France Télévisions
 

La patronne de France Télévisions poursuivie pour abus de biens sociaux

Frédéric SCHMITT
12 février 2026 à 22h10

Le tribunal judiciaire de Paris a ouvert une information judiciaire à l'encontre de Delphine Ernotte-Cunci, présidente-directrice générale de France Télévisions, pour des soupçons d'abus de biens sociaux et de détournement de biens publics.

Cette procédure fait suite à une plainte déposée par le syndicat CFE-CGC et porte sur des frais d'hôtel engagés lors du Festival de Cannes en 2023.

L'enquête se concentre sur une facture dépassant les 110 000 euros, réglée par France Télévisions pour le séjour de plusieurs dirigeants du groupe audiovisuel public à l'hôtel Majestic de Cannes, entre le 16 et le 27 mai 2023. Parmi les personnes concernées figurent Delphine Ernotte-Cunci elle-même, le directeur des antennes et programmes Stéphane Sitbon-Gomez, le directeur du cinéma et des fictions Manuel Alduy, ainsi que l'ancien secrétaire général Christophe Tardieu. Deux cofondateurs du média en ligne Brut, Renaud Le Van Kim et Guillaume Lacroix, ont également bénéficié de ce séjour, dans le cadre d'un partenariat entre France Télévisions et Brut pour la couverture du festival.

Les nuits d'hôtel auraient coûté entre 1 300 et 1 700 euros par personne, selon les détails fournis par le syndicat plaignant. Le parquet de Paris a ouvert cette procédure après une enquête préliminaire, qualifiant les faits potentiels d'« abus de biens sociaux et recel », ainsi que de « soustraction, détournement ou destruction de biens d'un dépôt public par le dépositaire ou l'un de ses subordonnés ». Delphine Ernotte-Cunci a été convoquée dans ce cadre, marquant une escalade judiciaire après les révélations initiales en 2024.

Cette affaire intervient alors que France Télévisions, principal acteur de l'audiovisuel public français, fait face à des scrutins parlementaires sur sa gouvernance et ses dépenses. Le partenariat avec Brut, média numérique influent, visait à moderniser la couverture médiatique du Festival de Cannes, mais les montants engagés soulèvent des questions sur la gestion des fonds publics. Le syndicat CFE-CGC, à l'origine de la plainte déposée en février 2024 pour détournement de fonds et abus de confiance, argue que ces dépenses excèdent les normes raisonnables pour un déplacement professionnel, notamment en dépassant largement le plafond autorisé de 350 euros par nuitée.

Logiquement, cette affaire pourrait coûter son poste à Delphine Ernotte-Cunci. En tant que dirigeante d'un groupe financé majoritairement par des fonds publics, elle est soumise à une exigence accrue de probité et de modération dans l'utilisation des ressources. L'ouverture d'une information judiciaire pour des faits aussi graves que l'abus de biens sociaux et le détournement de biens publics entache durablement sa crédibilité. Dans un contexte où l'audiovisuel public est régulièrement critiqué pour ses dépenses et où une commission d'enquête parlementaire examine déjà sa gouvernance, une telle mise en cause judiciaire devrait inciter l'Arcom - autorité de régulation compétente pour nommer et renouveler le président - à ne pas reconduire son mandat ou à envisager une révocation anticipée. De plus, une condamnation, même future, rendrait difficile la poursuite de fonctions aussi exposées, où la confiance des pouvoirs publics, des salariés et de l'opinion est essentielle. Delphine Ernotte-Cunci, reconduite en mai 2025 pour un troisième mandat de cinq ans, se trouve ainsi confrontée à un risque majeur pour sa position.

Pour l'heure, ni France Télévisions ni Delphine Ernotte-Cunci n'ont réagi publiquement à cette ouverture d'information judiciaire.

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