Russie
 

Des interférences GPS détectées simultanément sur tout le continent européen

Frédéric SCHMITT
9 juin 2026 à 16h30  
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Des chercheurs ont identifié des rafales d'interférences GNSS puissantes et brèves, inférieurs à dix secondes, affectant les récepteurs GPS sur une vaste zone allant de la Norvège à l'Espagne, en passant par la Pologne, et s'étendant même jusqu'au Groenland et au Canada.

Ces perturbations, centrées sur la bande L1 à 1575,42 MHz, coïncident avec le passage de satellites russes du système EKS. L'analyse de données publiques couvrant la période de janvier 2019 à avril 2026 a révélé 75 jours marqués par au moins un tel événement, survenant principalement en milieu de semaine durant les heures de bureau européennes. Les satellites russes EKS (Edinaya Kosmicheskaya Sistema, ou Système spatial unifié, également connu sous le nom de Kupol ou Toundra) sont des satellites d'alerte précoce. Ils servent à détecter les lancements de missiles balistiques (y compris ceux tirés depuis des sous-marins ou d'autres plateformes) depuis l'espace, en utilisant des capteurs infrarouges, et fournissent un avertissement rapide aux forces armées russes en cas d'attaque nucléaire potentielle, complétant les radars au sol comme les Voronezh.

En raison de l'ampleur continentale des perturbations, les scientifiques ont déterminé que la source se situe à plus de 1 200 kilomètres d'altitude. Todd Humphreys de l'University of Texas at Austin, avec son étudiant Zach Clements et Argyris Krizise de Stanford University, pointent du doigt les satellites EKS. Les signaux pourraient résulter de tests de capacités de brouillage spatial, de communications satellites brèves ou d'autres usages, mais leur régularité et leur puissance soulèvent des inquiétudes quant à une possible escalade dans les conflits électroniques.

Ces interférences touchent directement la bande principale du GPS américain ainsi que, dans un cas observé, une bande inférieure utilisée par le système chinois BeiDou. Humphreys évoque la possibilité que la Russie teste ces capacités sur une fréquence adjacente avant de les aligner précisément sur la bande GPS en cas de conflit ouvert, ce qui amplifierait considérablement les dommages. Un tel scénario pourrait perturber les services de navigation, de synchronisation et de positionnement sur des échelles continentales, exposant les infrastructures critiques à des vulnérabilités accrues.

Les données brutes montrent des rafales répétés, et Humphreys estime ne plus pouvoir qualifier ces événements d'accidentels. Il les décrit comme une démonstration discrète mais significative dans le contexte plus large des affrontements électroniques en cours. Richard Bowden de GMV reconnaît le caractère intentionnel des signaux placés sur ou près des fréquences GNSS, tout en soulignant l'incertitude quant à leur finalité malveillante ou purement expérimentale. Ces observations interviennent alors que des articles antérieurs sur la falsification du GPS par la Russie et sur les interférences satellites attribuées à la Russie avaient déjà alerté sur les tensions liées aux systèmes de navigation russes comme Glonass.

Les tests présumés sur des bandes adjacentes pourraient n'être qu'une étape vers des capacités plus ciblées et plus perturbatrices.

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