Télévision connectée
 

Les diffuseurs européens veulent que Bruxelles régule les smart TVs

Frédéric SCHMITT
23 mars 2026 à 20h49

Une coalition de grands groupes audiovisuels et radios européens pousse la Commission européenne à étendre les règles antitrust du Digital Markets Act aux systèmes d'exploitation des téléviseurs connectés et aux assistants vocaux.

Une lettre collective envoyée à Teresa Ribera

Des associations majeures du secteur, dont l'European Broadcasting Union (EBU), l'Association of Commercial Television (ACT), l'Association of European Radios (AER), egta, Confindustria Radio Televisioni (CRTV), Televisión Comercial en Abierto (UTECA) et Verband Österreichischer Privatsender (VOP), ont adressé une lettre à Teresa Ribera, vice-présidente exécutive en charge de la Concurrence. Parmi les membres de l'ACT figurent des géants comme Canal+, RTL Group, Mediaset, ITV, Paramount Global, NBCUniversal, Walt Disney, Warner Bros. Discovery, Sky et TF1. Ces acteurs dénoncent le pouvoir croissant des plateformes technologiques qui contrôlent l'accès aux contenus sur les écrans connectés.

Le poids des plateformes sur le marché des TV connectées

Les signataires pointent du doigt la concentration du marché des systèmes d'exploitation pour téléviseurs connectés (CTV). Selon une étude de marché de 2025, Android TV de Google est passé de 16 % à 23 % de parts entre 2019 et 2024, Amazon Fire OS de 5 % à 12 %, tandis que Tizen de Samsung détient 24 %. Ensemble, ces opérateurs dominent plus de 70 % du marché européen, agissant comme intermédiaires obligés pour la découverte des applications, l'interopérabilité et la redirection entre services médias. Les diffuseurs estiment que ces plateformes priorisent leurs propres services, au détriment des chaînes linéaires et des offres de vidéo à la demande.

Au-delà des smart TVs, les assistants vocaux comme Amazon Alexa, Apple Siri ou les fonctionnalités IA telles que ChatGPT Tasks sont qualifiés de gatekeepers de facto. Intégrés dans les smartphones, enceintes connectées et systèmes embarqués automobiles, ils influencent l'accès aux contenus sans être soumis au DMA. Les associations avertissent que ces technologies, dopées à l'IA, risquent d'entériner des positions dominantes difficiles à contester ultérieurement, limitant la concurrence et le choix des consommateurs.

Des demandes précises pour adapter le DMA

Dans leur courrier, les diffuseurs formulent des requêtes claires. Ils appellent la Commission à désigner les principaux fournisseurs de systèmes d'exploitations de téléviseurs connectés et d'assistants vocaux comme gatekeepers, même si les seuils quantitatifs du DMA (45 millions d'utilisateurs mensuels actifs et 75 milliards d'euros de capitalisation) ne sont pas atteints, via une enquête de marché qualitative. Ils plaident aussi pour une révision large et technologiquement neutre de la définition des business users, afin d'inclure tous les acteurs dépendant de ces plateformes pour atteindre les usagers finaux. Le DMA, en vigueur depuis 2023, impose déjà des obligations strictes aux portails actuels comme les moteurs de recherche ou app stores, pour favoriser la concurrence.

La réponse attendue de la Commission

La Commission européenne a confirmé avoir reçu la lettre et procède à son examen. Ce lobbying s'inscrit dans un contexte plus large où le régulateur bruxellois affine l'application du DMA, suite à des consultations en 2025 qui avaient déjà mis en lumière ces préoccupations. Google, Amazon, Apple et Samsung n'ont pas réagi dans l'immédiat.

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