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France 3 IDF : motion de défiance adoptée à 93% contre Delphine Ernotte-Cunci et la direction locale

Frédéric SCHMITT
15 avril 2026 à 14h18

Les journalistes de France 3 Île-de-France ont massivement plébiscité une motion de défiance visant la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte-Cunci, ainsi que les responsables régionaux, au terme d'un vote à 93% négatif et dans un contexte de grève qui paralyse la rédaction depuis plus d'un mois.

Le scrutin s'est tenu le dimanche 12 avril 2026, avec une participation record de 76% parmi les quelque 60 journalistes de la rédaction régionale. La question posée était claire : "Accordez-vous votre confiance à Yolaine Poletti-Duflo, directrice régionale de France 3 Île-de-France, à Christophe Poullain, directeur du réseau France 3, et à Delphine Ernotte-Cunci, présidente de France Télévisions, pour garantir la préservation des moyens techniques, la ligne éditoriale et l'avenir au sein du réseau de France 3 Île-de-France ?". Les réponses négatives ont afflué à hauteur de 93%, scellant ainsi l'adoption de la motion par la Société des journalistes (SDJ).

Cette défiance n'est pas un coup de colère isolé, mais le point culminant d'un malaise profond. La SDJ a immédiatement transmis le résultat à la direction, soulignant l'urgence d'une réaction face à ce camouflet massif.

Les griefs sont précis et documentés. Depuis le 24 mars 2026, le studio principal utilisé pour les journaux du midi et du soir a été attribué à Franceinfo, forçant les équipes à se replier dans un plateau de secours de seulement 12 mètres carrés. Cet espace exigu, normalement réservé aux urgences, est jugé totalement inadapté pour des éditions de 35 minutes incluant chroniques et invités. "C'est une dégradation de notre outil de travail", martèlent les journalistes, qui dénoncent aussi une transition de trois mois vers un autre plateau virtuel sans décor, à partager avec les équipes ultramarines comme Réunion La 1ère ou Martinique La 1ère, avec parfois à peine huit minutes pour opérer le changement.

Ces mesures s'inscrivent dans une réduction des moyens initiée dès 2016, aggravée par des sinistres aux locaux historiques de Vanves (incendies et inondation), menant à un rapatriement définitif au siège de France Télévisions en 2019 pour des raisons d'économies. Les matinales filmées avec la radio Ici pourraient également pâtir de ces contraintes à la rentrée.

Le mouvement social a débuté le 2 mars 2026, soit plus de six semaines de mobilisation au moment du vote. Il a déjà entraîné l'annulation des deux soirées électorales couvrant les premier et second tours des élections municipales en Île-de-France, privant les téléspectateurs d'une information régionale clé. Les syndicats, dont le SNJ représenté par Abdelaali Joudi, insistent sur la nécessité de préserver une ligne éditoriale autonome et des ressources techniques dignes d'une antenne de service public.

Cette grève à France Télévisions s'ajoute à un historique de tensions sociales au sein du groupe public, marqué par des conflits récurrents sur les budgets et les réorganisations.

Interrogée, la direction de France Télévisions n'a pas réagi dans l'immédiat, optant pour le silence face à cette motion historique. Delphine Ernotte-Cunci avait toutefois tenté de rassurer les salariés lors d'une récente audition parlementaire, reconnaissant "l'émoi" des équipes tout en présentant la situation comme temporaire. Les journalistes, eux, exigent des garanties concrètes sur l'avenir de leur outil de production.

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