose des antennes d'émission provisoire sur le Dôme du Palais de Justice de Bruxelles en 1953 (captures vidéo) :



Image
Image
Les antennes captant l'émetteur R.T.F. de Lille-Beffroi
sur le Dôme du Palais de Justice de Bruxelles
Document © Sonuma (INA belge)


Image
Image
L'échafaudage pour la pose de l'antenne émettrice
Document © Sonuma (INA belge)


Les ouvriers posent l'antenne d'émission super-tourniquet en Bande III :


Image
Image

1953 - 1958, les cinq premières années de la télévision en Belgique.
Après les débuts expérimentaux au Palais de Justice de Bruxelles,
les deux chaînes s'équipent de puissants émetteurs régionaux.
Cliquer sur l'image ci-dessus pour voir la vidéo
Si votre navigateur n'affiche pas la vidéo ou si votre connexion
est trop lente cliquer ici (clic droit, choix "Enregistrer la cible...")
pour la visionner depuis le disque dur de votre ordinateur
Document © Sonuma (INA belge)


Image
Image
Capture d'écran vidéo © Sonuma (INA belge)


Grâce à cette installation provisoire, la Belgique, qui devait initialement se limiter au relais
du signal de Lille vers les Pays-Bas et l'Allemagne, va pouvoir diffuser elle aussi le Couronnement d'Elizabeth II et faire partie des premiers pays participant à cette toute première Eurovision du 2 juin 1953.

Cette double installation provisoire (une francophone, une néerlandophone) va durer du 31 octobre 1953, date officielle du lancement de la "Télévision Expérimentale Belge", jusqu'à l'Exposition Universelle de 1958. Les deux émetteurs du Palais de Justice, d'une puissance apparente rayonnée de 1 kW, sont reçus par environ 6500 téléviseurs dans un rayon d'environ 40 km autour de la capitale.

Le N.I.R. émet en 625 lignes sur le canal E10-H en norme C, qui n'a avec la norme B, celle des pays voisins (Pays-Bas, R.F.A.), que la définition et les fréquences d'émission en commun.

L'I.N.R. émet en 819 lignes à bande étroite sur le canal E8-H en norme F, qui sera d'ailleurs reprise par Télé-Luxembourg en 1955 (nous y reviendrons dans l'étape consacrée à la Lorraine).

Affectant la qualité de l'image vidéo, ce choix d'un canal de 7 MHz au lieu de 14 MHz est justifié par le fait de la coexistence forcée des deux chaînes nationales belges qui, même si elles ne sont diffusées chacune que dans leur zone linguistique respective, doivent néanmoins cohabiter dans plusieurs zones de réception commune, mais aussi avec les chaînes étrangères reçues en de nombreux endroits de Belgique : la France au sud, l'Allemagne de l'Ouest (puis le Luxembourg) à l'est, les Pays-Bas au nord, et même la BBC et ITV sur la côte belge.

Ceci a pour résultat de généraliser assez rapidement les récepteurs multistandards, certes très coûteux ("les plus chers du monde" diront les Belges) mais donnant, déjà, un choix important de programmes là où la plupart des pays voisins ne disposent que d'une seule chaîne.

Progressivement le réseau va s'étendre, avec trois "grosses" stations principales près de Bruxelles pour les deux chaînes, à Liège pour l'I.N.R. et près d'Anvers et Gand pour le N.I.R., ainsi que l'on a pu le voir dans la vidéo qui précède :


2ème étape : Wavre - Overijse remplace le Palais de Justice en 1958 :


Image
Image
Le pylône autoporteur de Wavre diffuse désormais
les deux programmes belges du haut de ses 145 mètres
Capture d'écran vidéo © Sonuma (INA belge)



Image
Image
Image Les antennes de 100 kW PAR. Noter la différence des panneaux en
fonction des diagrammes de rayonnement, différents selon la chaîne.
Canal E8-H émissions françaises en 819 lignes vers l'est et le sud (Wallonie)
Canal E10-H émissions flamandes en 625 lignes vers le nord et l'ouest (Flandre)
Capture d'écran vidéo © Sonuma (INA belge)



Liège - Ougrée (Wallonie - 1958) :


Image
Image
A gauche sur le château d'eau, l'ancien émetteur provisoire du Bol d'Air, de 1954.
Au pied du nouveau pylône, des antennes qui seront posées à son sommet.
Capture d'écran vidéo © Sonuma (INA belge)



Image
Image
Le nouveau pylône liégeois avant la pose de ses antennes
Capture d'écran vidéo © Sonuma (INA belge)



Image
Image
Le montage de l'antenne Super-tourniquet bande I (canal E3-H)
Capture d'écran vidéo © Sonuma (INA belge)

Image
Image
Capture d'écran vidéo © Sonuma (INA belge)



Aalter / Ruiselede près de Gand et Bruges (Flandre - 1958) :


Image
Image
La base du pylône autoporteur de Aalter - Ruiselede
Capture d'écran vidéo © Sonuma (INA belge)



Image
Image
Les imposantes antennes bande I (canal E2-H - 100 kW PAR) en attente de montage
Capture d'écran vidéo © Sonuma (INA belge)



Image
Image
Capture d'écran vidéo © Sonuma (INA belge)


Ces émetteurs principaux seront par la suite complétés par des stations de moindre puissance, notamment à Anlier près d'Arlon et de la frontière avec le Luxembourg, sur le canal E11-H (10 kW PAR) ou Froidmont près de Tournai et de Lille, sur le canal E7-V (2 kW PAR).

Dès 1965, ainsi que le confirme le World TV Radio Handbook de 1966, la R.T.B. abandonne le 819 lignes pour le 625 lignes norme C déjà utilisé par la B.R.T. flamande (Belgische Radio en Televisie - Radio Télévision Belge). Toutefois, elle continue de relayer des émissions de la Première Chaîne ORTF en 819 lignes sans les convertir, ce qui amènera les constructeurs de téléviseurs à mettre au point un système de "bascule" automatique de définition pour éviter aux téléspectateurs de se lever pour aller à chaque fois changer celle-ci sur leur téléviseur non muni d'une télécommande avec changement de lignage.

L'arrivée de la couleur (système PAL) a lieu le 1er janvier 1971 sur un nouveau réseau UHF en norme H, le réseau VHF norme C continuant d'émettre en noir et blanc jusqu'en 1977 du fait de l'incompatibilité de ses caractéristiques pour diffuser le système PAL. Le réseau UHF sera alors étendu et transformé en deuxième programme sous le nom de RT-Bis, en fait sous la forme de dédoublement des soirées avec la chaîne VHF certains jours de la semaine, pour devenir par la suite une chaîne nouvelle à part entière sous le nom de Télé 2 puis de Télé21.

Le reportage ci-dessous, réalisé le 22 mai 1964 par la R.T.B. (Radio Télévision Belge, héritière de l'I.N.R. en 1960) nous montre, sans le savoir, un "nouveau métier" qui ne fera pas long feu : les installateurs d'antennes, sollicités par des Belges avides de nouveaux programmes, risquent souvent leur vie en érigeant des équipements de taille impressionnante. Ils ignorent à cette date que la télédistribution chassera bientôt des toits toutes ces antennes, en se généralisant très rapidement dans tout le pays :



Un reportage original de la R.T.B. sur les installateurs d'antennes
en 1964. Ceux-ci ignorent que dans peu de temps la télédistribution
va les chasser des toits en se généralisant dans toute la Belgique.
Cliquer sur l'image ci-dessus pour voir la vidéo
Si votre navigateur n'affiche pas la vidéo ou si votre connexion
est trop lente cliquer ici (clic droit, choix "Enregistrer la cible...")
pour la visionner depuis le disque dur de votre ordinateur
Document © Sonuma (INA belge)


Apparue à Liège dès 1962, la télédistribution désormais universelle en Belgique a chassé les nombreux râteaux des toits et normalisé la réception de toutes les chaînes, particulièrement nombreuses.

Témoin cette "Rue de la Porcelaine" à Anderlecht, vue avec 60 ans d'écart...


Image
Image
"Rue de la Porcelaine" à Anderlecht, dans la banlieue sud de Bruxelles.
Carte postale de 1953 env. lorsque la
RTF de Lille était reçue depuis 1950
avec des antennes
"grande distance" (notamment la "Yagi double nappe"
à gauche) tandis que les petites captaient l'
INR émis du Palais de Justice.

Document © Delcampe.net



Image
Image
Cette même rue d'Anderlecht soixante ans après, en 2013. Elle n'a pas
beaucoup changé (voir la vieille palissade de bois au premier plan !),
si ce n'est la disparition de toutes les antennes sur les toits... Le câble,
universel en Belgique, les a chassées du paysage dès les années 60.

Document © Google Street View



... et cette "Rue de la Douane" marquant la frontière franco-belge dans l'agglomération d'Halluin :

Image
Image

Halluin: la "rue de la Douane" marque la frontière entre la Belgique à gauche et la France à droite.
Impossible de se tromper : aucune antenne râteau à gauche, et une haute forêt à droite.
Seule exception côté belge, une parabole vraisemblablement utilisée pour capter
de rares chaînes étrangères non disponibles en télédistribution.
Cliquer dans l'image ou
ici pour l'afficher en grande taille
Document © Google Street View



les normes de la télévision belge en 1952 ► sous ce lien
Édité par kiki37 le 08/04/2022 à 18:05:28
C Colorix
Antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : l'Alsace a la priorité !

Juin 1953 : panique dans les hautes sphères de la RTF !

Alors que tout le monde s'est réjoui de la pleine réussite de la diffusion du Couronnement dans plusieurs pays ne partageant pas les mêmes normes techniques, une ombre au tableau vient souffler un vent d'inquiétude chez les dirigeants parisiens : les Alsaciens achètent des téléviseurs allemands ne fonctionnant qu'en 625 lignes au standard d'outre-Rhin, totalement incompatible avec le 819 lignes français !


Image
Image

Cet article très "cocorico" de l'hebdomadaire catholique vendu dans les églises et ancêtre de
"Télérama" défend maladroitement la R.T.F. face à la T.V. allemande.
Cette dernière sera
d'ailleurs présente à temps pour que les Alsaciens voient le couronnement d'Elizabeth II.

Document © Télérama


Alors qu'à Paris, les vendeurs de téléviseurs se sont frottés les mains de satisfaction grâce au Couronnement, en vendant des milliers de postes ces derniers mois, on vient d'apprendre que certains de leurs collègues, à Strasbourg, en ont fait tout autant grâce à l'émetteur récemment installé près de Baden-Baden, et parfaitement reçu dans le Bas-Rhin !


Les Strasbourgeois ont donc pu regarder le Couronnement, mais pas sur la Télévision Française, car celle-ci n'a aucun émetteur en service dans l'Est de la France. Et les programmes de l'ARD (
Arbeitgeminschaft der öffentlichrechtlichen Rundfunkanstalten Deutschlands, "Communauté de travail des organismes officiels de Radiodiffusion d'Allemagne") sont, aussi, très attrayants : Hambourg, Berlin, Münich... tous les Länder se partagent successivement l'antenne nationale, apportant une grande variété dans la grille des programmes. Les postes allemands commencent à entrer dans les foyers alsaciens, et bientôt lorrains si la Sarre, bien que sous mandat français depuis la Libération, s'équipe elle aussi d'un émetteur relayant l'Allemagne...

"Ils n'auront pas l'Alsace et la Lorraine !"
... Ce véritable casus belli hérité de la défaite de 1870 ressurgit à l'état-major de la RTF. Le directeur technique n'en est-il pas le (déjà vieux) Général Leschi ?

Image
Image

Inauguration de Télé-Lille : à gauche, le Général Leschi,
Directeur Technique chargé du développement du réseau TV de la
RTF

Document © INA


Alors qu'on avait prévu de donner la priorité d'abord à Lyon, puis à Marseille , les deux agglomérations les plus importantes de province, la mise en chantier d'un émetteur de télévision provisoire à Strasbourg est lancée de toute urgence.

Un vaste terrain est trouvé rue Lauth, qui accueillera une Maison de la Radio et de la Télévision, et l'émetteur de télévision provisoire. Même s'il n'est pas reçu dans tout le Bas-Rhin, il empêchera au moins l'hémorragie de continuer à attirer les Alsaciens vers l'influence allemande voisine. Car nous ne sommes qu'en 1953, les téléviseurs reçoivent, soit les 819 lignes français avec le son en modulation d'amplitude et la polarité positive de la vidéo, soit le 625 lignes allemand (déjà adopté par les Pays-Bas et l'Italie) au son en FM avec polarité négative de la vidéo. Les téléviseurs multistandards sont rares et chers. C'est donc la guerre à l'audience sur fond de normes techniques ! Sus à l'envahisseur !


L'émetteur alsacien avec sa tour autoporteuse d'une soixantaine de mètres de hauteur, est donc inauguré dès le mois d'octobre 1953, tout le monde a mis les bouchées doubles :


Image
Image


Inauguration de la station régionale de Strasbourg
Si votre navigateur n'affiche pas la vidéo, faire un
clic droit
ici (choix "Enregistrer la cible...") pour
la visionner sur votre disque dur (taille 1,5 Mo
)

Document © INA
Édité par kiki37 le 05/04/2022 à 14:22:39
C Colorix
Fonctionnant d'abord en autonome comme Lille, Strasbourg reçoit par train de Paris les émissions kinescopées (enregistrées sur film à partir d'un moniteur équipé d'un tube cathodique spécialement adapté), en particulier le journal télévisé de la veille. Il faut en effet laisser le temps aux PTT, alors seuls autorisés à tracer des "câbles hertziens", le temps de relier Paris à Strasbourg via de nombreuses tours relais :

Image
Image

La tour de relais hertzien de Villers-Cotterets, assurant à la fois
le relais de Paris vers Lille et vers Strasbourg. Noter
les logements
pour le personnel dans les étages inférieurs de la tour.
Document © Delcampe.fr


Image
(image non retrouvée)

La tour hertzienne de La Hoube près de Dabo, dans les Vosges, entre Metz et Strasbourg.
Document © Delcampe.fr


Image
Image

Les équipements n'étant pas automatisés, les personnelslogent
sur place, ici à La Hoube dans un petit bâtiment
au pied de la tour.
Document © Delcampe.fr
Édité par kiki37 le 05/04/2022 à 15:00:32
C Colorix
Image
Image

Certains relais hertziens de moindre importance ne nécessitent pas une intervention
humaine permanente, comme ici sur le Haut-Barr dominant Saverne, en Alsace.


Document © Delcampe.fr


Le 25 décembre 1953, la liaison hertzienne avec Strasbourg est mise en place avec, en prime, la possibilité d'envoyer des images d'Alsace vers Paris. Comme Lille, Strasbourg a le privilège de proposer des émissions régionales en complément au relais du programme national, y compris en dialecte alsacien.

L'émetteur a une particularité technique notable : il émet sur le canal F5, en polarisation horizontale. Or ce canal F5 est "hors bande" : alors que les fréquences allouées à la télévision sont normalement comprises entre 175 et 230 MHz, le 819 lignes gourmand en fréquences (11,15 MHz de largeur de bande au lieu de 7 MHz pour les émetteurs 625 lignes !) a du recourir à deux astuces : la première, c'est le recours aux fréquences comprises entre 162 et 175 MHz, soit en gros la place pour un canal supplémentaire.

L'autre astuce, ce sont les canaux "inversés", particularité essentiellement française, avec les canaux "impairs" en "infradyne" et les canaux "pairs" en "supradyne"...

Pour le profane, ces termes barbares veulent tout simplement dire que pour une bande de fréquences à peu près identique, la porteuse vidéo est soit d'une fréquence inférieure ("infradyne"), soit supérieure ("supradyne") à la fréquence de la porteuse audio. En jouant aussi sur les polarisations d'antennes, on peut faire voisiner deux émetteurs ayant à peu près les mêmes fréquences, mais les porteuses son étant totalement à l'opposé l'une de l'autre, et les porteuses vidéo légèrement différentes, et la polarisation d'antenne étant un barrage efficace contre d'éventuelles interférences mutuelles, la réception, même dans les zones limites de réception commune, permettait de capter l'un ou l'autre des émetteurs sans trop de problèmes.


Avec ses 164 MHz de fréquence vidéo, et ses 175,15 MHz de fréquence audio, le canal F5 de Strasbourg est donc en "infradyne". Un peu plus tard, le 31 juillet 1956, l'émetteur voisin de Metz-Luttange partagera la même bande de fréquences, mais sur le canal F6 "supradyne", avec la vidéo sur 173,40 MHz et l'audio sur 165,25 MHz. Tous deux seront pourtant en polarisation horizontale, mais, même lorsqu'en 1964 l'émetteur de Nordheim aura une portée plus grande, et donc une zone de réception commune à mi-chemin avec Luttange, apparemment le voisinage se passera sans trop de difficultés...


Dominant la Maison de la Radio-Télévision, l'émetteur de la rue Lauth dans les années soixante...


Image
Image

Document © Delcampe.fr



Image
(image non retrouvée)

Document © Delcampe.fr



... et de nos jours, vu depuis la rue Lauth :


Image
Image

Cliquer sur l'image ou le lien ci-dessous pour ouvrir la page Google Street View
Document © Google Street View
Édité par kiki37 le 05/04/2022 à 15:04:10
C Colorix
En 1964, afin d'améliorer la réception dans le nord du Bas-Rhin, le tout nouvel ORTF met en service un émetteur régional plus puissant et plus performant, grâce à un pylône de plus de 130 mètres sur les hauteurs de Nordheim, à l'ouest de Strasbourg. Nombreux sont ceux qui doivent alors réorienter leurs "râteaux" vers le nouvel émetteur :

Image
Image
Le centre émetteur TDF de Strasbourg-Nordheim
Document ©
structurae.info




Image
Image

Noter le pylône autoporteur séparé assurant les
liaisons hertziennes avec celui de la rue Lauth.

Document ©
structurae.info




Image
Image
Document © structurae.info


L'arrivée prévue de la Deuxième Chaîne pour le début de 1965 a sans doute contribué à ce choix. Avec son pylône trop petit et son emplacement peu élevé, l'émetteur de la rue Lauth ne pouvait donner des résultats satisfaisants pour une diffusion en UHF qui porte bien moins loin que la VHF. Dans le nord du Bas-Rhin, il faudra d'ailleurs installer un petit émetteur intercalaire à Wissembourg, au Col du Pigeonnier, pour améliorer la réception de la radio FM et de la TV en UHF :

Image
Image

L'émetteur intercalaire FM et UHF de Wisembourg
sur les hauteurs du Col du Pigeonnier.

Document ©
structurae.info


L'ancien pylône rue Lauth sera néanmoins conservé pour les liaisons hertziennes entre la station régionale de la Place de Bordeaux et ses émetteurs, mais aussi avec Paris et avec l'Allemagne voisine.
Édité par kiki37 le 08/04/2022 à 14:49:57
C Colorix
Quant à Colmar et Mulhouse, elles devront attendre le début de 1956 avant qu'une haute tour autoporteuse soit installée.

Ce ne sera pas au sommet du Ballon de Guebwiller comme prévu initialement (voir
ici des informations intéressantes et des illustrations fournies par notre ami Casimodo. Un grand merci à lui !) ledit Grand Ballon des Vosges devant se contenter ultérieurement d'un simple réémetteur...

Image
Image
Document © Delcampe.net


... mais sur les hauteurs du Belvédère à l'entrée sud de Mulhouse :


Image
Image
Document © Delcampe.net


Sa portée assez conséquente lui permet d'être confortablement reçu dans le nord de la Suisse et dans le Würtemberg voisins.

Dans les années 80, l'abandon du 819 lignes contraint TDF à restituer aux PTT l'ancienne partie "hors bande" des canaux F5 et F6
(160-175 MHz), l'obligeant à trouver de nouvelles fréquences pour la future chaîne Canal Plus, en négociant avec les pays voisins pour essayer de caser Nordheim dans une bande III déjà bien encombrée. Finalement, ce centre pourra émettre sur le nouveau canal L10, mais avec une puissance deux fois moins importante qu'auparavant (20 kW au lieu de 50 kW de puissance apparente rayonnée) et en polarisation désormais verticale, obligeant une fois encore les Bas-Rhinois à modifier ou remplacer leurs antennes. Mulhouse-Belvédère, lui, n'aura pas ce problème,ayant déjà une bande de fréquences assignée dans laquelle il casera son nouveau canal L5-H.

Par la suite, le problème de pénurie de fréquences lié au grand nombre d'émetteurs étrangers voisins obligera La Cinq et M6, comme à Lille, à se contenter d'un émetteur local couvrant uniquement l'agglomération strasbourgeoise. C'est un nouveau site au Port du Rhin qui sera préféré à celui de la rue Lauth, son pylône d'environ 100 mètres de hauteur permettant de couvrir une zone un peu plus grande :


Image
Image
Document © structurae.info


Avec l'arrivée de la télévision numérique, une remise à plat complète des fréquences est négociée entre les différents pays frontaliers, permettant à Nordheim, désormais doté d'un pylône de 270 mètres, et aux autres émetteurs alsaciens de disposer de toutes les fréquences nécessaires avec, néanmoins, le recours à la nouvelle norme MPEG4, moins gourmande en fréquences que la MPEG2, mais qui de toute façon la remplacera à terme dans toute la France, ne serait-ce que pour le passage des diverses chaînes à la HD.

Prochaine étape de notre Tour de France des émetteurs régionaux : Lyon, mis en service le 15 octobre 1954 sur la tour de Fourvière, et le 24 décembre 1955 sur le sommet du Mont-Pilat.
Édité par kiki37 le 08/04/2022 à 14:54:40
C Colorix
L'incroyable saga de la télévision en Sarre dans les années 50 : Telesaar


Image



Il convient d'abord de situer le décor, car peu d'entre nous le connaissent vraiment !


De taille à peu près égale à celle de son riche voisin immédiat le Luxembourg à l'ouest, (moins de 2600 km² chacun), la Sarre est de nos jours deux fois plus peuplée (près de un million d'habitants) :

Image
Image

1948-1957 : au carrefour de la République Fédérale Allemande, du Luxembourg et
de la France sous laquelle est en protectorat, la Sarre profite pendant quelques
années d'une indépendance sous mandat mais qui lui donne certaines libertés.
Document © Google Maps


Après la Seconde Guerre Mondiale, incorporée dans la Zone d'Occupation Française, la Sarre placée sous le contrôle des autorités militaires françaises est autorisée à procéder à des élections de conseillers municipaux dès 1946. L'année suivante, ces derniers adoptent une Constitution Sarroise donnant à la région un statut de véritable Etat (mais devant rester en lien étroit avec la France) reconnu comme tel au plan international. La Sarre a ainsi participé aux Jeux Olympiques de 1952 en Finlande, et son équipe de football s'est opposée à celle de l'Allemagne de l'Ouest dans les qualifications de la Coupe du Monde 1954... qui fut bien sûr télévisée (nous y reviendrons).


Dans la période des années 50 qui nous intéresse, la télévision naissante en Europe suscitait bien de l'intérêt de la part des investisseurs privés. En radio, le monopole était la règle partout, à l'exception des trois petits pays entourant la France, qui avait nationalisé ses postes privés : le Luxembourg et Andorre, dont les stations commerciales avaient débuté dans les années 30, et Monaco où Radio Monte-Carlo démarra véritablement après la guerre.

Un homme d'affaires sulfureux et controversé d'origine roumaine, Charles Michelson, mena diverses opérations dans lesquelles fut impliqué l'Etat monégasque, par le biais d'une participation bancaire dans sa société "Images et Son" qui allait devenir, en plus de Télé Monte-Carlo, l'actionnaire majoritaire d'un autre projet de télévision privée, en Sarre.

Dès le début des années 50, avant même la naissance de Télé-Luxembourg en 1955, les Sarrois souhaitaient avoir leur propre chaîne de télévision et cherchaient des investisseurs pour financer sa construction et son fonctionnement.

Etat quasi-souverain, la Sarre avait obtenu à la conférence de Stockholm de 1952 l'attribution d'un canal de télévision, mais elle y était représentée par les P.T.T. français qui planifiaient leurs projets sur la base du 819 lignes adopté quatre ans plus tôt, et donc avec des canaux "F " d'une largeur de bande de 14 MHz, soit deux fois plus que les canaux "E " du 625 lignes adopté par la République Fédérale d'Allemagne (R.F.A.).

Au lieu de la bande III en polarisation horizontale majoritaire dans les canaux attribués en Europe, Sarrebruck se vit attribuer un canal "F1b" (en réalité le "F2" français : audio 41,25 MHz – vidéo 52,40 MHz) en bande I et en polarisation verticale, avec les mêmes critères de diffusion que le "F1" (ou "F1a") désignant au plan international les fréquences de l'émetteur 441 lignes de la Tour Eiffel (audio : 42,00 MHz – vidéo 46,00 MHz) initialement fixées avant-guerre pour ses émissions en 455 lignes. La P.A.R. (puissance apparente rayonnée) prévue pour ce canal "F1b" (ou "F2") était de 100 kW.

Ses inconvénients majeurs étaient la taille très imposante des futures antennes de réception sur les toits mais surtout une très grande sensibilité aux parasites. En contrepartie, ce canal avait des chances de bénéficier d'une zone de réception plus vaste qu'en bande III.

Associées, la société "Images et Son" de Charles Michelson et la "Radio-Industrie" présidée par l'inventeur du 819 lignes, Henri de France, avaient tout intérêt à prendre le contrôle de cette future télévision sarroise qui pourrait émettre des programmes commerciaux en français vers l'Alsace, la Lorraine et l'est de la Belgique. L'ouest de l'Allemagne, avec ses récepteurs 625 lignes totalement incompatibles techniquement (les multistandards étant alors très rares et très chers) était sans intérêt pour une station en 819 lignes, à la fois du point de vue commercial mais aussi politique.

Les deux sociétés prirent la majorité des parts dans la Saarland Fernsehen AG (Société Anonyme de Télévision de la Sarre) désormais présidée par Henri de France et titulaire de la concession en Sarre par convention avec l'Autorité de Radiodiffusion Sarroise, gestionnaire de Radio Sarrebruck. Le directeur de celle-ci, un certain Billman, était lui-même actionnaire de la nouvelle société de télévision et il avait depuis longtemps l'idée de monter une puissante radio commerciale privée en Sarre. Le prétexte de financer la future télévision privée par les profits dégagés par une telle radio suffit aux autorités sarroises pour autoriser la création de cette station de radio. C'est ainsi qu'en liaison avec les actionnaires français fut créée "Europe n°1", délibérément orientée en direction du public français, et en concurrence directe avec sa voisine Radio-Luxembourg, devenue depuis, RTL en 1969.


Les débuts de "Europe n° 1" furent chaotiques car la place manquait dans la gamme des grandes ondes. La station émigra sur plusieurs fréquences en provoquant à chaque fois des protestations des pays voisins : Luxembourg, Suisse, Danemark, Norvège... Finalement, un accord fut passé avec la R.D.A. (République Démocratique Allemande) dont l'émetteur était dirigé vers l'est. Décalé de quelques kilohertz et bloquant sa diffusion vers l'est, Europe n° 1 émettait enfin depuis le plateau du Feldbeg-Berus à l'ouest de Sarrebruck, avec ses messages publicitaires initialement destinés en majorité à financer la télévision sarroise :

Image
Image

Le logo d' Europe 1 à ses débuts
évoquait ses vues sur la télévision
Document © Saarnostalgie.de et Europe 1


Celle-ci avait entre temps commencé à émettre de façon expérimentale dès 1953 avec un petit émetteur de 100 Watts de puissance crête-image installé sur un pylône au sommet de la colline du Eschberg à l'est de Sarrebruck :


Image
Image

Le pylône de Telesaar à côté de la Eschberg Hof
n'existe plus, et cette ferme est devenue un hôtel.
Document© Saarnostalgie.de


La Sarre ne souhaitant pas utiliser le 625 lignes allemand,c'est donc du matériel français fonctionnant en 819 lignes qui fut installé, utilisant le canal français F7 (177,15 – 188,30 MHz) en polarisation horizontale, canal mis à disposition par la RTF qui n'en avait pas l'usage. C'est avec ces caractéristiques que Telesaar allait émettre pendant près de cinq ans, jusqu'à sa fermeture le 15 juillet 1958, mais dans des conditions de réception souvent difficiles hors de l'agglomération de Sarrebruck :


Image
Image

Un technicien sur la plateforme sous les panneaux
rayonnants diffusant le canal F7-H. Le rôle de celui
en déport, à sa gauche, n'est pas défini. Peut-être
pour renforcer le retour-antenne vers le centre-ville
où se trouvait le centre de production de la station.
Document© Saarnostalgie.de


En 1954, la société propriétaire Fernseh AG commença la construction d'une petite tour de béton près du gigantesque bâtiment hébergeant les émetteurs ondes longues d'Europe n°1. Le but était de l'utiliser pour lancer une nouvelle station totalement indépendante de Telesaar, mais en concurrence frontale avec la future Télé-Luxembourg (lancée en janvier 1955) sous le nom de "Europe n°1 Télévision" :




Devant utiliser le canal F2 initialement attribué à la Sarre par la conférence de Stockholm, avec une puissance apparente rayonnée de 100 kW, identique à celle qu'utiliserait à terme la chaîne luxembourgeoise, le but final de Europe n°1 Télévision était identique à celui de la radio, à savoir détourner le plus possible de téléspectateurs de Télé-Luxembourg tout en profitant d'un canal devant, en principe, lui donner une zone de réception légèrement plus grande et, notamment, meilleure dans le nord de l'Alsace.


Image
Image

Éloigné d'environ 45 km du site d'émission de Télé-Luxembourg à Dudelange, celui du projet
"Europe 1 Télévision" sur le plateau du Felsberg était, comme pour la radio, en concurrence
frontale directe pour atteindre une zone de réception à peu près équivalente en France.
Document © Google Maps


Malgré ses conditions de diffusion assez limitées, Telesaar allait, pendant plusieurs années, ponctuer la vie politique, sociale, culturelle et même sportive des Sarrois depuis son petit studio de 58 m² installé en plein centre de Sarrebruck et relié avec l'émetteur par des faisceaux hertziens installés sur le toit, mais aussi avec le car de reportage de la station permettant des directs, y compris pour des émissions en public : music-hall et variétés depuis deux théâtres, matchs locaux de football et de catch (la chaîne n'avait pas le droit de relayer l'Eurovision), courses de chevaux, de moto etc.


Image
Image


Calqué sur le modèle de celui fourni par la Radio-Industrie à la R.T.F., le car de
direct de Telesaar était largement utilisé pour couvrir les compétitions sportives,
les événements politiques, et les spectacles en public depuis les théâtres locaux.
Document © Saarnostalgie.de


Tous les programmes étaient en dialecte sarrois ou en allemand, présentés par des animateurs, présentatrices et journalistes "du crû". Les Sarrois composaient la quasi totalité de l'effectif d'une trentaine de personnes faisant tourner la chaîne, personnels techniques, administratifs et de direction compris.

Comme ce sera également le cas quelque temps plus tard pour Télé Monte-Carlo et Télé-Luxembourg, ces effectifs réduits en personnel n'avaient absolument rien à voir avec ceux de la R.T.F. qui produisait elle-même un grand nombre d'émissions de prestige : "dramatiques" (théâtre télévisé en plateau en direct), retransmissions du Festival d'Avignon, des 24 heures du Mans, émissions littéraires ("Lectures pour tous"), documentaires ("La vie des animaux") ou d'information ("Cinq colonnes à la Une"), qui mobilisaient des centaines de personnes à Cognacq-Jay comme aux Buttes-Chaumont..

Malgré cet handicap, les programmes de Telesaar étaient quand même assez variés, comme le montre la grille ci-dessous (traduite en français) non seulement publiée dans la presse quotidienne mais aussi dans un magazine de radio-télévision propre à la Sarre :


Image
Image

Journal télévisé et courtes rubriques de services ou de conseils composaient
l'essentiel de la production propre de la station, qui comme le feront également
Télé-Monte Carlo et Télé-Luxembourg, aura largement recours aux films de long
métrage, à l'exception de spectacles de variétés produits dans des théâtres locaux.
Document © Saarnostalgie.de

Traduction L.M.F.


Telesaar fonctionnera ainsi, avec son émetteur de faible puissance en bande III, jusqu'à ce que les événements politiques l'obligent à mettre fin à ses émissions le 15 juillet 1958 à la demande du Ministère Fédéral des Postes désormais en charge de la radio-télévision dans le nouveau "Land" allemand de la Sarre.

Entre temps, la télévision nationale allemande ARD avait installé, avec l'aide logistique de la Südwestfunk de Baden-Baden, un émetteur de 100 Watts sur la tour de béton du Schwarzenberg, relativement proche de celle de l'Eschberg de Telesaar et couvrant elle aussi essentiellement la ville de Sarrebruck, sur le canal E2-V en 625 lignes norme B.


Image
Image

La tour en béton a été construite en 1930 sur la colline du
Schwarzenberg ( 376 m),
la plus élevée de Sarrebruck.
Haute de 46 m, elle est utilisée pour la téléphonie mobile.

Document © Google Maps et M. Tobias Lana (2016)




Image
Image

L'équipement mis en place sur la tour
du Schwarzenberg pour relayer l'
ARD
sur le canal E2-V en 625 lignes norme B

Document © Saarnostalgie.de


Cet émetteur provisoire fut mis en service le 1er janvier 1957, date officielle de l'entrée de la Sarre dans la République Fédérale d'Allemagne. Ses fréquences entraient dans la bande plus large (canal F2) attribuée à la Sarre par la Conférence de Stockholm. Il devait diffuser la cérémonie officielle d'adhésion de la Sarre à la RFA mais par un coup du sort, l'émetteur SWF du Hornisgrinde qui le pilotait tomba en panne, et c'est sur Telesaar qui retransmettait aussi l'événement, que les Sarrois purent le suivre... en 819 lignes uniquement.


Image
Image

Encadrée par deux caméras 625 lignes de l'ARD, celle en 819 lignes de Telesaar
retransmet comme pour de nombreux autres événements sarrois, la cérémonie
d'adhésion de la Sarre dans la RFA en direct du Théâtre Municipal de Sarrebruck.

Document © Saarnostalgie.de


Toutefois, la Fernseh AG s'estimant propriétaire de cette bande de fréquences, réussit à faire cesser les émissions de l'ARD, qui se trouvait obligée de lui demander son accord préalable avant de faire, de temps en temps, des émissions depuis le Schwarzenberg. De son côté, la Fernseh AG hâtait la mise en place d'un émetteur de 3 kW crête-image sur la tour de béton du bâtiment émetteur de la radio Europe n°1, sur le plateau du Felberg :


Image
Image

Le bâtiment "futuriste" devant deux des pylônes de l'émetteur ondes longues d' Europe 1.
A droite, la tour de béton destinée à diffuser
"Europe 1 TV" à ses débuts sur le canal F2-V.
Elle n'aura servi que pour relayer
Telesaar pendant onze jours, mais a été conservée en l'état.
Cliquer dans l'image ou
ici pour l'afficher en très grande taille

Document
© M. Marco Kany, Sarrebruck et resonanzen.eu


Telesaar commençait ainsi à émettre le 15 janvier 1958 depuis le Felsberg avec cet émetteur sur le canal F2-V en 819 lignes et pouvait être désormais parfaitement reçue dans tout le Land et même au-delà, mais le gouvernement fédéral à Bonn, agacé par ces agissements, parvenait à obtenir discrètement de l'UER le remplacement du canal F2 norme E 819 lignes, par le canal E2 en norme B 625 lignes, seul standard officiellement adopté par la RFA.

Le 25 janvier 1958, l'émetteur était fermé officiellement sur intervention du ministère fédéral des postes et de la police :


[IMG]http://archives.television.free.fr/TV/Allemagne/Sarre/Fermeture_Telesaar_doct_Ouest-FrancImagee_27-01-1958.jpg[/IMG]

Document
© Ouest-France


Finalement, le gouvernement fédéral allemand faisait définitivement interdire, non seulement les émissions de Telesaar, mais aussi celles d'Europe n°1 en mars 1958 :


Image
Image

Document
© Ouest-France


Toutefois, la radio en ondes longues était sauvée par une prise de participation majoritaire de l'Etat français par l'intermédiaire de la SOFIRAD (Société Financière de Radiodiffusion) et continuait d'émettre, en français, vers la France et donc sans viser le public allemand.

Il n'en allait pas de même pour Telesaar, qui, en violation de l'interdiction d'émissions privées, émettait désormais à destination de la population d'un Land allemand, en allemand et avec des caractéristiques techniques non conformes à celles en vigueur dans le pays.

La station était contrainte de cesser définitivement ses activités le 15 juillet 1958, mais son émetteur 819 lignes sur le canal F7-H était temporairement utilisé avec un convertisseur de définition pour relayer les émissions de l'ARD jusqu'en novembre, après la mise en service de l'émetteur 625 lignes norme B (canal E2-V) sur les hauteurs du village de Göttelborn au nord de Sarrebruck, avec 100 kW de puissance apparente rayonnée lui permettant d'être reçu largement au-delà de la Sarre, en Rhénanie-Palatinat, dans le nord de l'Alsace et de la Lorraine, au Luxembourg et même dans l'est de la Belgique :


L'émetteur des Hauteurs de Göttelborn en 2006. Il diffusait l'ARD sur le canal E2-V
mais était secondé par un autre centre diffusant ce même programme sur le canal E11-H
Cliquer dans l'image ou
ici pour l'afficher en très grand taille

Document © Dk67 - Wikipedia.org


Par la suite, en juillet 1976, cet émetteur allait passer en polarisation horizontale pour réduire les interférences des stations éloignées, notamment celles de BBC1 dont les émetteurs principaux (en particulier Holme Moss et North Hessary Tor sur le canal B2 et Kirk o'Shotts sur le B3) étaient tous en polarisation verticale alors que l'horizontale était attribuée au réseau secondaire avec des puissances très inférieures.

Désormais inutile, l'émetteur 819 lignes de 3 kW sur le canal F2 qui n'avait fonctionné qu'une dizaine de jours depuis la tour de béton d'Europe 1 au Felsberg, fut démonté, ainsi que ses antennes, et utilisé de façon expérimentale au Mont-Agel en vue d'étendre la réception de Télé Monte Carlo grâce à la portée supposée plus souple de la bande I dans les vallées de Haute-Provence. Les essais ne furent guère concluants et durent être abandonnés, l'Italie se plaignant d'interférences sur la côte Adriatique, et l'émetteur R.T.F. de Bastia, en vue directe du Mont-Agel, devant utiliser à terme ce même canal F2 avec une puissance-crête image de 500 Watts, soit 10 kW de P.A.R.

Mais ceci est une autre histoire que nous découvrirons lors de l'étape consacrée à la Provence-Côte d'Azur, à TMC et à la Corse (ou en cliquant ici si vous souhaitez accéder dès maintenant à l'histoire des débuts de TMC, à l'époque la soeur cadette de Telesaar).

Dans l'immédiat, pour encore plus de détails sur l'histoire des débuts de la télévision en Sarre, voici la traduction maison intégrale (ce qui a pris beaucoup de temps) de la page très complète, avec de nombreux autres documents du site sarrois saar-nostalgie.de qui lui est consacrée : cliquez sur la mire ou ici pour y accéder :

Image
Image

La mire de Telesaar, très inspirée de celle de la RTF
Cliquer dans l'image ou ici pour accéder à la
traduction intégrale en français de la page du
site sarrois
saar-nostalgie.de consacrée à

l'histoire des débuts de la télévision en Sarre

Document© Saarnostalgie.de


A noter : en plaçant votre pointeur sur une image (ou en la touchant pour les smartphones ou tablettes) qui comporte un texte en allemand, vous ferez apparaître sa traduction en français.


Et aussi... en allemand, mais comportant de nombreux passages intéressants, ces deux vidéos réalisées par la SudWestFunk (SWF) de Baden-Baden et la Saarlandischer Rundfunk (SR) sur l'histoire de Telesaar et de l'ARD en Sarre :

Vidéo 1 : cliquer ici
Vidéo 2 : cliquer ici

Si votre connexion est trop lente, faire un clic droit, choix "Enregistrer la cible sous..." pour les télécharger et les visionner depuis votre disque dur (taille vidéo 1 : 46 Mo ; taille vidéo 2 : 52 Mo).



Édité par kiki37 le 07/11/2025 à 14:31:55
C Colorix
Antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : Lyon Fourvière et Mont-Pilat


Alors que la station de télévision de Lille a été inaugurée en 1950, la grande métropole du Nord s'était déjà familiarisée avec ce nouveau média dès les premiers mois de 1939 : des démonstrations au standard officiel de l'époque, le 455 lignes, avaient eu lieu dans le cadre de l'Exposition du Progrès Social avec même, le 14 juillet, la retransmission du défilé en direct (mais en circuit fermé).

Lyon a donc dû, en 1953, céder sa place à Strasbourg pour contrer la menace d'une invasion du 625 lignes allemand dans les foyers alsaciens.

La "Capitale des Gaules", elle aussi, a eu l'occasion d'accueillir la télévision sur son territoire : en octobre 1941, le jeune ingénieur Henri Defrance (ou Henri de France) et la Radio-Industrie ont été forcés de quitter la zone occupée, dans laquelle toute entreprise ou usine de radio-électricité est bannie par les Allemands, pour se replier dans le quartier Saint-Clair, à Lyon.

Image
Image
11 octobre 1941 : premiers essais de télévision en zone non occupée
Document ©
819lignes.free.fr

(cliquer sur ce lien pour découvrir d'autres photographies)


Pourtant, il existe des exceptions : la Compagnie des Compteurs de Montrouge, où officie le rival de Defrance, René Barthélémy, continue sur place ses expériences en dérogation à une interdiction décidée par l'Occupant, accueillant même des dignitaires nazis dans ses locaux. Mais, il est vrai, la CDC s'était alliée à la Telefunken allemande dans le milieu des années 30 dans ses recherches sur la télévision. "Ca crée des liens"... qui vaudront à Barthélémy quelques soucis à la Libération.

Image
Image
René Barthélémy (2ème à g.) fut accusé de collaboration à la
Libération mais il réussit à convaincre ses accusateurs que ses
travaux avaient été sans incidence sur l'effort de guerre nazi.

Document © M. Nicolas Blazianu
(cliquer sur ce lien pour découvrir d'autres photographies)


Quoi qu'il en soit, Henri Defrance (ou de France) poursuit ses expériences en vue d'améliorer la définition TV. Il a même pour ambition d'atteindre 1015 lignes, une folie à l'époque, mais devra pour le moment se contenter de 567 lignes, qui est déjà la définition la plus élevée, dépassant de peu le 525 lignes que les Américains du NTSC (National Television System Comittee, Comité du Système National de Télévision) viennent d'adopter en juillet 1941 aux dépens du 441 lignes de la RMA (Radio Manufacturers Association, Association des Constructeurs Radio américains).

Image
Image
Le studio TV de la Radio-Industrie à Lyon en 1941
Document © 819lignes.free.fr
(cliquer sur ce lien pour découvrir d'autres photographies)

Image
Image
La caméra 567 lignes conçue par Henri de France
Document © 819lignes.free.fr
(cliquer sur ce lien pour découvrir d'autres photographies)

C'est ce même Henri Defrance (devenu entretemps Henri de France) qui mettra au point le (tristement) fameux 819 lignes adopté en 1948 par François Mitterrand, Secrétaire d’État à l'Information, sur l'insistance pressante de Wladimir Porché, alors Directeur de la RTF. A l'argument de la "plus belle image du monde" s'ajoutaient des considérations plus bassement matérielles, à savoir le refus de devoir payer aux Américains des royalties pour la version européenne (qu'ils avaient imposé à l'Allemagne vaincue et en pleine reconstruction) à savoir leur nouveau standard à 525 lignes mué en 625 lignes par les vertus du courant secteur à 50 périodes en Europe, au lieu du 60 périodes nord-américain. En évitant de recourir à la même définition et aux mêmes choix techniques, par exemple en gardant la polarité vidéo positive et le son en modulation d'amplitude, la France évitait d'avoir à payer des droits aux Américains et aux Allemands, tout en les dissuadant ainsi de vendre en France leurs téléviseurs, uniquement conçus pour le 625 lignes "européen"...

L'Histoire démontrera rapidement que ce choix désastreux, non seulement isolera la France pendant longtemps, mais provoquera aussi un retard considérable dans la production des matériels d'émission, bien plus délicats, dans la construction d'un réseau bien plus coûteux et bien plus gourmand en fréquences, et surtout pour la construction des téléviseurs qui ne pourront pas être adaptés au 625 lignes UHF, seul moyen possible d'installer de nouvelles chaînes en France, avant une modification totale de leur conception, uniquement possible à partir de 1961.


Le Gouvernement récidivera en 1967 avec l'adoption du procédé de télévision en couleur SECAM (également inventé par Henri de France à la fin des années 50), alors que tous les autres pays européens adopteront le PAL allemand, dérivé du NTSC américain. A la conférence de Stockholm où les Français auraient pu défendre un système mixte, la représentation française fut, on ne sait pourquoi, confiée à un haut fonctionnaire qui ignorait tout de la télévision, tandis que le Général de Gaulle, on ne sait pas non plus pourquoi, interdit en personne le départ pour Stockholm du camion technique de démonstration qui aurait permis cette "troisième voie"
.
(informations révélées dans le livre "75 ans de radio et de télévision" du pionnier de la télévision Marc Chauvierre, publié en 1989).





Pour en revenir au 441 lignes, c'est cette définition que continuent, de leur côté, d'utiliser les Nazis dans les années 40 pour leur station de Berlin qui utilise une mini Tour Eiffel, la
Funkturm (Tour de radio) équipée à son sommet de curieuses antennes en forme de roues de vélo...

Image
Image
" Les antennes à ondes ultra-courtes érigées sur la tour radio
de Berlin
pour les émissions de télévision à haute définition "

Document © earlytelevision.org
(cliquer sur ce lien pour découvrir d'autres photographies)



Image
Image
La "Funkturm" de Berlin durant une manifestation nazie en 1938
Document © Spiegel.de
(cliquer sur ce lien pour découvrir d'autres photographies)



Lyon, qui possède elle aussi une mini-Tour Eiffel depuis 1892, la Tour de Fourvière, ne s'en sert pas du tout pour la radio et la télévision. Elle a servi d'attraction à l'initiative d'un restaurateur et de commerçants du coin pour offrir à leurs clients un superbe point de vue sur la ville. Mais certains murmurent aussi que ce serait une initiative anti-cléricale pour embêter les prélats de la Basilique Notre-Dame de Fourvière toute proche...


Image
Image
Document © Delcampe.net
Édité par kiki37 le 15/04/2022 à 11:22:47
C Colorix
Retour dans les années 50. La RTF, qui a du donner la préférence à la reconstruction de ses réseaux radio démantelés pendant la guerre (le grand centre Ondes Longues d'Allouis vient tout juste d'être reconstruit, après 14 ans de silence), cherche à couvrir le plus de population avec le moins d'émetteurs possibles. Après Paris, c'est donc tout logiquement Lille, Lyon et Marseille qui auront la priorité. Lyon avant Marseille, tout simplement parce que la liaison hertzienne les rejoindra progressivement l'une après l'autre... Liaison dont le maillon lyonnais est la tour hertzienne du Mont-Cindre, dans la banlieue de Saint-Cyr au Mont d'Or :


Relayant les signaux de Paris vers Fourvière puis plus tard, au Mont-Pilat et à Grenoble...
Cliquer sur l'image ou ici pour l'afficher en plus grande taille
Document © Delcampe.net



ImageImage

... la tour hertzienne du Mont-Cindre surmontée d'un inhabituel feu de signalisation aérienne.
Cliquer sur l'image ou ici pour l'afficher en très grande taille
Document © Delcampe.net



L'épisode alsacien étant réglé, la RTF cherche comment couvrir cette agglomération lyonnaise le mieux possible, alors qu'elle est encaissée dans une sorte de cuvette dominée par plusieurs collines... les Monts du Lyonnais.

Les techniciens font divers essais depuis les points hauts de la ville, mais aussi dans les environs, avec pour but de couvrir toute la vallée du Rhône jusqu'à Marseille à partir d'un émetteur de grande puissance. Le choix, pour ce site, se porte assez rapidement sur le Mont-Pilat, au sud de Saint-Étienne. Des essais réalisés avec les techniques habituelles de l'époque (une antenne accrochée à un ballon) permettent des réceptions jusque dans les Alpes, au-dessus de Grenoble !


ImageImage

Le Mont-Pilat en 1955 avant la construction de l'émetteur. Le bâtiment en bois, visible
au-dessus du restaurant, abrite les techniciens de la
RTF et leurs matériels de mesures.

Cliquer sur l'image ou ici pour l'afficher en plus grande taille

Document © Delcampe.net



Par contre, les émissions du Mont-Pilat ne pourront pas être captées dans toute l'agglomération lyonnaise, il faut un relais local de faible puissance pour arroser les zones d'ombre de la ville... En fait, c'est ce petit émetteur qui sera mis le premier en service. et la RTF n'aura même pas à construire un pylône car la propriétaire de la Tour de Fourvière s'en dessaisit et la Ville est trop heureuse d'y accueillir "la Télévision"... qui débute ses émissions le 15 octobre 1954.

Comme pour Lille et Strasbourg, un petit studio est installé en ville, qui permettra d'offrir, en dehors du programme national, des émissions locales et bientôt régionales, lorsque le puissant émetteur du Mont-Pilat sera mis en service.


ImageImage

15 octobre 1954 : la Tour de Fourvière diffuse la télévision dans l'agglomération lyonnaise
Document © Delcampe.net


Dans l'immédiat, Fourvière émet, comme Strasbourg, sur le canal F5 en polarisation horizontale, mais avec seulement 100 Watts de puissance crête-image (contre 3 kW à Strasbourg). Sa réception se limite à l'agglomération lyonnaise.

Le 13 Janvier 1964 : La 2ème chaîne arrive sur l’émetteur de Lyon Fourvière :
le reportage sous ce lien


Pour éviter aux bouillants Marseillais de faire une crise de jalousie, mais sûrement aussi pour contrer la réception, dans les quartiers hauts de Marseille, de Télé-Monte-Carlo qui émet seule depuis quelques mois dans toute la région, la construction d'un émetteur provençal est jugée prioritaire par la RTF par rapport à celui de la Vallée du Rhône. Il sera mis en service dès le 1er décembre 1954 sur le Massif de l’Étoile... et fera l'objet d'un historique plus détaillé dans la prochaine étape de ce Tour de France des émetteurs TV.
Édité par kiki37 le 16/04/2022 à 15:38:39
C Colorix
Le 24 décembre 1955, les habitants de la Vallée du Rhône trouvent enfin dans leurs sabots de Noël un émetteur de télévision reçu de Mâcon et Bourg-en-Bresse au nord, à Valence et Carpentras au Sud, mais aussi Chambéry et Aix-les-Bains à l'est, et Roanne ou même les quartiers hauts de... Clermont-Ferrand à l'ouest. C'est le "Mont-Pilat", plus précisément installé au sommet du "Crêt de l'Oeillon", dont l'altitude élevée (1430 m) permet de faire l'économie d'un pylône : les antennes sont installées juste au-dessus de l'émetteur, et l'on retrouvera cette configuration dans de nombreux centres de montagne (Pic du Midi, Puy-de-Dôme, La Rhune...).


ImageImage

Le centre du Mont-Pilat servira d'émetteur-pilote à de nombreux réémetteurs dans
une vaste zone couvrant une partie de l'Auvergne, des Alpes et de la Vallée du Rhône.
Cliquer dans l'image ou ici pour l'afficher en grande taille

Document © Delcampe.net


Les conditions atmosphériques très dures en hiver, comme ici au Mont-Rond (voir message suivant), amènent la RTF à protéger les antennes des sites de montagne (Pilat, Mont-Rond, Puy-de-Dôme, Pic du Midi...) dans une sorte de "carter" chauffé pour faire fondre la glace et améliorer la diffusion :

ImageImage

Les équipes techniques de montagne, comme ici au Mont-Rond, ont du
s'habituer aux rudes conditions hivernales. A cette époque, les matériels
n'étant pas automatisés, une présence humaine y était permanente.

Cliquer dans l'image ou ici pour l'afficher en grande taille
Document © Delcampe.net




ImageImage

Gros plan sur les carters de protection chauffés
protégeant les antennes émettrices en montagne
Document © Delcampe.net
Édité par kiki37 le 17/04/2022 à 14:08:48
C Colorix
De leur côté, les Grenoblois ont bénéficié d'une liaison directe avec Lyon dès le 18 novembre, leur petit émetteur de 40 Watts sur le canal 1F0-H étant installé dans la célèbre station ski de Chamrousse.

Le Mont-Pilat, par sa hauteur et sa vaste zone de réception, va permettre plus tard d'équiper les vallées avec de nombreux réémetteurs, parmi lesquels Annecy-Epagny (10 Watts, canal F8-H) Chambéry-Mont du Chat (40 Watts, canal F6-H), Chamonix-Aiguille du Midi (3 Watts, canal F6-H), Megève-Rochebrune (10 Watts, canal F7-V), Saint Gervais-Mont Joux (10 Watts, canal F9-H), et plusieurs autres de très faible puissance.

Tout ce déploiement n'est pas anodin : depuis le 1er novembre 1954, l'émetteur suisse du Col de la Barrillette, sur le Massif de la Dôle, près de Genève, est parfaitement reçu dans de nombreuses vallées alpines grâce aux fréquences très basses de son canal E-4 en polarisation horizontale (vidéo 62,25 MHz, audio 67,75 MHz) :


ImageImage

Réutilisé par la TV Suisse Romande à la Dôle, un ancien pylône du célèbre émetteur
ondes moyennes de Sottens,
éteint depuis (NB: prononcer "Sotan", sans "s" final)
Pour écouter les 5 dernières minutes d'émission de Sottens le 05-12-2010 cliquer
ici
Cliquer dans l'image ou ici pour l'afficher en très grande taille
Document © Delcampe.net


Sa portée exceptionnelle lui permet même d'être reçu jusqu'à Dijon !... La RTF se devait de contrer à nouveau le risque d'achat, par les habitants de ces régions, de récepteurs 625 lignes à la norme allemande adoptée par la Suisse, incapables ensuite de capter les émissions françaises !


ImageImage

Zone de réception "optimale" de La Dôle.
En réalité l'émetteur était reçu bien plus loin.
Document © Télé-Magazine (1960)


La ville de Saint-Etienne, pourtant toute proche du Mont-Pilat, recevra elle aussi un réémetteur de 40 Watts à la Croix de Guisay, sur le canal F8-H car certains de ses quartiers sont dans l'ombre des montagnes environnantes.

Enfin, la ville du Puy-en-Velay bénéficiera elle aussi d'un réémetteur de... 3 Watts (canal F5-H) sur le Mont-Denise, en réception directe du même Mont-Pilat.


Mais l'on ne saurait clôturer le panorama de cette région sans revenir sur... la Suisse.


"Réponse du berger à la bergère", la RTF répliquera (tardivement) à l'invasion helvétique depuis la Dôle, par l'installation en 1961 d'un émetteur près de Gex, sur le Mont-Rond, qui domine Genève, Lausanne et tout le pourtour du lac Léman.


ImageImage
Dominant le Jura français et la région de Genève, l'émetteur de Gex Mont-Rond
Document ©
Delcampe.net


D'abord équipé d'un relais provisoire de faible puissance (40 Watts) sur le canal F7-V, ce centre recevra plus tard un émetteur de 500 Watts lui permettant d'être mieux reçu dans cette zone.


ImageImage
Document © Delcampe.net
Édité par kiki37 le 17/04/2022 à 14:15:54
C Colorix
La Deuxième chaîne, elle, sera lancée officiellement en même temps qu'à Paris, le 18 avril 1964 sur la tour de Fourvière. L'ORTF, qui a pris la suite de la RTF depuis le début de l'année, considère comme une priorité de lancer le Mont-Pilat pour faire décoller son audience. Il sera mis en service fin octobre, et ceux de Chambéry-Mont du Chat et Gex-Mont Rond un an plus tard, avant d'être progressivement suivi par les autres émetteurs et réémetteurs de la région.

ImageImage

L'émetteur du Mont-Pilat surmonté de la nouvelle antenne UHF pour la 2ème chaîne fin 1965



Le 28 septembre 1973, la région Rhône-Alpes Auvergne de l'ORTF sera la sixième de France à bénéficier de la Troisième Chaîne, ainsi que le montre le document vidéo ci-dessous, qui précise qu'à l'époque elle détient 36% du nombre total de réémetteurs en service dans le pays :


ImageImage
Cliquer dans l'image ou
ici si votre navigateur n'affiche pas la vidéo.
Si votre connexion est trop lente, faire un clic droit
ici (choix
"Enregistrer la cible..." pour la lire sur votre disque dur (taille 32 Mo)

Document © INA




Plus tard, l'arrivée de Canal Plus provoquera à nouveau des réajustements de fréquences, en liaison avec la Suisse et l'Italie voisines, pour remplacer les anciens canaux F5 et F6 "hors bande" utilisés par Fourvière et de nombreux réémetteurs alpins. Il en sera de même par la suite pour La Cinq et M6, qui ne pourront pas toujours être diffusées dans les vallées voisines de la frontière.

Dans les années 2000, le passage au tout-numérique, comme en Alsace et dans le Nord, permettra de mettre à plat l'ensemble des fréquences en accord avec les pays voisins pour assurer une couverture optimale en nombre de chaînes et en zones de réception.


Prochaine étape de ce
Tour de France : Marseille, la Provence, la Côte d'azur et... Télé-Monte-Carlo.
Édité par kiki37 le 17/04/2022 à 14:21:43
C cricri
En tout cas ici ou ailleurs je relais avec toujours autant de plaisir ce conte de l'émission de signaux tv
J ai une demande particuliere, si c est possible bien sur...le massif central est toujours un peu oublie en terme de montagne( c est pres de chez moi et il culmine a un peu plus 1850 metres, honorable comme hauteur!)
Aurais tu qlq chose a propos de l'émetteur du puy de dome?( il culmine a pres de 1400 m , ce qui n est pas negligeable non plus)
Merci pour ces recits riches , passionnants et prenants
@+
C Colorix
cricri a écrit (...) Aurais tu qlq chose a propos de l'émetteur du puy de dome? (...)


Bien sûr cher Cricri, on va y venir, au Puy de Dôme, il fait partie des principaux émetteurs français, mais il faut être patient, il n'a été mis en service que le 28 décembre 1957, or nous n'en sommes encore qu'à... fin 1955. Et comme notre "Tour de France" suit les dates de mises en service des émetteurs, on va devoir passer par de nombreux autres endroits (Bourges, Caen, Metz, Rouen...) avant de grimper jusqu'au "Temple de Mercure" !

Allez, pour te faire plaisir, une petite exception pour te faire patienter :


ImageImage
L'émetteur du Puy de Dôme peu après sa mise en service, fin 1957 .
Les antennes TV ne sont pas encore protégées par leur carter chauffant.
Document © Delcampe.net


Amitiés,

Édité par kiki37 le 17/04/2022 à 14:23:45
C cricri
Merci c est sympa
Desole je suis un petit peu gourmand
Je patiente donc sagement
@+
B BAISIN
Il faut ajouter que les lobes de rayonnement sont plus focalisés vers le Mont Salève( la tour TSR se trouvant dans l' axe)

Qui dit rayonnement intense sur le Mont Salève se trouvant direction Plein Sud, par rapport à la Dole/Barillette, les ondes de cet émetteur continuent, sans obstacle, en suivant une ligne Rumilly/Frangy- Albens/Mont Revard-Aix les Bains/montagne de Vuache-Le Bourget du Lac/St Sulpice/Vimines/Col de l' Epine/Col de Couz-Massif de la Grande Chartreuse/ St Geoire en Valdaine/Val de haute Bourbre/Panissage-Voironnais( plateau de Montaud), et flancs Nord-Est du massif du Vercors( Dauphiné)
O Olivier13
Colorix a écrit Le 24 décembre 1955, les habitants de la Vallée du Rhône trouvent enfin dans leurs sabots de Noël un émetteur de télévision reçu de Mâcon et Bourg-en-Bresse au nord, à Valence et Carpentras au Sud, mais aussi Chambéry et Aix-les-Bains à l'est, et Roanne ou même les quartiers hauts de... Clermont-Ferrand à l'ouest. C'est le "Mont-Pilat", plus précisément installé au sommet du "Crêt de l'Oeillon"...

Les conditions atmosphériques très dures en hiver amènent la RTF à protéger ces antennes dans une sorte de "carter" chauffé pour faire fondre la glace et améliorer la diffusion :

Image

Les carters de protection chauffés
protégeant les antennes émettrices



Bonjour Colorix, Bonjour à tous,

Tout d'abord félicitations pour ces messages très bien documentés sur les débuts des émetteurs TV !

Au sujet de ce message sur la construction de l'émetteur du Pilat, je me demande si cette photo en noir et blanc ne représenterait pas plutôt le site de Gex / Montrond ?

Cordialement
Olivier
Édité par kiki37 le 06/03/2020 à 11:28:59
C cricri
bonjour olivier13
bienvenue parmi nous!
tres belle photo!
@+
C Colorix
Olivier13 a écrit (...) je me demande si cette photo en noir et blanc ne représenterait pas plutôt le site de Gex / Montrond ? (...)


Bonjour et bienvenue Olivier, et bravo pour ton sens de l'observation !

En effet, après examen de la base de chacune des structures portant les antennes, tant au Pilat qu'au Mont-Rond, c'est bien ce dernier qui comporte une double plateforme abritant des paraboles de faisceaux hertziens, alors qu'il n'y en a pas sur les vues du Pilat.

La légende annonçant cette glaciale vue d'hiver comme étant le Pilat était donc erronée sur le site où j'avais découvert cette photo.

J'ai donc rectifié le texte original de mon message en conséquence.

De même, vous pouvez désormais voir la vidéo du reportage de l'ORTF Lyon présentant l'arrivée de la 3ème chaîne en Rhône-Alpes et en Auvergne en 1973, j'ai rectifié le lien Dailymotion en partage privé (qui vous est réservé!)

Chers amis, si d'autres erreurs viennent à apparaître dans mes textes et légendes, n'hésitez pas à me le signaler.

Cordialement,
Édité par Colorix le 30/12/2013 à 13:51:37
O Olivier13
Pas de quoi, si je peux participer utilement ...
Je regarderai dans mes archives, je dois avoir quelques photos d'époque de ces émetteurs.

Bonne journée,
Olivier
B BAISIN
10 ans plus tard, avec l' apparition de la 2è Chaine en UHF sur le canal 40, FR3 sur le 43, et TF1 sur le 46 UHF en 1977, ou 1978, cet émetteur faisait partie des plus QRO de TDF( entre 1200, et 1300 Kw de PAR). La palme revenait à Maisonnay, sur ses canaux 22,25,28 UHF, frôlant le seuil des 1300 Kw !
Pilat:1250 Kw
Grande Etoile: 1240 Kw
Roc Trédudon, et St Pern: 1230 Kw
Les Cars: 1200 Kw
Belvédère de Mulhouse: 1260 Kw( pour couvrir aussi, le Bade Wurttemberg, pour les FFA)
Grand Couronne, Haute Goulaine




Gex-Montrond faisait 900 Kw de PAR


La Tour Eiffel, entre 800 et 900 Kw de PAR


Sous entendu, uniquement sur Réseau 1 (TF1 625), réseau 2(France2/Ant 2, la 2è Chaine), et réseau 3( la 3è chaine/FR3), du temps de l' analogique( en UHF uniquement)


La Dôle/Barillette était l' émetteur analogique le plus QRO de Suisse( 300 Kw de PAR)
M mw963
Je suis tombé sur ce sujet très tard, et j'espére sincèrement que l'absence de mises à jour recentes ne represente qu'une fin provisoire a cette histoire. Merci à Colorix pour avoir eclairé dans une maniere si fascinant la naissance du réseau 819 lignes. J'espère qu'il y aura d'autres bulletins.

En ce qui concerne le pylone Bouvigny, je me suis demande souvent comment les deux ensembles d'antennes a ete déployées? Étaient-ils entrelacés, avec par example les antennes ch 8A sur les faces nord-ouest et nord-est du pylone, et avec les antennes ch 11 places sur les faces sud-ouest et sud-est, ou est ce que on a monté les deux gammes d'antennes l'une sur l'autre? C'est une grande dommage qu'il n'y a pas photo détaillée de l'installation.

J'espère que nous allons en apprendre – grace a Colorix - davantage sur d'autres regions, par exemple l'émetteur temporaire au Puy Vincent a Limoges. J'ai vu sur une liste (de 1959 je crois) Puy Vincent avec 3 W puissance, en meme temps cette liste fait mention du relai de La Bourboule, mais comme on sait que la Bourboule a été piloté par Limoges je ne vois pas comment un petit emetteur temporaire de 3W a reussi a piloté Bois de Charlannes pendant cette periode avant le demarrage des Cars......

S'il vous plaît Colorix, est ce qu'on peu demander encore?

Merci
C cricri
bonjour
meme avis
colorix....encore!encore!encore!
@+
K kiki37
Bonjour,
Oui, encore! encore!
J'espère que Colorix n'est pas malade... 8 mois sans nouvelles !

EDIT du 10/09/21

Le 30 juin 1969, nos amis Suisses du Valais ont vu la mise en service d'un émetteur de télévision inauguré ci-dessous
(cliquer sur l'image pour agrandir)

Image
merci à Jean-Marc sur un autre forum
Édité par kiki37 le 10/09/2021 à 11:30:53
C Colorix
Bonjour,

En effet, diverses raisons, notamment de santé, m'empêchent pour l'instant de continuer régulièrement le "Tour de France" du réseau 819 lignes, mais j'espère pouvoir le reprendre prochainement avec Marseille.

Dans l'immédiat, mw963, je vais essayer de répondre à vos questions.

1) Pour ce qui concerne Bouvigny, je n'ai malheureusement pas non plus des éléments précis concernant la disposition des aériens des canaux F8A-H (Lille) et F11-V (Amiens), mais lorsque l'ont voit les photos, malheureusement pas très nettes, de ce pylône dans les années 60-70, il semble bien qu'ils aient été disposés à la même hauteur, de part et d'autre du mât puisque leurs diagrammes étaient opposés : voir un agrandissement de la photo du sommet du pylône de l'époque ici, on y voit clairement que les antennes des deux émetteurs sont au même niveau, tout au sommet.

2) L'émetteur microscopique de Limoges (3 watts), mis en service en septembre 1959, était pour une partie de la ville de Limoges, grossièrement dans l'axe du futur centre des Cars, qui l'a remplacé en octobre 1960 avec un émetteur de 20 kW :

ImageImage
La rue du Puy-Vincent à Limoges, site présumé de l'émetteur RTF provisoire.
Celui-ci se trouvait peut-être un peu plus à l'ouest, près du rond-point.

Document © Google Maps

ImageImage
L'émetteur des Cars vers 1960
Noter la tour du relais hertzien vers Bordeaux, mais aussi vers Aurillac
La Bastide-du-Haut-Mont, mis en service à la même époque.

Document © Delcampe.net


Le Puy-Vincent ne pouvait en aucun cas piloter La Bourboule-Charlannes, mis en service dès le 3 juillet 1957 et que seul à cette époque, l'émetteur de Bourges- Neuvy-2-Clochers (inauguré le 19 mars 1956) pouvait piloter (le Puy de Dôme ne sera mis en route que le 28 décembre 1957, près de 6 mois après La Bourboule).

Cette carte de la revue "Le Haut-Parleur" de 1961 confirme le pilotage de La Bourboule par Bourges-Neuvy.

ImageImage
Document © Le Haut-Parleur (1961)
Collection doctsf.com



Toutefois, quelque chose "m'interpelle" : tous deux utilisaient le canal 9 (Bourges, 20 kW en polarisation horizontale - Charlannes, 3 Watts en verticale). J'imagine difficilement un relais hertzien spécifique pour relier, sur une telle distance, un minuscule émetteur de station thermale et de sports d'hiver...

ImageImage
Le petit réémetteur provisoire du Fort Brégille à Besançon (canal 5-H),
piloté par l'émetteur régional de Dijon - Nuits-St-Georges (canal 10V)

Noter la double antenne en nappe au trombone typique de l'époque,
servant à la réception avant transposition du canal ("ballempfang")

Capture d'écran de document © I.N.A.


Comme ci-dessus avec le petit émetteur provisoire de Besançon-Brégille captant le signal de Dijon pour le transposer en fréquence, à l'époque la RTF utilisait majoritairement le "ballempfang" ("réception de balle" en allemand = transposition du canal reçu de l'émetteur-pilote, vers un autre canal) car les faisceaux hertziens ("F.H.") relevaient du monopole des PTT, qui ne reliaient que le grandes métropoles. La RTF devra obtenir une dérogation à ce monopole pour relier par "F.H." Bourges à Limoges, Bordeaux et le Pic du Midi, les PTT s'obstinant à proposer les câbles coaxiaux existants, mais incompatibles avec la largeur de bande exigée par le 819 lignes.

Il est donc possible qu'une "antenne" ou "branche" ait été créée depuis la tour du relais hertzien de Rovère (Creuse) la plus proche de La Bourboule sur le parcours Neuvy-Les Cars, avec toutefois plusieurs dizaines de kilomètres de distance à vol d'oiseau . D'ailleurs cette "branche" ne figure sur aucune carte des réseaux de l'époque (voir ici), et les textes précisaient bien que les réémetteurs fonctionnaient sur le principe du "ballempfang".

Bien que cela existe maintenant dans certains cas de ré-émission pour les réseaux GSM, mais avec de petites puissances (antenne de réception sur un pignon de maison, antenne de réémission sur le pignon opposé), j 'imagine difficilement les antennes de réception TV vers Bourges isolées visuellement de celles de ré-émission dans les hauteurs du Bois de Charlannes dominant La Bourboule...



Peut-être quelqu'un (je pense en particulier à Baisin) pourra-t-il nous donner la solution à cette petite énigme. en tout cas, une chose est certaine, même après la mise en service des Cars et même du Puy de Dôme encore plus proche, c'est, d'après la carte figurant plus haut, toujours Neuvy-Deux-Clochers qui continuait de piloter La Bourboule en 1961.

Sur ce, j'espère pouvoir trouver un peu de temps pour vous mettre bientôt en ligne la prochaine étape du "Tour de France" des émetteurs 819 lgnes : Marseille Grande-Etoile.

Amitiés,
Édité par kiki37 le 17/04/2022 à 14:31:21
C cricri
Ouf!
J etais assez inquiet...
Bonjour colorix
Je bois literralement vos interventions
C est du petit lait
Merci
Prenez soin de vous
@+
C Colorix
Pour ce qui concerne le sommet du pylône de Bouvigny, j'ai rajouté dans ma première réponse un lien vers cet agrandissement photo montrant que les antennes des deux émetteurs (Lille 8a-H et Amiens 11-V) étaient au même niveau, tout au sommet du mât :

Image
Image
Voici la photographie d'origine montrant le pylône et le relais hertzien :

ImageImage
Document © Delcampe.net

et son agrandissement en double est disponible en cliquant ici



Amitiés,

Édité par kiki37 le 17/04/2022 à 14:34:13
C cricri
Les emetteurs...des que j en vois un au loin, qd je suis en vacance par exemple, faut que j aille voir...c est plus fort que moi...c est grave docteur? Lol
L agrandissement de la photo est formidable
Merci colorix!
@+
C Colorix
cricri a écrit Les emetteurs...des que j en vois un au loin (..) faut que j aille voir...c est plus fort que moi...c est grave docteur? (...)


Réponse du Docteur Huissan Dizneuff-Véhacheff auquel ont été soumis ces symptômes :

" Le sujet présente manifestement les caractéristiques de la pylônophilie, pathologie bénigne quand elle se limite aux symptômes d'excitation qui vous ont été décrits. Une variante plus sérieuse de cette affection, la pylônophilie ascensionnelle (consistant pour le sujet à grimper frénétiquement, parfois à mains nues, le long de ces structures), peut nécessiter le recours à des traitements sédatifs appropriés.

La pylônophilie n'est toutefois pas aussi inquiétante que son opposé, la
pylônophobie, dont certains sujets porteurs de virus de type Sherwood (alias Robin-Destoîts) éprouvent une véritable obsession à l'encontre des installations de type GSM en zones urbaines ou même rurales, pour laquelle des traitements encore plus poussés (Cordons de Rétention Sécurisés, en abrégé CRS) sont parfois nécessaires pour calmer les plus atteints.

Néanmoins à ce jour, la phase la plus grave de la pylônophobie reste sa variante explosive, apparue dans les années 70 dans deux régions françaises : la Bretagne, touchée par le virus de type FLB, et la Corse, avec une variante plus récidivante, le virus FLNC, amenant leurs porteurs à des explosions de caractère incontrôlable : cas
Roc Trédudon (Finistère, février 1974) et Pré-en-Pail (Mayenne, 1977), et cas Serra di Pigno (Haute Corse, 1977), avec des récidives pouvant atteindre des structures moins élevées (Recettes des Impôts, Gendarmeries...)

Nous n'en sommes heureusement pas là, et votre ami peut sans problème continuer de vivre avec cette affection légère, à la condition que celle-ci n'ait pas d'incidence néfaste sur sa vie conjugale..."


Édité par Colorix le 18/11/2017 à 22:46:49
C cricri
smileyJ adore le nom du medecin!
Et merci, me voila rassure
@+
K kiki37
Colorix a écrit



Néanmoins à ce jour, la phase la plus grave de la pylônophobie reste sa variante explosive, apparue dans les années 70 dans deux régions françaises : la Bretagne, touchée par le virus de type FLB, et la Corse, avec une variante plus récidivante, le virus FLNC, amenant leurs porteurs à des explosions de caractère incontrôlable : cas Roc Trédudon (Finistère, février 1974) et Pré-en-Pail (Mayenne, 1977), et cas Serra di Pigno[I] (Haute Corse, 1977), avec des récidives pouvant atteindre des structures moins élevées (Recettes des Impôts, Gendarmeries...)


Bonjour:
En ce qui concerne Pré-en-Pail, celà avait eu pour effet de priver de TV tout l'ouest de la France, Pré-en Pail étant un relais hertzien réalimentant les autres émetteurs. Toutefois, rapidement une solution avait été trouvée en installant sur l'émetteur de Mayet (Le Mans, Sarthe) une antenne captant l'émetteur de Chissay (Tours 37) qui ,lui était piloté par Bourges, pour rétablir la diffusion.
reportage de l'époque ► https://ahp.li/75925c69dbcb65de2ccf.avi
Et parfois, à quelque chose malheur est bon, puisque la reconstruction de Pré en Pail a permis de l'équiper pour la diffusion de la 3ème chaîne en avance sur le plan prévu ! smiley
Édité par kiki37 le 09/07/2021 à 20:44:28
C Colorix
kiki37 a écrit (...) une solution avait été trouvée en installant sur l'émetteur de Mayet (Le Mans, Sarthe) une antenne captant l'émetteur de Chissay (Tours 37) qui ,lui était piloté par Bourges, pour rétablir la diffusion (...)


Bonjour kiki37. Oui !... et nous n'avons, ici à Nantes, été privés de TV que très peu de temps car très rapidement nous avons été reliés au faisceau hertzien Sud-Ouest via l'émetteur de Niort-Maisonnay, qui pendant longtemps avait diffusé "Poitou-Charentes" sur la Une et "Télé-Pays de Loire" (Nantes) sur la Deux pour le Sud-Vendée hors de portée de Haute-Goulaine (par la suite, un émetteur spécifique FR3 Pays de Loire sera installé à Maisonnay).

Les décrochages étaient acrobatiques pour les techniciens : il n'existait pas de connexions automatiques comme maintenant, les gars devaient profiter du "creux" musical (silence) de deux secondes à peine entre les 14ème et 16ème secondes de l'horloge pour décrocher et raccrocher.

Et c'est ainsi que l'on a vu, les premiers temps, les panneaux ou débuts de génériques d'autres stations régionales apparaître un court instant avant le nôtre : FR3 Orléans ou FR3 Poitiers, mais aussi une fois FR3 Paris Ile-de-France. Par la suite, les techniciens se sont habitués et les décrochages se passaient mieux.
C Colorix
Exactement un mois-et-demi après l'arrivée de la "Télévision Française" à Lyon, c'est au tour de Marseille d'en profiter, le 1er décembre 1954.

Dix jours plus tôt, le 20 novembre, certains quartiers hauts à l'Est de la ville peuvent capter (à condition d'être équipé d'une antenne suffisamment élevée et sensible) Télé Monte-Carlo diffusée sur le canal F10-H depuis le Mont-Agel dominant la Principauté de Monaco. Nous y reviendrons dans un chapitre consacré à cette chaîne qui, jusqu'en août 1956, sera la seule disponible en langue française dans une grande partie de la Côte d'Azur et du nord de la Corse, captant paradoxalement sans problème les émissions de l'Italie dont elles faisaient autrefois partie (Corse et comté de Nice notamment) !

Alors que l'installation de l'émetteur a été assez facile sur la tour de Fourvière près de la basilique en plein centre-ville de Lyon, il est impossible d'en faire de même avec l'église de Notre-Dame de la Garde dominant la cité phocéenne, site classé depuis 1917.

De toute façon la RTF a prévu d'installer un émetteur régional de grande puissance pouvant être reçu par un maximum de téléspectateurs. Celui-ci devra donc se trouver sur les hauteurs du massif de l'Etoile dominant les quartiers Nord de la ville.

C'est au sommet de la Grande-Etoile (650 mètres), au lieu-dit "Les Barres" sur la commune de Septèmes-les-Vallons, qu'est édifié le bâtiment accueillant les divers matériels nécessaires : réception du faisceau hertzien P.T.T. (qui sera prolongé plus tard par la RTF vers le Pic de l'Ours), émetteur et liaisons avec la Maison de la RTF, confortablement installée dans de vastes locaux à côté du parc Chanot, face au stade Vélodrome.

Il n'existe qu'une seule photographie ancienne de l'émetteur de la Grande-Etoile, que voici :

Image
Image
L'émetteur de Marseille Grande-Etoile dans les années 50-60
A droite, le petit pylône avec les antennes du canal F8-H
Au milieu, les antennes de liaison vers le Mont-Ventoux d'une part,
et vers le Pic de l'Ours d'autre part



En fait, contrairement aux autres régions "raccordées" à Paris comme de simples relais, Marseille a, pendant quelques semaines, profité de la même autonomie que Lille à ses débuts : en attendant la mise en service de la Grande-Etoile (et son raccordement au faisceau hertzien relayant le programme national), un petit émetteur provisoire a été installé sur la tour de la Maison de la RTF, destinée à relier celle-ci à la Grande-Etoile.
Ce petit émetteur est mis en service dès le 20 septembre (donc avant les débuts de TMC) à l'occasion de l'ouverture de la 30ème Foire Internationale de Marseille au parc Chanot, et fonctionne de façon totalement autonome.

Son antenne est installée au sommet de la tour de la Maison de la RTF :

Image
Image

Le "nouveau Palais" de la RTF avec sa tour

Plaquette éditée à l'occasion de la
30ème Foire Internationale de Marseille en 1954

Document © Foire Internationale de Marseille (1954)


En fait, la Chambre de Commerce de Marseille a activement participé au co-financement de l'émetteur régional en construction, et obtient en retour ce geste de la part de la RTF.

C'est ce que révèlent (et personnellement je l'ignorais) Jérôme Bourdon et Cécile Méadel dans le 1er chapitre (paragraphe "Premières constructions") de leur très intéressant ouvrage "Les écrans du Midi - Histoire d'une télévision régionale 1954-1994" (Edtions Jeanne Laffitte - Ina Publications). Une copie de travail est accessible ici ou à défaut ici.

Le rôle des Chambres de Commerce n'est d'ailleurs pas négligeable dans le cadre du développement du réseau de télévision en province, et les dirigeants de la RTF semblent l'avoir assez bien compris, en mettant en service, même avec des moyens réduits, des émetteurs à l'occasion des Foires Commerciales organisées par ces Chambres. Ce sera le cas notamment à Bourges, avec le grand émetteur de Neuvy-Deux-Clochers en 1956 (voir vidéo ici), et avec les petits émetteurs de faible puissance de Nantes Haute-Goulaine et Besançon-Brégille (voir vidéo ici) en 1957, tous trois mis en fonctionnement pendant des Foires Commerciales locales.

A cette époque où les supermarchés et le libre-service sont encore inconnus, ces manifestations attirent beaucoup de ménages intéressés par les nouveaux produits en électro-ménager (réfrigérateurs, machines à laver, aspirateurs et... téléviseurs) mais qui n'osent pas aller les voir chez les revendeurs (d'ailleurs peu nombreux) de crainte de se faire "embobiner" en achetant ce qui est encore considéré comme un luxe moins indispensable qu'un appareil ménager. Les Chambres de Commerce l'ont bien compris, qui poussent la RTF à développer son réseau pour profiter, elle aussi, de ces ventes de récepteurs grâce à la redevance TV.

Pour relayer Paris, le raccordement de la Grande-Etoile au faisceau hertzien P.T.T. Paris-Lyon est indispensable, mais la distance étant trop grande depuis le Mont-Pilat, une station-relais s'avère nécessaire. Malgré la dureté de ses hivers et la chaleur élevée en été, le choix s'arrête sur le Mont-Ventoux, qui domine Avignon de ses 1911 mètres :

Image
Image
Le faisceau hertzien PTT s'arrête à la Grande-Etoile.
Il sera complété par un faisceau RTF vers le Pic de l'Ours
qui lui-même servira de relais vers les émetteurs de Corse.

Document d'origine collection doctsf.com

Depuis maintenant des décennies, le Ventoux, étape quasi incontournable du Tour de France, se reconnaît à sa haute tour de pierre surmontée de paraboles et de l'antenne FM et TV de ce qui est devenu un émetteur "intercalaire" du réseau.

Mais il n'en a pas été toujours de même. En 1956, les travaux débutent pour héberger au plus vite les matériels de relais :

Image
Image
Chantier de construction du futur relais hertzien du Mont-Ventoux en 1956
Document © Delcampe.net




Édité par kiki37 le 24/04/2022 à 19:09:58
C Colorix
Le premier bâtiment hébergeant les équipements de relais hertziens et leurs antennes paraboliques sera donc... en bois :

Image
Image
Le relais hertzien du Mont-Ventoux mis en service en 1956
Document © Delcampe.net

Plus tard, une tour en "dur" accueillera non seulement des matériels supplémentaires et les émetteurs "intercalaires" (radio FM et télévision UHF) couvrant les zones mal desservies par le Mont-Pilat et la Grande-Etoile, mais elle hébergera aussi, comme nous l'avons vu lors des étapes précédentes, les techniciens et leurs familles dans des logements confortables, car les hivers sont rigoureux à 1911 mètres d'altitude...

Image
Image
La tour hébergeant émetteurs et logements des techniciens en 1966.
Cela n'empêche pas le premier bâtiment en bois de continuer
à assurer son service : noter les deux imposantes antennes
"à cornet" du faisceau hertzien fixées sur son toit.

Document © Delcampe.net

Plus incroyable encore, ce vénérable bâtiment soigneusement entretenu continue de servir ! Voir ici plusieurs photos assez récentes de l'intéressant site Hertzien.fr, dont celle-ci :

Image
Peu de différences entre la photo de 1966 et celle-ci, et pourtant près de 50 ans les séparent !
Et les antennes "à cornet" sont toujours là...
Photographie © site Hertzien.fr



Image
Prochaine étape (logique) de notre "Tour de France" des émetteurs 819 lignes, la Côte d'Azur et la Corse, qui devront attendre au mieux 1956 avant de voir arriver les images de la RTF, mais qui reçoivent déjà, pour une partie d'entre elles, celles de Télé-Monte Carlo depuis le 20 novembre 1954.
(à suivre)

Amitiés,




Édité par kiki37 le 24/04/2022 à 19:15:46
C cricri
Salutations et Félicitations a Colorix
Tout ca se lit tout seul, la passion filtre a travers les mots....
Et en plus c est tres documenté
Un livre peut etre?
Merci!!!!
@+
B BAISIN
01/12/1954: Activation officielle du canal F8 VHF Bande III paire de la 1ère Chaine RTF 819 lignes: Cadeau de Noël Phocéen( norme E), sur le site de la Grande Etoile.

24/12/1954: Activation officielle du canal E 4 VHF Bande I de la SSR1/TSR 1 625 lignes norme B: Cadeau de Noël Romand, Lémanique, Savoyard, et partiellement Dauphinois( pas encore de RTF dans ces régions
)
K kiki37
Image
La difficile construction de l'émetteur du Mont Pilat en Mai 1954 qui a du être abandonnée à cause du gel jusqu'au printemps 1955.
Il diffusa le 28 avril 1956 les émissions de l'unique chaîne de télévision française avec une puissance de 20 kW.
Pas de faisceaux hertziens, les PTT fournissaient l'émetteur à partir de la tour du Mont-Cindre avec un relai à la Tour de Fourvière.
Édité par kiki37 le 12/02/2018 à 19:23:49
K kiki37
Image
En septembre 1964, les locaux du Mont Pilat furent agrandis, l'antenne surélevée et équipée d'un émetteur pour la 2ème chaîne.
Édité par kiki37 le 12/02/2018 à 19:25:07
K kiki37
[ATTACH=CONFIG]485[/ATTACH][ATTACH=CONFIG]486[/ATTACH]
Le relais de Marseille Grande-étoile
B BAISIN
kiki37 a écrit [ATTACH=CONFIG]484[/ATTACH] En septembre 1964, les locaux du Mont Pilat furent agrandis, l'antenne surélevée et équipée d'un émetteur pour la 2ème chaîne.


Et cet émetteur UHF canal 40, norme L, avait, déjà, une PAR supérieure à 1200 KW, ce qui fera école, plus tard pour le réseau FR3( canal 43 UHF), et TF1 couleur analogique( canal 46 UHF).
K kiki37
BAISIN a écrit Et cet émetteur UHF canal 40, norme L, avait, déjà, une PAR supérieure à 1200 KW, ce qui fera école, plus tard pour le réseau FR3( canal 43 UHF), et TF1 couleur analogique( canal 46 UHF).

4000 kW de puissance rayonnée répartis pour les 7/10ème dans l'axe de la vallée du Rhone, le reste pour les 2/3 vers l'Est un 1/3 vers l'Ouest. Depuis 1974 il pilote les émetteurs de : Le Guizay ( Saint-Etienne), Fourvières (Lyon), Privas (Ardèche), Chamrousse (Grenoble), Aiguille du Midi (Chamonix) et Mont-du-Chat (Aix-les-bains).
M mw963
Reponse tres vite pour l'instant, mais GRAND MERCI a colorix pour les informations, et soulagement sincere que - a part de la santé - la serie continue.......

A plus, nous venons de nous deplacer a notre maison en 24 avec une absence de 10 mois et il y a une foret a vaincre - mais je suis tres reconnaissant pour la mise a jour. Merci encore, et pour la photo fascinante des aeriens ch 2 aux Cars!
M mw963
Je suis toujours en train d'absorber les informations fascinantes de colorix, et j'ai plusiers questions secondaires et des observations a faire, mais je me permets de suivre une piste secondaire pour un instant...

On a parlé des violences contres des emetteurs, et nous avons eu un peu les memes choses fait par les nationalistes du Pays de Galles dans les années 1970s. On sait que le Tredudon a été abattu en 1974....

Je me suis installé dans le sud ouest d'Angleterre en 1977 et je me profitais vite de France Musique sur 89.4 MHz, souvent en stereo malgré la distance. Mais un jour en novembre (ou peut etre debut decembre) le stereo a disparu - c'était un dimanche et il n'y avait que l'audio sur la voie droite toute l'apres-midi. Le lendemain le 19 kHz a été éteint et pour des longues mois le Tredudon emettait France Musique en mono. En rentrant chez mes parentes a Noel j'ai pu verifié que Bouvigny émettait toujours en stereo.

Ca n'était que mars ou avril 1978 que le stereo a été re-etablie au Tredudon.

Qu'est qu'y c'est passé? Est ce que un des sites liaisons (Plessela, Paule) a été endommagé? Est que TDF n'a pas payé la facture d'EDF? Est que vous expertes peuvent souvenir....?

Et mes excuses pour le massacre de la langue de Moliere. Il faut excuser un pauvre c.. anglo-saxon!!!
Édité par kiki37 le 24/07/2018 à 14:35:04
C Colorix
mw963 a écrit "(...) je me profitais vite de France Musique sur 89.4 MHz, souvent en stereo malgré la distance. Mais un jour en novembre (ou peut etre debut decembre) le stereo a disparu - c'était un dimanche et il n'y avait que l'audio sur la voie droite toute l'apres-midi. Le lendemain le 19 kHz a été éteint et pour des longues mois le Tredudon emettait France Musique en mono. (...) Ca n'était que mars ou avril 1978 que le stereo a été re-etablie au Tredudon. (...) Qu'est qu'y c'est passé?


Hello mw963 (by the way, medium waves 963 kHz ... Radio-Caroline, huhh ?! ),

D'abord toutes mes félicitations pour ton très bon français, qui m'évite d'avoir à faire des posts bilingues (unless some other english-speaking members would need them?), ce qui ne me gênerait pas pour autant.

La disparition de la stéréo de France-Musique sur Roc Trédudon et les dates que tu mentionnes en 1977-1978 coïncident avec l'attentat du 22 octobre 1977 revendiqué par une branche du FLB (Front de Libération de la Bretagne), qui a totalement détruit le relais hertzien TDF de Pré-en-Pail (département de la Mayenne) qui desservait 17 départements de l'Ouest en radio FM et télévision.
Ce relais ne sera définitivement rétabli, avec la construction d'une nouvelle tour, d'un nouveau bâtiment et... de nouveaux équipements et antennes paraboliques d'émission-réception, qu'en mars 1978.

A l'époque en FM, seule France-Musique émettait en stéréo dans toute la France. France-Culture n'avait qu'un émetteur stéréo "expérimental" à la Tour Eiffel depuis 1974, France-Inter et les quelques stations FIP (dont celle de Nantes-St Nazaire, la seule de l'Ouest) n'émettaient qu'en mono (il faudra attendre l'arrivée des radios privées en stéréo dans les années 80 pour que Radio-France y passe enfin sur tous ses émetteurs...).

Aussi, lorsqu'il a fallu rétablir avec des moyens provisoires les réseaux coupés dans l'Ouest, je présume que l'une des deux hypothèses suivantes s'est présentée après l'attentat :

- soit seule l'une des deux voies stéréo de France-Musique a pu être rétablie (apparemment la droite, selon ton message) et TDF a "multiplexé" en mono les deux voies stéréo sur la seule restant utilisable sur les émetteurs bretons (Rennes St-Pern, Brest-Trédudon, Vannes-Moustoir'Ac),

- soit TDF, en accord avec Radio-France, a réaffecté l'une des voies stéréo de France-Musique (la gauche, donc) pour relayer France-Culture ou France-Inter. Et c'est pourquoi tu n'as plus eu que de la mono jusqu'au complet rétablissement des réseaux en mars 1978.

Je n'avais pas de récepteur stéréo à Nantes à cette époque donc pour moi, rien n'a changé. Par contre je sais très bien que FILA (France-Inter Loire-Atlantique), notre "FIP" local, n'a jamais été coupée du fait de cet attentat. Sans doute, parce que nous étions raccordés au même faisceau hertzien que Bordeaux (seule autre station FIP de la côte atlantique) via l'émetteur de Niort-Maisonnay, qui ne passait donc pas par Pré-en-Pail mais par Tours, comme l'a expliqué plus haut kiki37 pour les liaisons "bricolées" pour la TV via l'émetteur de Le Mans-Mayet.

Je présume qu'en bon Britannique amateur d'histoires formidables sur le passé de votre radio-télévision, tu connais le fabuleux site de Mike Brown : http://tx.mb21.co.uk/ qui recense tous les émetteurs radio-TV (GO, OM, FM, DAB, VHF 405 lignes, UHF PAL, TNT) du Royaume-Uni, et qui raconte des événements extraordinaires comme l'effondrement du pylône tubulaire d'Emley Moor, près de Leeds (Yorkshire), victime du poids de la glace sur ses haubans en plein hiver dans les années 60-70.

Amis francophones, ce site, même sans parler l'anglais, est une mine d'or. Pour encore mieux en profiter, il vous suffit d'activer la traduction automatique des pages avec votre navigateur (Firefox, par exemple), même si celle-ci n'est pas parfaite, elle vous permettra de passer des heures passionnantes à la découverte des émetteurs britanniques, car nos voisins d'outre-Manche sont des passionnés de la préservation des souvenirs du passé, que ce soit les voitures anciennes, les trains à vapeur ou les vieux téléviseurs : il existe même une association qui a obtenu l'autorisation d'émettre à nouveau en 405 lignes à Londres pour faire fonctionner leurs vieux postes ! Chose impensable ici avec notre 819 lignes, dont pratiquement tous les appareils sont partis à la ferraille depuis bien longtemps...
Édité par Colorix le 02/09/2014 à 23:53:54
C cricri
Merci colorix
Le site anglais de mike brown vient de rejoindre mes favorissmiley
(J adore la page d accueil "fawlty towers..."une serie culte...a voir en vost uniquement!)
Basil!!!!!

Ce site renvoie aussi ici:
http://www.meldrum.co.uk/mhp/knackers/transmit.html
@+
Édité par cricri le 03/09/2014 à 09:06:16