Bien avant la TNT... Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60

K kiki37
Un petit intermède avec cet excellent reportage de l'ORTF sur le démarrage de la télévision en couleur en 1967:

http://www.ina.fr/video/CAF86014745/la-bataille-de-la-couleur-video.html

Merci à Mannix54 , sur un autre forum, pour cette trouvaille
B BAISIN
J' en conclus qu' un dipole accordé en Bande I VHF sans ampli, pour un modulateur de type CGV, et un dipole bande I VHF, ou antenne fouet amplifiée pour la réception pourraient convenir.

La bande I VHF est la seule solution la plus économique pour faire des liaisons sans fil( même les tv récents ont encore un tuner analogique qui couvre la Bande I VHF, malgré qu' il n' y ait plus aucune émission en Europe )

Quant aux émetteurs UHF 819 lignes qui ont existé, voila 35-40 ans, pour TF1 N/BLanc, je présume que la B.Passante du 819 lignes était sensiblement " charcutée" à outrance.
Édité par BAISIN le 22/12/2015 à 15:26:12
P Philtranfaye
bonsoir,
...au pire, 1m20 de fil à la place du dipôle !
Cordialement
C Colorix
BAISIN a écrit J' en conclus qu' un dipole accordé en Bande I VHF sans ampli, pour un modulateur de type CGV, et un dipole bande I VHF, ou antenne fouet amplifiée pour la réception pourraient convenir.


Tout seul sans ampli, c'est un peu juste. Un petit préampli d'antenne large bande, ajustable en gain, améliorera notablement la réception, même à proximité du modulateur.

Citation :La bande I VHF est la seule solution la plus économique pour faire des liaisons sans fil (...)
Je suis certain qu'avec un modulateur en bande III (il en existe sûrement) cela fonctionnerait aussi, en utilisant deux petites antennes Yagi de 3 éléments par exemple - comme on en voyait beaucoup sur les toits de Paris du temps du 819 lignes- avec une à l'émission et l'autre à la réception. Vu le plus grand nombre de régions ayant été desservies en bande III qu'en bande I, ce sera en effet plus facile qu'avec un bout de fil "bricolé" dont les performances ne seront pas aussi efficaces qu'avec une antenne correctement conçue.

Bien plus facile à trouver qu'un modulateur VHF, on peut envisager le même type de liaison avec le modulateur UHF d'un magnétoscope VHS. Plus d'un engin de première génération - lorsque tous les téléviseurs n'avaient pas de péritel - pourra fort bien, même s'il ne peut plus lire de cassettes, servir de mini-émetteur en injectant les signaux dans son entrée AV ou AUX. Attention toutefois, certains appareils ne pourront fonctionner ainsi que s'ils sont positionnés en fonction Enregistrement+Pause, ce qui complique les choses.

A noter que certaines marques, comme Sony, ont maintenu la présence d'un modulateur UHF y compris dans leurs derniers modèles. Il ne doit donc pas être trop difficile d'en trouver un. Par contre, vu les hautes fréquences en bande IV (les modulateurs utilisant un canal entre 32 et 40, la plupart du temps ajustable en fonction de l'émetteur local), il me semble indispensable d'ajouter un préampli d'antenne pour assurer une liaison correcte.

Citation :Quant aux émetteurs UHF 819 lignes qui ont existé, voila 35-40 ans, pour TF1 N/BLanc, je présume que la B.Passante du 819 lignes était sensiblement " charcutée" à outrance.
La bande passante était encore moins "charcutée" que sur Télé-Luxembourg et les émissions belges en 819 lignes norme F ("819 lignes belge") qui devaient se contenter des 7 MHz de largeur de bande des canaux "E" du C.C.I.R. (canal E7 pour Télé-Luxembourg, canaux E8 pour Wavre, E3 pour Liège...), tandis que les canaux en norme L faisaient 8 MHz. La largeur de bande vidéo en norme E ("819 lignes français") était de 10 MHz, celle en norme L était de 6 MHz, celle en norme E étant de 5 MHz.

Ainsi que je crois l'avoir déjà raconté ici j'ai moi-même vu, en 1969 de retour d'Allemagne, les émissions de Télé-Luxembourg en 819 lignes "belge". Honnêtement, même s'il y avait certainement une perte de netteté par rapport au 819 lignes français, je n'avais rien remarqué de notable, l'image était tout à fait correcte. Si véritablement il y avait une énorme perte de qualité vidéo, je ne pense pas que la RTB et Télé-Luxembourg (qui visait un maximum d'audience) auraient pris un tel risque en émettant 15 ans avec ce standard.

De toute façon, à l'origine Henri de France et ses techniciens avaient visé un "confort" maximal pour loger leur vidéo en lui attribuant une bande de 10 MHz deux fois plus large que celle de 5 MHz logeant 625 lignes en norme B (Allemagne, Suisse, Italie...) et C (Belgique flamande). Un technicien belge écrivait vers 1954 que lorsque la Belgique hésitait sur le choix d'un standard, en particulier en vue de la cohabitation de deux chaînes à Bruxelles et dans quelques autres régions, la France avait proposé, trop tard, un 819 lignes avec canaux de 8 MHz.

Si l'on prend une règle de 3 entre les 625 lignes, leurs 5 MHz en norme B ou C, et 819 lignes, on obtient d'ailleurs : 5 / 625 x 819 = 6,55 MHz de largeur de bande vidéo proportionnelle. Cela ne fait jamais qu'un demi-mégahertz de plus qu'avec la norme L, donc je ne pense pas que la qualité vidéo s'en soit beaucoup ressentie avec cette dernière. Ceci d'autant plus que le 819 lignes, vers 1973, n'était pratiquement plus natif mais converti depuis du matériel de production 625 lignes.
Édité par Colorix le 24/12/2015 à 19:52:12
K kiki37
Colorix a écritJe suis certain qu'avec un modulateur en bande III (il en existe sûrement) cela fonctionnerait aussi,

Il y en a dans les anciennes consoles de jeu PHILIPS Videopac. Si quelqu'un est intéressé, je peux en publier le schéma...

Colorix a écritle 819 lignes, vers 1973, n'était pratiquement plus natif mais converti depuis du matériel de production 625 lignes.

Il y a même eu pire: aux moments des actualités régionales, certaines stations filmaient un écran 625 l de la 2è chaine pour le balancer sur le réseau 819 l de la 1ère chaine !!!
C Colorix
kiki37 a écrit Il y a même eu pire: aux moments des actualités régionales, certaines stations filmaient un écran 625 l de la 2è chaine pour le balancer sur le réseau 819 l de la 1ère chaine !!!


Kiki, toutes les stations qui diffusaient les actualités régionales sur les deux chaînes, étaient obligées de recourir à cette conversion optique au rabais, la plupart du temps avec une ancienne caméra 819 lignes de studio à la limite de la réforme, voire réformée. C'était le cas à Nantes, notamment.

Mais le pire, c'était l'inverse : pendant longtemps Nantes était équipé d'origine en 819 lignes et reprenait le signal sur la Deuxième Chaîne par conversion optique. L'image était horrible, totalement floue, impossible à regarder. Je présume que la mise au point de la caméra ne devait pas être la principale préoccupation des techniciens ORTF, qui devaient se dire que personne ne regardait la Deux.

Retrouvée dans mes archives des années 70, cette indication concernant les émetteurs qui relayaient les J.T. régionaux pour compenser la diffusion mal adaptée des émetteurs de la Une, dont le but initial était de couvrir un maximum de population. Ainsi Amiens, dont l'émetteur intercalaire de Saint-Just-en Chaussée permettait au Sud de l'Oise de capter son JT régional "Picardie" au lieu de celui de Paris sur la Tour Eiffel, Besançon dont les émetteurs intercalaires de Lons-le-Saunier ou Champagnole permettaient de capter dans ces secteurs le journal "Franche-Comté" au lieu de celui de "Rhône-Alpes" sur la Une de Gex Mont-Rond, etc :

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Extrait du programme de la Chaîne 2 ORTF du Samedi 31 octobre 1970
dans le magazine "La Semaine Radio-Télé" (qui sera par la suite absorbé par Télérama)


Dans les régions où n'étaient pas diffusés les "Courts métrages"
(en fait des petits films et dessins animés), les jeunes (dont moi-même!) éprouvaient un sentiment de frustration en devant supporter sur les deux chaînes les "inaugurations de chrysanthèmes" du journal régional. Par la suite, en 1971, la Deux diffusait les J.T. régionaux sur tous ses émetteurs.

Édité par kiki37 le 08/05/2022 à 16:18:22
C Colorix
Allez, je fais comme la "Deux", je "duplique" mon envoi chez Cricri...

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... Bonnes fêtes de Noël à toutes et à tous !
Édité par Colorix le 24/12/2015 à 22:32:09
C cricri
merci COLORIX!
le grand magicien, de l'histoire de la television sur telesatellite....
je deguste vos ecrits avec delectation,j'adoooooore!
j'apprends pleins de choses,merci infiniment à vous!
le partage d'une passion commune,le partage et la transmission des connaissances,y a pas plus beau cadeau!
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joyeuses fetes de fin d'année
smiley
@+
C Colorix
Merci cher Cricri pour ces mots sympa.

Pour vous en remercier, voici une découverte particulièrement intéressante faite cet après-midi dans la revue britannique "Wireless World" ("Le Monde de la T.S.F.") de septembre 1949.

C'est en fait un scoop : en vertu d'un accord franco-britannique, les émissions 441 lignes de la Tour Eiffel devaient en principe être ramenées à 405 lignes pour s'aligner sur le standard britannique en octobre 1949 (alors que l'émetteur 819 lignes était déjà en service expérimental depuis avril) pour permettre des échanges d'émissions entre les deux pays, et peut-être d'autres en Europe:

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Traduction : Accord franco-anglais sur la télévision

Ce qui peut se révéler comme une étape vers l'établissement d'un standard pour la télévision européenne a été retenu par la France. A la suite d'une récente réunion du C.C.I.R. (Comité Consultatif International de Radiodiffusion) à Zurich, on a annoncé que le gouvernement français avait donné son accord pour faire passer ses émissions actuelles de la Tour Eiffel de 455 lignes à 405 lignes, le standard britannique. Un correspondant français laisse entendre que cette modification sera effectuée en octobre. Il faut se souvenir que lorsque la décision a été prise à la fin de l'an dernier d'adopter le 819 lignes, il a été établi que l'émetteur à moyenne définition desservant la région parisienne continuera de fonctionner jusqu'en janvier 1958. La nouvelle station 819 lignes de la Tour Eiffel, fonctionnant sur 213,25 MHz, a commencé d'émettre expérimentalement en avril.


Pourquoi ce changement n'a-t-il pas eu lieu, je l'ignore. Peut-être une partie des équipements à Cognacq Jay, qui regroupaient déjà trois lignages hétéroclites (455 lignes de la Cie des Compteurs, 450 lignes Gramont et 441 lignes Telefunken), ne pouvait pas descendre jusqu'à 405 lignes. Peut-être aussi, dans les quelques centaines de téléviseurs en service à Paris (environ 300 postes 455 lignes d'avant-guerre et à peu près autant en 441 lignes venus d'Allemagne pendant la guerre ou achetés après la Libération) certains étaient-ils trop compliqués à modifier en 405 lignes.

Personnellement, n'ayant jamais vu cette information dans mes diverses documentations d'époque, je me demande si ce ne serait plutôt une fausse information, un voeu pieux des Britanniques, alors en avance sur les autres pays avec plusieurs milliers de téléviseurs en service à Londres, pour tenter de faire adopter leur standard par les Européens, permettant ainsi les échanges internationaux car le convertisseur était encore inconnu à cette date. Mais c'était sans compter sur les Américains, qui ne tardèrent guère à imposer leur propre standard "européennisé" en Allemagne puis dans la quasi-totalité de l'Europe...

Bonnes Fêtes de Noêl également,
Amitiés,

C cricri
Sympa!
Merci
Que de chemin parcouru depuis....mais ça reste des ondes radio à la base
L Homme a juste cherché et trouvé comment améliorer tout ça
L espèce humaine est quand même bien intelligente
@+
C Colorix
Colorix a écrit (...) je me demande si ce ne serait plutôt une fausse information, un voeu pieux des Britanniques, alors en avance sur les autres pays avec plusieurs milliers de téléviseurs en service à Londres, pour tenter de faire adopter leur standard par les Européens (...)


En fait, un autre article de Wireless World sur ce changement envisagé de 455/441 lignes vers 405 lignes a été publié en octobre 1949 :

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Traduction : Télévision Franco-Anglaise

Des détails supplémentaires sur la récente réunion du C.C.I.R. au cours de laquelle on a discuté des standards européens de télévision, avec pour résultat la décision française d'adopter le 405 lignes, ont été publiés par l'Organisation Internationale de Radiodiffusion.

Le groupe d'études du C.C.I.R. chargé des recherches sur cette question controversée des standards de télévision, s'est réuni en juillet à Zurich. Les pays représentés étaient : l'Autriche, la Belgique, la Tchécoslovaquie, le Danemark, la France, les Pays-Bas, la Suède, la Suisse et le Royaume-Uni. Il est important de noter qu'en plus de ces administrations européennes, les Etats-Unis étaient représentés, et que parmi les fabricants présents figurait la R.C.A.


Pour faciliter les débats sur la standardisation, un questionnaire a été distribué aux pays représentés et leurs réponses ont été prises en considération. Les deux bandes concernées étaient de 41 à 68 MHz et de 174 à 216 MHz.


On en a conclu que la standardisation à l'échelon mondial, bien que souhaitable, n'était pas possible dans ces bandes, mais qu'elle était envisageable dans la bande des 470 à 960 MHz.


En prenant en considération ce qui était considéré comme le nombre le plus adéquat de lignes par trame, les délégations française et britannique ont déclaré leur intention d'unifier leurs standards de "moyenne" définition sur 405 lignes et ont proposé l'instauration d'un standard à haute définition en 819 lignes fonctionnant dans la bande des 174 à 216 MHz. La France et le Royaume-Uni ont par la suite déclaré qu'une évolution vers 525 lignes, préconisée par les Etats-Unis, ou même 625, proposée par d'autres pays européens, n'était pas justifiée.



Je n'ai malheureusement pas de suite à ces deux articles mais ce projet d'unification des deux réseaux moyenne définition français et britannique a du tourner court, vu la tournure que cela a pris à terme avec l'adoption du 625 lignes par tous les pays du Vieux Continent, sauf le Royaume-Uni et la France et leurs voisins "satellites linguistiques" immédiats :

- l'Irlande installera quelques émetteurs 405 lignes sur sa côte Est et au nord car de nombreux Irlandais s'étaient équipés pour capter la BBC du Pays de Galles et de Belfast, mais son standard officiel, le 625 lignes norme I, sera le seul diffusé dans tout le pays,

- La Belgique francophone, Monaco puis le Luxembourg choisiront le 819 lignes pour faciliter les échanges avec la France pour la première, et pour être reçus en France pour les deux derniers. Par la suite, tous passeront, eux aussi, au 625 lignes VHF dans les années 70 pour émettre en couleurs.

Tous les autres pays du Vieux Continent, de la Suède au Portugal à l'Ouest, jusqu'à l'Est de la Russie, à l'Inde et à la Chine et la quasi-totalité des pays d'Asie, choisiront le 625 lignes. Toute l'Afrique adoptera elle aussi cette définition. L'Algérie française, devenue indépendante, fera comme l'Irlande en maintenant son réseau 819 lignes embryonaire, mais en développant son réseau national sur 625 lignes.

La tentative franco-britannique était donc vouée à l'échec : certains pays ayant absolument besoin de caser au moins deux, voire trois programmes pour des raisons linguistiques, virent très rapidement l'intérêt du 625 lignes moins gourmand en fréquences. Car à quoi bon choisir le 819 lignes pour brider sa vidéo dans un canal trop étroit et se priver de l'avantage de sa haute définition, sauf pour des raisons politiques (Belgique) ou commerciales (TMC, Télé-Luxembourg). On a d'ailleurs vu que pour développer correctement son réseau, la RTF a dû recourir à la Bande I et à du "hors-bande" entre 160 et 174 MHz (canaux F5/F6).

C'est sans doute pour cela que la France a décidé de ne rien changer à son standard moyenne définition, de toute façon condamné à disparaître en moins de dix ans.


Édité par Colorix le 27/12/2015 à 19:56:31
T Toinette
Bonsoir, j'ai une question aux experts des émetteurs:

Est ce que les "gens bossent dans les centres de télécommunications comme par ex Gex Mont Rond?
J julien74
Bonsoir,

Auparavant il y avait du personnel qui logeait sur place, de nos jours et surtout depuis l'arrivée de la TNT il n'y a plus personne sur place, il n'y a que des visites de temps à autre pour maintenance ou entretien.
C Colorix
Julien bonsoir !
Je m'aperçois avec effroi que j'avais oublié de te citer parmi les "experts" dans mon dernier post chez Cricri. Cest réparé !
Amitiés du 44,
J julien74
Bonsoir Colorix,

Très heureux de te relire sur le forum, tu ne peux pas savoir à quel point ça nous fait tous plaisir de te retrouver.
J'espère de tout coeur que ta santé va s'améliorer, c'est tout ce que l'on peut te souhaiter en tous cas.

Je te souhaites de passer de belles fêtes de fin d'année, pour nous ta présence c'est déjà notre cadeau de Noël c'est toujours passionnant de te lire, tu es une vraie encyclopédie vivante.

Tu es gentil mais moi je suis loin d'être un expert, je ne t'arrive pas à la cheville, j'apprends toujours des nouvelles choses à chacun de tes posts.

@ bientôt ;-)
Édité par julien74 le 28/12/2015 à 21:53:05
K kiki37
Colorix a écrit[un voeu pieux des Britanniques, alors en avance sur les autres pays avec plusieurs milliers de téléviseurs en service à Londres, pour tenter de faire adopter leur standard [ 405 lignes ] par les Européens


La Grande-Bretagne était réticente à abandonner son 405 lignes, :
« télévision n°113 – mai1961 »


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pendant que la France optait pour le 625 lignes pour son second programme TV



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« télévision n°116 – septembre1961 »

Et en novembre 1961 débutaient les premières émissions télévisées irlandaises suivant les normes …à 405 lignes !

Alors pour convaincre la Grande-Bretagne d’adopter le 625 lignes, une campagne de propagande a été lancée :
« Radio-constructeur & dépanneur n°174 – décembre 1961 »

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entre les lignes :

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Édité par kiki37 le 05/02/2018 à 19:22:22
K kiki37
Pendant ce temps là, en France , deux polémiques enflent :
l’une sur le démarrage de la 2ème chaine,l’autre sur l’abandon (déjà !) du 819 lignes
« Radio-constructeur & dépanneur n°174 – décembre 1961 »

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Édité par kiki37 le 05/02/2018 à 19:24:49
C Colorix
julien74 a écrit Bonsoir Colorix,
Très heureux de te relire sur le forum, tu ne peux pas savoir à quel point ça nous fait tous plaisir de te retrouver (...)


Cher Julien,

Tu ne peux imaginer le réconfort que tous ces messages comme le tien m'apportent, pleins de gentillesse et d'amitié, qui m'aident beaucoup à faire face à ces soucis. Un grand, grand merci, et oui, j'ai passé un Noël sympa avec deux très beaux cadeaux offerts par mes amis (un four combiné micro-ondes - chaleur tournante - grill etc), une petite merveille qui remplace mes vieux coucous et m'aidera à m'adapter après mon opération courant 2016, et un SSD qui va remplacer mon disque dur de portable qui donne d'inquiétants signes de faiblesse.

J'ai eu aussi plusieurs visites qui m'ont fait tout autant plaisir que tous vos témoignages d'amitié ici.

Et rassure-toi Julien, tu en sais beaucoup plus que tu n le laisses entendre. J'ai eu plusieurs fois l'occasion dapprécier tes connaissances ici comme sur d'autres forums.

Amitiés,
C Colorix
kiki37 a écrit La Grande-Bretagne était réticente à abandonner son 405 lignes, :
« télévision n°113 – mai1961 »


kiki37 a écrit Pendant ce temps là, en France , deux polémiques enflent :
l’une sur le démarrage de la 2ème chaine,l’autre sur l’abandon (déjà !) du 819 lignes
« Radio-constructeur & dépanneur n°174 – décembre 1961 »


Superbes scans de formidables documents au niveau historique, tes archives sont passionnantes, et viennent enrichir nos connaissances de l'histoire technique de notre télévision.

J'ignorais totalement toutes ces vicissitudes qui ont préludé à la naissance de notre deuxième chaîne.

Décidément, le pouvoir gaullien n'en était pas à son premier coup d'essai lorsque Marc Chauvierre a révélé que, quelque temps plus tard, le Grand Charles avait pratiquement torpillé l'avenir du SECAM à la Conférence de Stockholm chargée de tenter de choisir un système couleur commun à tous les pays. Je ne sais plus si je n'en ai pas déjà parlé précédemment sur un de nos forums.

On avait d'un côté le SECAM, de l'autre le PAL, et je ne me souviens plus très bien, mais je crois que les Soviétiques en liaison avec les Français, avaient trouvé le moyen d'associer à la fois les avantages des deux systèmes dans un troisième, dont je ne me souviens plus du nom.

L'ORTF et les industriels avaient un camion prêt à aller à Stockholm faire les démonstrations, qui selon Chauvierre, auraient convaincu aisément tout le monde d'adopter ce système hybride (peut-être Baisin pourrait-il nous donner quelques détails là-dessus, ou toi, Kiki à partir de tes documentations). Mais on ne sait pourquoi, De Gaulle décida de nommer à la tête de la délégation française un brave haut fonctionnaire qui ne connaissait absolument rien à la télévision, et qui s'est révélé totalement incapable de défendre les intérêts français au milieu de délégations européennes constituées essentiellement de techniciens chevronnés... Quant au camion, il ne reçut jamais l'autorisation de quitter la France ! Et la quasi-totalité des pays européens a choisi le PAL...

Entre le choix désastreux du 819 lignes par Mitterrand en 1948, l'enfantement difficile de la Deux avec un ministre donnant l'impression de lui être hostile, le sabordage de la défense du SECAM et de ce nouveau procédé couleurs à la Conférence de Stockholm, le refus obstiné de Pompidou d'autoriser les chaînes privées (Télé-Luxembourg et TMC) à se développer en France (avec une qualité de programmes toute autre que ce qu'on connaît maintenant) et à émettre en SECAM en italien depuis la Corse, la mise à mort de l'ORTF en 1974 par Giscard avec la condamnation à court terme de la SFP puis, quelques décennies plus tard, de TDF, sans oublier l'épisode pitoyable du satellite mort-né TDF1... en effet nos gouvernants n'ont vraiment guère brillé d'un bout à l'autre de cette longue saga !

Merci infiniment cher Kiki !
Édité par Colorix le 29/12/2015 à 23:45:12
C Colorix
Le vrai début de la TV aux Etats-Unis : la Foire Internationale de New-York (avril 1939)


Dans les années 30, plusieurs industriels américains travaillaient sur la télévision électronique.

Le leader, bien sûr, la RCA (propriétaire du réseau radio NBC), mais aussi la General Electric, Du Mont et Philco, pour ne parler que des plus importants.

Après plusieurs essais de définitions de plus en plus poussées, la NBC et la CBS émettaient expérimentalement en 1937 en 343 lignes, respectivement depuis l'Empire State Building et le Chrysler Building. Dès 1938 les essais passaient à 441 lignes, augmentant sensiblement la qualité de l'image au point de permettre un lancement auprès du grand public, les récepteurs étant désormais au point.

La Foire Internationale de New-York, lancée en avril 1939, était l'occasion rêvée pour cela.

Le Pavillon des Communications hébergeait donc les divers acteurs de cette télévision naissante derrière la RCA, qui avait déjà réussi le coup de maître, en février 1937, de décrocher l'exploitation du réseau de la BBC en 405 lignes "tout électronique" face au pionnier écossais John Logie Baird incapable d'abandonner son procédé mécanique obsolète.

Un pylône surmonté d'une antenne panneau imposante dominait le Pavillon :

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Quelques étages plus bas, les diffuseurs avaient installé des studios :

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La plupart des visiteurs découvraient pour la première fois la télévision à cette occasion. L'expérience des années précédentes avait permis de constater que dans le grand public, certains n'y croyaient pas vraiment, laissant entendre qu'il y avait un projecteur de cinéma dans les téléviseurs.

Aussi, la RCA décida de frapper fort pour la Foire de New-York, en exposant un téléviseur totalement transparent pour montrer qu'il n'y avait rien d'autre que de l'électronique dedans, comme un poste de radio. C'est le célèbre "TRK12 Phantom Telereceiver" :

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Le très intéressant site du Canadien anglophone Bill Brioux comporte une page consacrée au musée de la télévision constitué par Moses Znaimer (cliquer ici) qui a racheté, très cher, diverses raretés de l'histoire télévisuelle américaine, telle la statuette de Félix le Chat ayant servi aux premiers essais en 30 lignes en 1928, mais surtout le fameux téléviseur transparent de la RCA, dont le coffret était fait d'un toute nouvelle matière plastique, la "Lucite" conçue par la firme Du Mont, par ailleurs concurrente de la RCA en matière de télévision !

Voici le fameux "Télérécepteur Fantôme" transparent, exposé de nos jours dans ce musée.
Vous remarquerez que le tube cathodique, avec un écran rond, était trop long pour être disposé horizontalement, et devait donc être regardé par l'intermédiaire d'un miroir inséré dans un couvercle :

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Pour le voir en très grande taille et mieux voir ses composants internes cliquer ici
Document © R.C.A. (1939)







Édité par kiki37 le 08/05/2022 à 16:23:44
C Colorix
Le vrai début de la TV aux Etats-Unis : la Foire Internationale de New-York (avril 1939)

Quant aux installations à l'Empire State Building
, elles avaient beaucoup progressé côté studios et annexes (éclairage, multiplexage des antennes, etc).

Nous y reviendrons plus tard, lorsque sera terminé notre "Tour de France" des émetteurs de la RTF. En attendant, pour rester dans le domaine des antennes, voici les toutes premières installées en 1937 au sommet de l'Empire State Building :

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Trois ouvriers construisent l'antenne de télévision
343 lignes à 381 mètres d'altitude (1937)


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L'antenne utilisée en 1937 et 1938 pour les émissions expérimentales
en 343 puis 441 lignes. Dès cette date, les diffuseurs américains
avaient adopté la polarisation horizontale, jugée moins sujette aux
"images fantômes" provoquées par les échos des buildings new-yorkais.
Celle-ci sera généralisée dans tout le continent nord et sud-américain.



Dès le début de 1939, deux dipôles croisés formant une antenne vidéo carénée, surmontée de dipôles semi-circulaires pour l'audio, prenaient la suite pour les premières émissions 441 lignes destinées au grand public :

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Cette antenne, d'aspect très futuriste, sera largement utilisée
par la RCA pour faire la promotion de la télévision auprès du public :



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Documents © R.C.A. (1937 - 1939)

Amitiés,



Édité par kiki37 le 08/05/2022 à 16:33:07
K kiki37
Le vrai début de la TV...en Allemagne : Salon de la radio à Berlin en 1928 !

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("Toute la radio" n°257 juillet-août 1961 )
Édité par kiki37 le 05/02/2018 à 19:27:02
C Colorix
Merci Kiki, je n'avais pas ce document. Pour compléter les débuts de la TV allemande des années 30, en voici quelques autres :

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1935 : l'Allemand Paul Nipkow, inventeur de l'analyse séquentielle
par disque à trous en en spirale, regarde le "
Fernehsender Paul
Nipkow
", l'émetteur de télévision berlinois portant son nom

Document © oldtimeradio.de


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Le car de reportage de l'émetteur 180 lignes de Berlin en 1935.
Il fonctionnait suivant le principe du "
film intermédiaire" cher à Baird
au Royaume-Uni : un film cinématographique (caméra sur le toit)
était développé "en temps réel" pour envoi par câble à la régie
Ce car fut utilisé pour couvrir le Marathon aux JO de 1936.

Document © Bundespost
Source : site de M. Bruno Piffret



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Les J.O. de Berlin 1936 sont couverts par le réseau existant
en 180 lignes diffusé depuis la
Funkturm et relayé par câble dans
des
"salles de télévision" à Berlin et dans six villes d'Allemagne,
mais aussi en 375 lignes en circuit fermé avec la toute nouvelle
caméra
Telefunken, manipulée ici par Walter Bruch, qui inventera
plus tard le système
PAL, variante améliorée du NTSC américain.

Document © radiomuseum.org


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Munie d'un impressionnant téléobjectif assurant des prises de
vues exceptionnelles pendant les compétitions sportives, cette
caméra
Telefunken s'appelait tout naturellement la "Caméra Canon"
Il fallait
au moins deux hommes et 3 mn pour poser ce zoom de 50 kgs !
Document © 819lignes.free.fr
N'hésitez pas à aller découvrir la très intéressante Histoire de la
Télévision Française et à l'étranger en cliquant sur ce lien ci-dessus



Édité par kiki37 le 08/05/2022 à 16:50:42
C Colorix
.
Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : la Côte d'Azur

1) Le Mont-Agel - Télé Monte-Carlo


Samedi 20 novembre 1954, S.A.S. le Prince Rainier III de Monaco inaugure officiellement "sa" station de télévision, Télé Monte-Carlo :

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Les studios et bureaux sont installés dans l'immeuble de Radio Monte-Carlo
au 16 boulevard Princesse Charlotte, en plein centre de Monaco.

Captures d'écran de la vidéo diffusée sur l'émetteur T.M.C. de la
Tour Eiffel
dans les jours précédant son arrivée sur la TNT
Documents © T.M.C.


A cette date, c'est la seule chaîne captée sur la Côte d'Azur car pour l'instant, la R.T.F. n'a pas encore mis en service son émetteur puissant, en construction sur le massif de l'Etoile dominant Marseille. Le cité phocéenne se contente pour l'instant, nous l'avons vu précédemment, d'un petit émetteur provisoire installé sur la tour de béton du Parc Chanot. De toute façon, il faudra un autre émetteur régional dans le massif de l'Estérel pour arroser la Côte d'Azur, et peut-être même des "satellites", nom attribué par la R.T.F. aux relais de faible puissance. On sait d'ores et déjà qu'il en faudra un à Toulon. Il sera érigé sur le cap Sicié, qui jouxte ce grand port militaire de la Méditerranée.

De l'autre côté, en Italie toute proche, la R.A.I. vient enfin d'inaugurer l'année précédente son
"Programma Nazionale" (Programme National) en 625 lignes "européen" à la norme B, mais avec ses propres canaux dont les fréquences vidéo et audio sont espacées de 6 MHz au lieu de 5,5 MHz.

Elle déploie rapidement ses émetteurs le long de la péninsule. Toutefois celui de Portofino, arrosant Gênes et sa région depuis peu, est trop loin pour toucher la Côte d'Azur, masquée par la
"Riviera" italienne entre Imperia et San Remo. TMC règne donc en maître de Menton jusqu'à.... surprise, les quartiers les plus hauts de Marseille ainsi que le nord de la Corse :

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Monticello (Haute-Corse)
Au côté des antennes des canaux F2-V et 47-H de l'ORTF Serra di Pigno,
un râteau 9 éléments orienté vers le Mont-Agel reçoit TMC sur le F10-H.
Document © Google Street View


Son émetteur d'une puissance apparente rayonnée de 50 kW est situé sur le Mont-Agel qui domine la Principauté de ses 1148 mètres. Il n'est pas en territoire monégasque, mais grâce à l'accord dont bénéficie déjà Radio Monte-Carlo depuis sa création pendant la guerre, et dont les émetteurs ondes moyennes et courtes sont installés sur un terrain militaire appartenant à l'Armée de l'Air française, une antenne panneau géante orientée vers l'est de la Côte d'Azur est érigée au côté d'un bâtiment ultra-moderne hébergeant les installations techniques :


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A l'intention de ses annonceurs potentiels non francophones,
TMC avait réalisé en 1957 un petit film présentant la station.
On y voit les installations techniques du Mont-Agel, la zone
de réception, et l'inauguration par le Prince Rainier en 1954.

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Document © T.M.C.
Source originale de la vidéo : J.M.I.


Pour être reçue sans problème par les téléviseurs français, la chaîne monégasque a choisi les mêmes caractéristiques techniques : elle émet sur le canal F10 en 819 lignes norme E, comme la R.T.F. et, comme à Marseille, les antennes sont en polarisation horizontale. La mire de réglage qui précède les programmes ressemble d'ailleurs beaucoup à celle de la Télévision Française :

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Ici, pas de logo austère de la R.T.F., mais celui ensoleillé de Télé Monte-Carlo.
Au centre de la mire, le Palais du Rocher remplace le Cheval de Marly.



Document © T.M.C.

Dans son édition de 1955, le très documenté et très fiable World Radio Television Handbook du Danois Jens M. Frost indique que la station émet sur le canal F2 de façon expérimentale, également avec une puissance apparente rayonnée de 50 KW. Le but est clair : dans certaines parties encaissées de la Côte et dans des vallées de l'intérieur des terres, les fréquences plus basses de la bande I devraient épouser plus facilement les contours du relief et être un peu mieux reçues que celles de la bande III.

Toutefois, cet émetteur en bande I, rapatrié de la Sarre après l'arrêt de Telesaar (voir ici) ne donnera apparemment pas les résultats escomptés. Qui plus est, il n'est pas prévu par les accords internationaux et la R.A.I. italienne se plaint d'interférences avec ses émetteurs, tandis que la R.T.F. apprécie peu cette entorse qui risque de brouiller les émissions de son futur émetteur de Bastia (Serra di Pigno) sur ce même canal F2 sur la côte nord de la Corse, même si la polarisation est différente. Par ailleurs, pendant longtemps les deux émetteurs d'Ajaccio et de Bastia fonctionneront à puissance très réduite (50 watts, au lieu de 500 à partir de 1960), les rendant très vulnérables aux interférences.


Il est par ailleurs surprenant que Télé Monte-Carlo n'ait jamais tenté d'augmenter ses 50 kW de puissance apparente rayonnée, alors que la R.T.F. en avait des bien plus grandes : 150 kW à Brest Roc Trédudon, 180 kW à la Tour Eiffel, 200 kW à Bourges Neuvy, Lille Bouvigny, Mulhouse Belvédère, Marseille Grande-Etoile... et même 450 kW à Rennes St-Pern. Mais il en sera de même avec Télé-Luxembourg à Dudelange, qui devra se contenter de 100 kW, puissance un peu juste pour sa réception à Reims, Epinal ou Namur. Peut-être parce qu'au niveau international, les puissances des émetteurs luxembourgeois et monégasque ont été réduites proportionnellement à la faible superficie de leurs territoires nationaux
.


Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 14:15:35
T Toinette
Bonsoir, est ce qu'un expert peux me montrer la photo du premier antenne de Gex Mont Rond?
O Olivier13
Bonne Année et Bonne Santé à Tous, et notamment à Colorix !

Heureux de lire les nouveaux messages toujours aussi intéressants, Olivier
B BAISIN
Meilleurs voeux à tous et bonne santé. Merci pour cet exposé sur la saga de TMC
C Colorix
Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : la Côte d'Azur

1) Le Mont-Agel - Télé Monte-Carlo (suite)



L'année 1956 est importante pour Télé Monte-Carlo qui, avec l'aide technique de la R.T.F. (en train de construire sa station du Pic de l'Ours qui débutera ses émissions le 1er août), sera chargée de retransmettre en Eurovision le mariage du Prince Rainier III avec la célèbre actrice américaine Grace Kelly dans la Salle du Trône du Palais, puis dans la Cathédrale de Monaco :


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Montage "maison" des deux interventions de Jacqueline Caurat,
puis de la couverture des mariages civil et religieux de Rainier et
Grace de Monaco les 18 et 19 avril 1956 par
TMC, aidée par la RTF

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Documents © I.N.A.


Avec le développement de la couleur dans les années 70, Télé Monte Carlo, devenue TMC, préparera sa mutation en introduisant des émissions en 625 lignes SECAM dans ses programmes à partir du 24 décembre 1973 :

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Lundi 24 décembre 1973 : TMC introduit la couleur dans une partie de ses programmes.
Document © Le Figaro (1973)




Les téléviseurs français monostandard, en plus des canaux UHF prévus pour la norme L SECAM, ne sont équipés à cette date que des canaux VHF prévus pour le 819 lignes français, à l'exception du canal E7 de Télé-Luxembourg : celui-ci (image 189,25 MHz - son 194.75 MHz) pourrait tout à fait être utilisé car il recouvre la même bande de fréquences que le F10 (image 199,77 MHz - son 188,55 MHz) mais, pour on ne sait quelle raison TMC préfère ne rien changer. La chaîne continuera donc d'utiliser le canal F10H , en 625 lignes couleurs, ce qui en fait une exception technique (la Première Chaîne ORTF fait néanmoins des essais de mires en 625 lignes SECAM les mardi matins en relayant la Deux).

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Février 1975 : TMC passe en 625 lignes couleur mais
toujours sur son canal F10 prévu pour le 819 lignes
Document © Le Figaro (1974)



Pour faciliter la réception dans les environs du Mont-Agel, un second émetteur est mis en service en parallèle, à la norme L SECAM comme la 2ème chaîne ORTF, sur le canal 30 UHF avec une P.A.R. de 500 kW. Mais sa zone de réception est bien plus réduite que celle du canal F10. Il faudra attendre les années 80, avec la mise au point des nouveaux canaux VHF en norme L' (utilisés par Canal Plus) pour que ce F10 soit remplacé par le nouveau canal L08. Toutefois, les anciens téléviseurs ne pourront pas le capter correctement car la porteuse audio se retrouve de l'autre côté de la porteuse vidéo (canaux "infradyne" et "supradyne", une exclusivité française...) : on retrouve le son sur un canal, et l'image sur un autre, ce qui n'est pas sans poser problème pour les téléspectateurs hors de portée du canal 30, seul recours pour les anciens récepteurs qui ne pouvaient être adaptés au L08.

Entre temps, la guerre des systèmes couleurs fait rage en Italie, qui n'a pas encore choisi le sien. Dans le nord et l'est de la "botte", le PAL domine avec les émissions en italien de la TV Suisse (T.S.I.) et surtout "TeleCapodistria", installée en Slovénie dans la Yougoslavie de Tito, qui a passé des accords économiques avec les Allemands de l'Ouest : officiellement, cette chaîne en italien est destinée aux minorités italophones de Slovénie, mais en fait elle émet des programmes très attractifs (sports, films, émissions jeunesse etc) vers Trieste, Venise, puis rapidement vers le reste de l'Italie grâce à des réémetteurs privés, tolérés par le gouvernement à cause d'un vide juridique.

En 1971, pour défendre le
SECAM, les industriels français ont voulu faire relayer TMC vers l'Italie grâce à un émetteur-relais hébergé par l'ORTF dans son centre de Bastia Serra di Pigno, capté jusqu'à Rome :


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La guerre des procédés couleur en Italie racontée par L'Express. Elle sera gagnée
sans difficulté par le
PAL allemand, le président français Georges Pompidou,
accroché à son monopole, ayant refusé d'autoriser
TMC à émettre en SECAM
en italien depuis l'émetteur ORTF de Bastia bien reçu à Rome et dans sa région.

Document © L'Express (1971)



Le président Pompidou, ardent défenseur du monopole de l'ORTF qu'il appelle "La Voix de la France", s'y est opposé obstinément, pressé par les dirigeants de l'Office anxieux de voir une chaîne privée venir sur leurs terres. TMC devra continuer de se contenter de son bassin d'audience trop limité, ce qui lui crée bien des soucis côté ressources publicitaires, la chaîne perdant beaucoup d'argent.

En parallèle, avec le soutien discret du ministre des Finances de l'époque, Valéry Giscard d'Estaing, un mystérieux projet
"Canal 10" est constitué dans l'ombre par des financiers et des publicitaires autour de Jean Frydman, directeur de TMC.

La chaîne a pour actionnaire majoritaire la société Images et Son, propriétaire de Europe n°1 et dépossédée de sa première station de télévision Télésaar après le retour de la Sarre à l'Allemagne de l'Ouest en 1958. Leur but : utiliser dans les deux-tiers Sud de la France, jusqu'à Paris, l'un des réseaux nationaux UHF attribués à la France par le plan de Stockholm, pour lancer une chaîne privée en concurrence avec l'ORTF, en développant Télé Monte-Carlo qui servirait de cheville ouvrière à ce montage. Pour éviter un affrontement direct avec la CLT (Compagnie Luxembourgeoise de Télédiffusion) propriétaire de RTL et de Télé-Luxembourg, le nord de la France ne serait pas compris dans ce projet. Mais l'attachement profond du président Pompidou au monopole y mettra fin et pour couper court à toute récidive, le premier ministre Jacques Chaban-Delmas poussera l'ORTF à mettre en service le plus vite possible une 3ème chaîne. Celle-ci débutera ses émissions dès le 31 décembre 1972.

Quant à l'Italie, selon le même principe que les Yougoslaves, Monaco installera au Mont-Agel un petit émetteur UHF sur le canal 35, en norme G
SECAM avec une PAR de 50kW, qui sera relayé lui aussi par des réémetteurs privés dans la péninsule italienne. Officiellement créée pour la communauté italophone monégasque, "Telemontecarlo" émettra ainsi de 1974 à 2001, mais l'Italie choisira en définitive le système allemand PAL en 1976. Jusqu'à cette date, lorsque la RAI reprenait des émissions étrangères initialement en couleurs, elle supprimait le codage PAL ou SECAM avant de les relayer, en noir et blanc, sur ses chaînes !

Les années 80 apportent un peu d'oxygène à
TMC : alors que sa convention initiale avec la France lui interdisait tout relais dans l'hexagone, la nouvelle Loi de 1982 sur l'audiovisuel permet à des chaînes étrangères d'être relayées sur tout ou partie du territoire français.Le président Mitterrand et le Prince Rainier signent alors une nouvelle convention attribuant à TMC des relais en 625 lignes UHF norme L SECAM, pouvant être reçus par tout téléviseur ancien comme récent, dans les agglomérations de Toulon, Hyères, Marseille et Avignon. Elle est même reçue à Montpellier, triplant ainsi son bassin d'audience et surtout ses recettes publicitaires.

L'arrivée des chaînes privées françaises qui se profilent à l'horizon (
Canal Plus en 1984, La Cinq et TV6 en 1985) assombrit encore plus l'avenir de TMC. Nous n'entrerons pas ici dans les nombreuses incertitudes qui marqueront la chaîne au gré de ses passages dans les mains des divers groupes financiers qui se succéderont à la tête des 80% de son capital au côté du Prince de Monaco, qui n'en détient que 20% et ne pourra donc en maîtriser les prises de contrôle successives.
Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 14:25:28
C Colorix
Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : la Côte d'Azur

1) Le Mont-Agel - Télé Monte-Carlo (fin)


Pendant quelque temps, en attendant que des fréquences soient disponibles et que son réseau soit construit par T.D.F. (Télé Diffusion de France), M6 sera relayée en journée par TMC. La chaîne en fera de même quelque temps plus tard avec la musicale MCM (Monte-Carlo Musique, qui deviendra Ma Chaîne Musicale). Ces divers accords permettent à la fois à la chaine monégasque d'être présente en journée à l'antenne, tout en percevant quelques deniers en rémunération de ces relais, mais cela ne durera pas.

Pourtant,
TMC bénéficie de la diffusion depuis le début des années 80 sur les divers réseaux câblés en développement, mais leurs audiences sont encore trop confidentielles. Elle passe sur le satellite, d'abord en clair, puis en crypté dans le bouquet payant CanalSatellite à partir de 1996 :

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Annonce de l'arrêt de la diffusion en clair sur Télécom 2B
à cause du passage de TMC dans le bouquet CanalSatellite

(enregistrement original VHS)
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Document © T.M.C.


Toutefois la chaîne a du mal à gagner en audience, face à la concurrence des
autres chaînes, toujours plus nombreuses,du bouquet satellitaire. Sa programmation mêle quelques programmes produits localement à Monaco (jeux talk-shows) avec des films, téléfilms et séries principalement destinés à un public un peu "senior". En 2004, alors qu'elle s'apprête à fêter ses 50 ans, la chaîne est retenue par le C.S.A. français dans le cadre des premiers appels à candidatures de la T.N.T. (Télévision Numérique Terrestre) appelée à remplacer les réseaux analogiques devenus obsolètes et énergivores. Clin d'oeil au numéro du canal de son passé, elle obtient symboliquement la position 10 dans la liste des nouvelles chaînes françaises :



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Bande-annonce de présentation de TMC diffusée sur son émetteur
de la Tour Eiffel avant le début officiel de la TNT le 31 mars 2005,
avec évocation des 50 ans d'existence de la chaîne. Durée 8'15.

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Document © T.M.C.


Toutefois son actionnaire majoritaire, le groupe Pathé qui a déposé cette candidature, après avoir tenté de redonner un certain lustre à TMC avec des émissions de plateau réalisées à Paris comme à Monaco, décide de se désengager du capital en vendant ses parts à TF1 associée au Groupe AB, propriétaire de catalogues de films, producteur de séries low-cost (Hélène et les Garçons, Salut les Musclés etc) et propriétaire de RTL9 (ex-Télé Luxembourg) et du bouquet satellitaire Bis-TV.

Pour ces deux co-actionnaires, le but est de faire de l'argent avec l'ouverture de la publicité à la grande distribution en associant les chaînes TMC et NT1 à la régie publicitaire de la Une. TF1 devra attendre début 2015 pour le faire, après avoir racheté ses parts au Groupe AB dans les deux chaînes TMC et NT1. Le groupe a aussi désormais le droit de faire reprendre par ces chaînes des émissions initialement diffusées sur TF1, ce qui lui était interdit auparavant. Toutefois, depuis longtemps la grille de programmes de TMC avait été totalement reprise en main en vue de l'aligner sur les cibles d'audience et publicitaires de la Une : exit les "vieilleries" que sont "Les Brigades du Tigre", "Miss Marple" de la BBC et "Arsène Lupin" et les films des années 70-80, place aux séries américaines plus récentes, même si elles ont déjà été largement diffusées sur TF1, et aux téléfilms type "Joséphine ange gardien" ou "Soeur Thérèse.com" produits par la Une, en attendant de pouvoir rediffuser les grandes soirées de divertissement de la chaîne peu après leur première diffusion.

Etant désormais, enfin, diffusée dans toute la France sur le réseau de la TNT dans les années 2010, TMC
n'a plus besoin des sites d'émission analogiques du Mont-Agel, de Toulon, Marseille, Avignon et Nîmes. L'émetteur VHF de 50 kW est définitivement éteint dans la foulée de ceux de Canal Plus. Celui sur le canal 30 et les relais UHF locaux suivront en 2011. La convention liant la Principauté de Monaco et le Ministère Français de la Défense pour l'utilisation des terrains militaires du Mont-Agel est dénoncée la même année. La grande antenne panneau n'est plus qu'un symbole du passé, un passé de plus de cinquante ans de télévision en Principauté de Monaco, sur la Côte d'Azur et la côte nord de la Corse. Son support continue de servir à la diffusion de quelques radios locales FM uniquement destinées au "Rocher".

Curieuse coïncidence et peut-être un symbole : la petite chaîne analogique du Sud a, si l'on peut dire, disparu avec son passage sur le numérique national le 31 mars 2005.

Une semaine plus tard, celui qui lui avait donné la vie, le Prince Rainier, s'éteignait à Monaco.
C'était le 6 avril 2005...



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Capture d'écran - Document © T.M.C.



Suite : 2) L'émetteur du Pic de l'Ours - cliquer ici
Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 14:31:30
B BAISIN
Entre 1985, et 1993, le signal de TMC était transporté par un " bus" DTRN, à travers la France, à la manière d' un train, transportant aussi RTL TV, la ZDF, la BBC1, et qui avait des dessertes dans chaque réseau plan Câble. Les Suisses Romands, s' étaient connectés à ce bus DTRN, via la Dole, pour distribuer ces chaines, par liaisons spéciales( LAC/GAZ), sur les réseaux câblés Romands. Une sorte de " backbone".
K kiki37
Le Mont Agel
ci-dessous, panonceau identifiant le nouvel émetteur de télévision érigé par Monte-Carlo

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sa situation:

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L'émetteur de nos jours ► http://tvignaud.pagesperso-orange.fr/galerie/tv-fm/06mt-agel.htm

retour dans les années 50/60:
En janvier 1959, interview du général Leschi, directeur des services techniques de la R.T.F.:

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Interview recueillie pour " Le Monde " par Janick Arbois

J'ai retrouvé un autre article dans la revue "Télévision" n°114 de juin 1961 faisant état de curieux essais:

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à revoir ICI ce qui était prévu pour le sud-est en 1955
Édité par kiki37 le 05/02/2018 à 19:30:50 — Raison : précision sur la source de l'interview et ajout d'article côte d'azurr
C Colorix
BAISIN a écrit Entre 1985, et 1993, le signal de TMC était transporté par un " bus" DTRN, à travers la France, à la manière d' un train, transportant aussi RTL TV, la ZDF, la BBC1, et qui avait des dessertes dans chaque réseau plan Câble. (...).


Oui BAISIN ! Je me souviens fort bien de ce "bus" qui était en effet le principal fournisseur de "nouveaux" programmes pour les réseaux câblés à peine naissants. Je revois encore le journal régional de Londres sur BBC-1 sur le mur d'images d'une expo organisée par la "Direction opérationnelle des Télécom" vers 1987, et je regrettais vraiment de ne pouvoir m'y abonner, résidant hors de Nantes... mais BBC-1 ne resta pas longtemps sur ce "bus", si je me souviens bien elle fut remplacée par une autre chaîne de langue anglaise, je ne sais plus bien laquelle... BBC Prime, je crois..

Les gens de la "D.O.T." m'avaient expliqué qu'on l'appelait le "bus" parce qu'il faisait tout le tour de la France en "embarquant" les chaînes étrangères dans les régions où elles étaient captables en hertzien : BBC-1 à Boulogne, TVE-1 dans le Sud-Ouest, la RAI-1 et TMC dans le Sud-Est, RTL et la ZDF dans le Nord-Est... pour les fournir aux divers réseaux câblés se trouvant sur son passage.


kiki37 a écrit (...) retour dans les années 50/60:
En janvier 1959, interview du général Leschi, directeur des services techniques de la R.T.F. (...)


Merci Kiki37,

J'ignorais que la R.T.F. avait des vues sur les installations de T.M.C.
En fait c'est l'Etat lui-même, par le biais de la SOFIRAD (Société Financière de Radiodiffusion, qui contrôlera plus tard RMC), qui a racheté la majorité des actions de la société gérant
T.M.C..
.
L'entrefilet ci-dessous de Radio-cinéma-Télévision était donc vrai quant à la reprise de la chaîne, mais erroné quant à son actionnaire :

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Document © Télérama (1958)


Tu ne cites pas la revue à laquelle le vieux Leschi a donné cette interview, mais ce dont je me souvenais bien, c'est d'avoir lu dans des vieux "Radio-Cinéma Télévision" (ancêtre de Télérama, vendu dans les églises, oui!) qui évoquait les deux réémetteurs "pirates" construits par les vendeurs de téléviseurs de Nice et Menton, furieux que la
R.T.F. ne fasse rien pour les quartiers bas de leurs villes, incapables de recevoir ses émissions.

Je viens de remettre la main dessus, parmi des dizaines de photocopies d'articles de "R.C.T." de cette époque trouvés par un copain dans un grenier, et qui me les avait rapportés en se disant que ça pourrait m'intéresser ! Ils étaient si abîmés que j'en ai fait des photocopies, hélas pas très bonnes car le matériel n'était pas aussi performant il y a 30 ans... Quant aux originaux, ils sont très, très fatigués et le papier se désagrège parfois en les manipulant.


Je viens également de retrouver un article du 24 mai 1953 annonçant l'arrivée de l'émetteur allemand qui a permis aux Alsaciens de regarder le Couronnement, vous le trouverez inséré dans le message #7 (
cliquer ici) en première page de ce fil de discussion. Très chauvin, cet article défend ardemment la R.T.F. alors que celle-ci brille par son absence face à la concurrence d'outre-Rhin !

Quant aux Corses, le vieux Leschi avait beau jeu de dire que s'ils voulaient la télévision ils pouvaient pour le moment regarder l'Italie tout en payant la redevance pour la R.T.F. qu'ils ne captaient pas ! C'était tout bénef' pour lui avec les taxes sur les ventes de postes et sur la redevance perçue même hors de portée des émetteurs français ! N'empêche, la
R.T.F. a bien fini par mettre en service deux petits relais de 50 Watts sur les villes d'Ajaccio puis de Bastia pour éviter que leurs habitants s'achètent des postes 625 lignes qui ne pourraient plus, comme en Alsace, capter ensuite la R.T.F. Celle-ci ne mettra que tardivement ses deux émetteurs définitifs de 500 Watts. Nous en reparlerons dans la prochaine étape du "Tour de France" consacré à la Côte d'Azur et à la Corse.

Amitiés,
Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 14:34:05
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Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : la Côte d'Azur

2) Le Pic de l'Ours

Nous l'avons vu précédemment, l'émetteur mis en place par la R.T.F. sur le massif de l'Étoile ne permettait de couvrir que la région d'Aix-Marseille-Avignon, avec aussi des réceptions acceptables vers Nîmes et Montpellier et, de façon plus aléatoire, dans l'Est du département de l'Aude et dans les hauteurs des Pyrénées-Orientales. Il fallait pour ce faire, de grandes antennes captant le canal F8-H par-dessus le Golfe du Lion.

Plus d'un habitant de la zone privée de télévision lors de l'effondrement de l'antenne du Pic de Nore à la suite d'une violente tempête en 1976, tenta de se brancher alors sur la Grande-Étoile en achetant des antennes longue distance et des préamplis, avant d'aller jouer les équilibristes sur leurs toits...
Certains obtinrent d'ailleurs des résultats très acceptables, et restèrent orientés sur Marseille même après la reconstruction du Pic de Nore.

Par contre, vers l'Est, les premiers contreforts de l'Estérel empêchaient les ondes marseillaises d'atteindre la Côte d'Azur, où régnait en maître la télé commerciale du prince Rainier depuis novembre 1954, seule chaîne reçue le long de la "Riviera"..

Pourtant, dès 1953 la R.T.F. avait lancé des études en vue d'installer un émetteur relais d'assez forte puissance pour couvrir la majeure partie de la Côte d'Azur.

Le choix se porta sur le Pic de l'Ours, dominant Saint-Raphaël, mais les conditions d'accès étaient acrobatiques, il n'y avait aucune route menant à son sommet.

A l'occasion de l'ouverture de l'émetteur le 9 décembre 1956, l'hebdomadaire de programmes "Radio Télévision 57" du 24 février 1957 revient sur l'histoire de sa construction, avec des illustrations montrant comment les ancêtres de nos techniciens actuels vivaient des expériences éprouvantes pour étudier puis mettre en œuvre la construction d'une station de montagne, même d'altitude moyenne :

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Document © Radio-Télévision 57


Les techniciens de TDF qui montent tranquillement en voiture jusqu'au sommet de nos jours, ignorent certainement le seul moyen de transport utilisable par leurs aînés pour monter le matériel et le "barda" indispensable pour rester sur place :

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Et encore... certains transports se faisaient également à dos d'homme.
Document © Radio-Télévision 57


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La vie "à la dure" pour les techniciens de la R.T.F.
Noter le panneau
"R.T.F. TV" cloué sur l'arbre, comme
si l'on risquait de les manquer sur ce sommet désert !

Document © Radio-Télévision 57

Alors que sur terrain plat on recourait habituellement à un ballon supportant une antenne, ici la hauteur du Pic permettait d'utiliser au sol un aérien rudimentaire. Comme vous le voyez, les premiers essais furent faits en polarisation horizontale, comme pour Marseille et TMC, mais finalement la polarisation verticale a dû donner des résultats plus probants dans le relief montagneux entourant le Pic de l'Ours :

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Document © Radio-Télévision 57


La construction du Pic de l'Ours permettait, non seulement aux téléspectateurs de la "Côte"
de recevoir enfin les émissions de Paris, mais aussi à Télé-Monte-Carlo d'accéder au réseau de l'Eurovision dont elle était membre de droit en tant que concessionnaire du service public de télévision monégasque.

Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 14:42:42
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Fin 1956, après plusieurs mois de travail et la construction d'une route, une mince tour de béton supportant l'antenne du canal F6-V permettait à l'émetteur de 3 kW de couvrir la majeure partie de la Côte d'Azur :

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Document © Delcampe.net

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Document © Delcampe.net

A l'automne 1964, le Pic de l'Ours était l'un des premiers émetteurs de province à accueillir la Deuxième Chaîne du tout nouvel ORTF, avec un émetteur UHF de 20 kW crête-image (soit 500 kW de PAR) sur le canal 28-H grâce à une deuxième antenne installée au-dessus de la première :

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Document © Delcampe.net


Néanmoins, le Pic de l'Ours ne suffisait pas à lui seul pour couvrir la totalité des grandes agglomérations côtières : certains quartiers encaissés de Nice, Menton, Toulon et Hyères étaient incapables de capter ses émissions.


Dès les premiers mois de son existence, des commerçants de Nice et Menton, s'agaçaient de ne pouvoir vendre des téléviseurs à des clients qui souhaitaient en acheter, mais se trouvaient dans des zones d'ombre.


Ils décidèrent de construire eux-mêmes deux "relais pirates" (évoqués dans le premier article de "Radio Télévision 57" plus haut, et surtout dans celui ci-dessous publié par "Radio-Cinéma Télévision") mais la R.T.F. demandait leur destruction, le matériel n'étant pas agréé et les installations risquant, selon ses services, de créer des interférences, notamment avec l'Italie toute proche.


Devant le tollé général provoqué par cette décision, l'administration faisait machine arrière et décidait d'incorporer le "relais-pirate" du Mont-Alban, à Nice, dans son réseau. Par contre, celui de Menton, sur le Cap Martin, posait problème. Il dut cesser d'émettre et fut remplacé quelques semaines plus tard par du matériel conforme aux normes de la R.T.F., qui retint d'ailleurs également ce site pour son propre réémetteur.

Quant à Toulon et Hyères, ce furent également sur des caps que la R.T.F. installa ses émetteurs locaux : le premier sur le cap Sicié sur le canal F11-H et le second sur le cap Bénat, en bande I sur le canal F4-V. Ces emplacements permettaient ainsi de rayonner plus facilement vers les parties encaissées de cette côte au relief très marqué.


Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 14:46:30
C Colorix

Les "relais-pirates" étaient, dès les débuts du réseau, déjà fréquents en province, notamment dans les régions montagneuses ou encaissées comme dans les Alpes, en Auvergne ou... sur la Côte d'Azur.

Témoin ce reportage de l'ancêtre de
Télérama, "Radio-Cinéma-Télévision" en février 1958, qui évoque notamment ceux de Nice et Menton :


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Document © Télérama (1958)


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Document © Télérama (1958)
Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 14:51:07
C Colorix
En mai-juin 1961, la revue "ANTENNE INFORMATIONS" n°16, revue professionnelle de la société PORTENSEIGNE, présentait un reportage consacré à la réception à longue distance de la télévision en milieu montagneux dans les Alpes-Maritimes.

Grâce à la gentillesse de kiki37 qui l'a retrouvé dans sa précieuse collection personnelle et me l'a communiqué, voici ce reportage particulièrement intéressant, qui nous montre que la zone de réception du Pic de l'Ours pouvait être plus importante que prévue par les techniciens de la R.T.F. :


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La carte montrant les divers essais de réception effectués au Mont Fao


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On peut saluer le courage et la ténacité de M. Botton et de ses coéquipiers qui, non contents
de grimper durant 3 heures vers le haut du Mont-Fao, ont tiré un câble d'alimentation
électrique sur tout le trajet, tout en hissant un pesant téléviseur et d'encombrantes antennes.




Source : revue ANTENNES-INFORMATIONS n°16 (mai-juin 1961) de la société PORTENSEIGNE.
Collection privée de kiki37, un grand merci à lui !


Pour retrouver tous les sujets précédents de cette étape "Sud-Est" regroupés dans l'ordre logique et chronologique (Marseille, TMC, Côte d'Azur, Corse) cliquer ici
Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 14:58:07
M marceljack
Colorix a écrit ... Si l'on prend une règle de 3 entre les 625 lignes, leurs 5 MHz en norme B ou C, et 819 lignes, on obtient d'ailleurs : 5 / 625 x 819 = 6,55 MHz de largeur de bande vidéo proportionnelle. Cela ne fait jamais qu'un demi-mégahertz de plus qu'avec la norme L, donc je ne pense pas que la qualité vidéo s'en soit beaucoup ressentie avec cette dernière.
Bonjour Colorix, heureux de vous relire et tous mes voeux de meilleure santé pour cette nouvelle année.
Il est vrai que beaucoup de téléviseurs 819 lignes ne passaient pas la bande video de 10 MHz, ce qui réduisait la différence de qualité perçue avec les émissions luxembourgeoises ou belges (surtout à longue distance où la réduction de bande passante réduisait aussi le bruit).
Cependant votre règle de 3 suppose une résolution horizontale identique en 819 et 625 lignes, alors qu'elle doit être idéalement proportionnelle à la résolution verticale, c'est donc le ratio 819/625 au carré qu'il faudrait appliquer.
Le rapport (819/625)² vaut environ 1,72, c'est donc une bande passante de 8,58 MHz en 819 lignes qui donnerait un rapport résolution horizontale / résolution verticale équivalentest à celui que donnent les 5 MHz du 625 lignes en norme B/G .
Les 10 MHz du standard 819 lignes français sont à peu près équivalents aux 6 MHz du 625 lignes en norme L de ce point de vue.
Édité par marceljack le 07/01/2016 à 18:59:34
C Colorix
Bonsoir et merci cher Marceljack pour vos gentils voeux et pour ces précisions que je suis bien incapable de calculer (voir ma réponse à kiki37 ici !) car ma nullité en maths a toujours été proverbiale !

Mon rêve étant jeune, était d'aller travailler dans les centre émetteurs de la "Régie de diffusion" de l'ORTF (qui allait devenir ensuite TDF). Hélas, malgré même des cours de maths particuliers chaque jeudi après-midi au lieu d'aller au cinéma, j'y étais totalement imperméable. Pas moyen de calculer correctement la plus simple des équations ! Le prof avait fini par dire aux parents qu'il ne voulait pas abuser de leur confiance, que mon cas était désespéré...

De toute façon, un autre problème se serait posé pour travailler sur les émetteurs et leur pylône. J'ai toujours été sujet au vertige, même sur le haut du tronc d'un gros saule. Alors... adieu la "Régie de diffusion" et ses émetteurs !

Merci en tout cas pour tes explications qui, comme dans plusieurs autres forums où je t'ai également lu, sont toujours aussi passionnantes !
Édité par Colorix le 07/01/2016 à 22:04:12
B BAISIN
Donc, les Corses recevaient déjà la RAI depuis Livorno, en 625 lignes CCIR, bien avant la mise en activation de Serra Pigno, AntiSanti, et Coti Chiavari en norme E 819 lignes en VHF Bande I VHF pour Serra Pigno, et Coti Chiavari.
M mw963
Je n'ai remarqué jusqu’à ce matin le retour de Colorix a ce discussion, et je me joins a ceux qui ont déjà l'accueillir avec de la joie pour cet renaissance de notre sujet préféré!

Donc j’espère que nous pourrons continuer notre pèlerinage autour de l'Hexagone et ces émetteurs.

Merci a tous!


Ça n'a rien a voir avec la télévision française mais peut être certains parmi vous ont remarqué notre petit désastre au R.U. a Start Point....

http://tx.mb21.co.uk/gallery/gallerypage.php?txid=1474&pageid=2414

http://tx.mb21.co.uk/gallery/gallerypage.php?txid=1474&pageid=2419
C Colorix
Cher Martin,

Avec retard... merci beaucoup pour tes gentilles paroles ci-dessus !
J'en profite pour te souhaiter ainsi qu'à ta famille une excellente année 2016 ("Happy New Year Everybody !")

Celle-ci semble toutefois avoir mal débuté pour ce pauvre pylône de Start Point, station que j'écoutais énormément sur le 1053 kHz de Radio 1 dans les années 78-80 : celle-ci avec 100 kW seulement, arrivait pas trop mal sur un vieux poste à lampes dont j'avais optimisé la sensibilité du condensateur variable sur cette fréquence. Et pourtant les ondes devaient traverser toute la Bretagne de Saint-Malo jusqu'à notre bourg près de Nantes. Par contre le 693 kHz (mw693 !) de Radio 2, avec 50 kW seulement, n'y parvenait pas, il y avait trop de souffle, même en bricolant le CV comme indiqué.

J'avais même, pour mieux écouter tous ces chanteurs anglo-saxons encore inconnus chez nous à cette époque (j'ai découvert Madonna sur Radio 1, je devais être le seul en Loire-atlantique !), relié mon vieux poste à un mini-émetteur FM de 300 mW qui couvrait une large partie du bourg, pour la plus grande joie de mes copains, saturés de Dalida, Gérard Lenorman et autres Stone et Charden qui régnaient en maîtres sur les radios et télés hexagonales.

J'ai lu sur cette page de mb21, le site auquel tu collabores, que Talksport UK a préféré renoncer à cet émetteur au profit d'émetteurs voisins moins puissants. Malheureusement, le 693 kHz de BBC Radio 5 Live n'ayant toujours que 50 kW, passe toujours faiblement, même après la fermeture du 711 kHz de Rennes. Alors je fais comme pour France-Info maintenant dans ma cuisine, j'utilise un vieux martphone en wifi pour les écouter. Cela n'a pas le même son et donc pas le même charme que ces bonnes vieilles "Medium Waves" de notre jeunesse...
Édité par Colorix le 27/01/2016 à 14:22:35
M mw963
Oui, a cette époque Radio 1 n'était pas mauvais. (Et c'est moi qui a écrit l'histoire de Start Point sur mb21....).

J'attendrai la prochaine épisode de ton histoire des émetterus francaises de 819 lignes avec impatience Colorix....
C Colorix
mw963 a écrit Oui, a cette époque Radio 1 n'était pas mauvais. (Et c'est moi qui a écrit l'histoire de Start Point sur mb21....).


J'entends encore les jingles du genre "Tonyyyy Blackbuuuuurn !" Ah là là ! Toute une époque...

J'avais également "tripatouillé" mon autoradio (un Clarion, si je me souviens bien) pour qu'il capte lui aussi Radio 1
.
Et ça marchait ! Car comme tous les postes de conception américaine conçus pour capter correctement les émetteurs ondes moyennes US limités à 50 kW maximum, il avait lui aussi une excellente sensibilité. En plus, je lui avais adjoint une de ces grandes antennes de "cacou" (= jeune banlieusard frimeur, un peu "beauf", genre housses de sièges et couvre-volant en mouton!), en nylon, qui ajoutait encore plus de sensibilité... mais elle n'était guère discrète avec sa couleur rouge vif et ses deux ou trois mètres de long !

Lorsque je passais sous les lignes haute tension, le brouillage (S
!!!!!!
) était épouvantable, le signal de Start Point étant trop faible. J'en étais rendu à établir mes itinéraires en évitant soigneusement ces lignes !

Maintenant que je peux avoir toutes les radios que je veux grâce à la 3G en forfait illimité, mes goûts ont changé, je suis devenu un fan des musiques "easy listening" des années 50, dans le genre de ceci par exemple. C'est meilleur pour le coeur que toutes ces basses boum boum boum et ces rythmes infernaux actuels, comme dans les pubs de voitures.

Très intéressante d'ailleurs, ton histoire de Start Point sur mb21. Bravo et merci à toi !

Citation :J'attendrai la prochaine épisode de ton histoire des émetterus francaises de 819 lignes avec impatience Colorix....
C'est en cours, cher Martin ! Je suis sur l'émetteur provisoire d'Ajaccio (1958) mais d'abord avec l'aide de kiki37, nous allons regrouper tous ensemble les posts concernant cette vaste réqion Sud-Est qui actuellement est disséminée entre la page 4 (Marseille) et la page 30 (Côte d'Azur).

Pour éviter une nouvelle rupture de continuité, ce serait bien que personne n'aille insérer de message ou de commentaire pendant cette remise à plat du sujet, que je pense faire demain pour que Kiki puisse terminer la Corse, dont il a plus d'éléments que moi.

Merci à tous par avance de votre compréhension, ensuite vous pourrez tous vous déchaîner sur vos claviers !

Amitiés,
Édité par Colorix le 01/02/2016 à 07:21:50
B BAISIN
@J' espère vivement,@Colorix, qu' on pourra continuer sur ce sujet, l' année prochaine, en 2017, on fêtera le 50 ème anniversaire de la TV couleur analogique commerciale, en SECAM en France, et en PAL pour le reste de l' Europe.

A ce moment là, on évoquera le direct " live" des JO de Grenoble, ma ville natale.
C Colorix
Pour plus de confort, vous trouverez regroupés ci-après, dans l'ordre logique et chronologique, l'ensemble des messages concernant la région Sud-Est, qui étaient initialement disséminés un peu partout dans ce fil de discussion :

Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : la Provence

1) Marseille Grande-Etoile


Exactement un mois-et-demi après l'arrivée de la "Télévision Française" à Lyon, c'est au tour de Marseille d'en profiter, le 1er décembre 1954.

Dix jours plus tôt, le 20 novembre, certains quartiers hauts à l'Est de la ville peuvent capter (à condition d'être équipé d'une antenne suffisamment élevée et sensible) Télé Monte-Carlo diffusée sur le canal F10-H depuis le Mont-Agel dominant la Principauté de Monaco. Nous y reviendrons dans un chapitre consacré à cette chaîne qui, jusqu'en août 1956, sera la seule disponible en langue française dans une grande partie de la Côte d'Azur et du nord de la Corse, captant paradoxalement sans problème les émissions de l'Italie dont elles faisaient autrefois partie (Corse et comté de Nice notamment) !

Alors que l'installation de l'émetteur a été assez facile sur la tour de Fourvière près de la basilique en plein centre-ville de Lyon, il est impossible d'en faire de même avec l'église de Notre-Dame de la Garde dominant la cité phocéenne, site classé depuis 1917.

De toute façon la RTF a prévu d'installer un émetteur régional de grande puissance pouvant être reçu par un maximum de téléspectateurs. Celui-ci devra donc se trouver sur les hauteurs du massif de l'Etoile dominant les quartiers Nord de la ville.

C'est au sommet de la Grande-Etoile (650 mètres), au lieu-dit "Les Barres" sur la commune de Septèmes-les-Vallons, qu'est édifié le bâtiment accueillant les divers matériels nécessaires : réception du faisceau hertzien P.T.T. (qui sera prolongé plus tard par la RTF vers le Pic de l'Ours), émetteur et liaisons avec la Maison de la RTF, confortablement installée dans de vastes locaux à côté du parc Chanot, face au stade Vélodrome.

Il n'existe qu'une seule photographie ancienne de l'émetteur de la Grande-Etoile, que voici :


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L'émetteur de Marseille Grande-Etoile dans les années 50-60
A droite, le petit pylône avec les antennes du canal F8-H
Au milieu, les antennes de liaison vers le Mont-Ventoux d'une part,
et vers le Pic de l'Ours d'autre part


En fait, contrairement aux autres régions "raccordées" à Paris comme de simples relais, Marseille a, pendant quelques semaines, profité de la même autonomie que Lille à ses débuts : en attendant la mise en service de la Grande-Etoile (et son raccordement au faisceau hertzien relayant le programme national), un petit émetteur provisoire a été installé sur la tour de la Maison de la RTF, destinée à relier celle-ci à la Grande-Etoile.
Ce petit émetteur est mis en service dès le 20 septembre (donc avant les débuts de TMC) à l'occasion de l'ouverture de la 30ème Foire Internationale de Marseille au parc Chanot, et fonctionne de façon totalement autonome.

Son antenne est installée au sommet de la tour de la Maison de la RTF :


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Le "nouveau Palais" de la RTF avec sa tour
Plaquette éditée à l'occasion de la
30ème Foire Internationale de Marseille en 1954


En fait, la Chambre de Commerce de Marseille a activement participé au co-financement de l'émetteur régional en construction, et obtient en retour ce geste de la part de la RTF.

C'est ce que révèlent (et personnellement je l'ignorais) Jérôme Bourdon et Cécile Méadel dans le 1er chapitre (paragraphe "Premières constructions") de leur très intéressant ouvrage "Les écrans du Midi - Histoire d'une télévision régionale 1954-1994" (Edtions Jeanne Laffitte - Ina Publications). Une copie de travail est accessible ici ou à défaut ici.

Le rôle des Chambres de Commerce n'est d'ailleurs pas négligeable dans le cadre du développement du réseau de télévision en province, et les dirigeants de la RTF semblent l'avoir assez bien compris, en mettant en service, même avec des moyens réduits, des émetteurs à l'occasion des Foires Commerciales organisées par ces Chambres. Ce sera le cas notamment à Bourges, avec le grand émetteur de Neuvy-Deux-Clochers en 1956 (voir vidéo ici), et avec les petits émetteurs de faible puissance de Nantes Haute-Goulaine et Besançon-Brégille (voir vidéo ici) en 1957, tous trois mis en fonctionnement pendant des Foires Commerciales locales.

A cette époque où les supermarchés et le libre-service sont encore inconnus, ces manifestations attirent beaucoup de ménages intéressés par les nouveaux produits en électro-ménager (réfrigérateurs, machines à laver, aspirateurs et... téléviseurs) mais qui n'osent pas aller les voir chez les revendeurs (d'ailleurs peu nombreux) de crainte de se faire "embobiner" en achetant ce qui est encore considéré comme un luxe moins indispensable qu'un appareil ménager. Les Chambres de Commerce l'ont bien compris, qui poussent la RTF à développer son réseau pour profiter, elle aussi, de ces ventes de récepteurs grâce à la redevance TV.

Pour relayer Paris, le raccordement de la Grande-Etoile au faisceau hertzien P.T.T. Paris-Lyon est indispensable, mais la distance étant trop grande depuis le Mont-Pilat, une station-relais s'avère nécessaire. Malgré la dureté de ses hivers et la chaleur élevée en été, le choix s'arrête sur le Mont-Ventoux, qui domine Avignon de ses 1911 mètres :
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Le faisceau hertzien PTT s'arrête à la Grande-Etoile.
Il sera complété par un faisceau RTF vers le Pic de l'Ours
qui lui-même servira de relais vers les émetteurs de Corse.



2) Le relais hertzien du Mont-Ventoux


Depuis maintenant des décennies, le Ventoux, étape quasi incontournable du Tour de France, se reconnaît à sa haute tour de pierre surmontée de paraboles et de l'antenne FM et TV de ce qui est devenu un émetteur "intercalaire" du réseau.

Mais il n'en a pas été toujours de même. En 1956, les travaux débutent pour héberger au plus vite les matériels de relais :


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Chantier de construction du futur relais hertzien du Mont-Ventoux en 1956
Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 15:26:51
C Colorix
2) Le relais hertzien du Mont-Ventoux (suite)

Le premier bâtiment hébergeant les équipements de relais hertziens et leurs antennes paraboliques sera donc... en bois :

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Le relais hertzien du Mont-Ventoux mis en service en 1956


Plus tard, une tour en "dur" accueillera non seulement des matériels supplémentaires et les émetteurs "intercalaires" (radio FM et télévision UHF) couvrant les zones mal desservies par le Mont-Pilat et la Grande-Etoile, mais elle hébergera aussi, comme nous l'avons vu lors des étapes précédentes, les techniciens et leurs familles dans des logements confortables, car les hivers sont rigoureux à 1911 mètres d'altitude...

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La tour hébergeant émetteurs et logements des techniciens en 1966.
Cela n'empêche pas le premier bâtiment en bois de continuer
à assurer son service : noter les deux imposantes antennes
"à cornet" du faisceau hertzien fixées sur son toit.


Plus incroyable encore, ce vénérable bâtiment soigneusement entretenu continue de servir ! Voir ici plusieurs photos assez récentes de l'intéressant site Hertzien.fr, dont celle-ci :

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Photographie © site Hertzien.fr
Peu de différences entre la photo de 1966 et celle-ci,
et pourtant près de 50 ans les séparent !
Et les antennes "à cornet" sont toujours là...

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Prochaine étape (logique) de notre "Tour de France" des émetteurs 819 lignes, la Côte d'Azur et la Corse, qui devront attendre au mieux 1956 avant de voir arriver les images de la RTF, mais qui reçoivent déjà, pour une partie d'entre elles, celles de Télé-Monte Carlo depuis le 20 novembre 1954.
Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 15:30:14
C Colorix
Message #44 initialement posté par kiki37 le 1er septembre 2014 (extrait) :


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Le relais de Marseille Grande-étoile
Édité par Colorix le 02/02/2016 à 21:31:57
C Colorix
Message #187 initialement posté par Olivier13 le 11 janvier 2015 :

Bonjour à tous,

Je pensais être abonné à cette discussion, mais j'ai la bonne surprise de découvrir de nombreux messages depuis ma dernière participation !

Je souhaitais contribuer avec les photos ci-dessous, extraites de la revue interne TELONDE qui était publiée par la société SFR/CSF (ancêtres de Thalès) :

Les premières antennes TV de Marseille-Etoile en 1956 :

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Le même site fin 1957 pendant la construction du second pylône, qui sauf erreur de ma part serait toujours en place aujourd'hui ?

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(...)

" Envoyé par kiki37 "

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Le relais de Marseille Grande-étoile
Édité par Colorix le 03/02/2016 à 10:53:57
C Colorix
Message #198 initialement posté par Kiki37 le 13 mars 2015 :

(...) restons dans le sud-est avec cet article du n°51, février 1955, de la revue "Télévision" de E.Aisberg:

" LA TELEVISION DANS LE SUD-EST
Avec les émetteurs de Lyon, Marseille et Monte-Carlo déjà en fonctionnement, les autres prévus pour le proche avenir, le Sud-Est entre dans la grande famille des zones couvertes par les émetteurs d’images.
Bien que l'émetteur de Lyon-ville fonctionne à faible puissance et ne soit en principe destiné qu’à la couverture de la région lyonnaise, ses images sont reçues bien au delà de l'agglomération rhodanienne.
L'émetteur du Mont-Pilat sera l'émetteur à grande puissance de la région et la zone de couverture officielle est donnée par la carte que nous publions.
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La partie la plus méridionale de la vallée du Rhône sera desservie par l'émetteur à grande puissance, installé au Mont Ventoux, et dont la carte correspondante donne les limites approximatives de la portée officielle.
L'émetteur de Marseille, au sommet de l'EtoiIe, a une puissance de 20 kW et son altitude de 545 mètres lui assure un rayon de couverture de 100 km au minimum, ainsi qu’il est apparent sur la carte qui s’y rapporte.
La Côte d’Azur est également particulièrement bien desservie avec l'émetteur de Monte-Carlo actuellement en fonctionnement et l'émetteur Côte d’Azur, prévu au Pic de l’Ours, dans le Massif de l'Estérel. Dans la région proche de la frontière italienne, le problème se complique du fait que les Italiens sont en train d’installer un émetteur à 625 lignes à courte distance de la frontière. "
Édité par kiki37 le 22/05/2022 à 16:27:01
C Colorix
.
Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : la Côte d'Azur

1) Le Mont-Agel - Télé Monte-Carlo


Samedi 20 novembre 1954, S.A.S. le Prince Rainier III de Monaco inaugure officiellement "sa" station de télévision, Télé Monte-Carlo :

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Les studios et bureaux sont installés dans l'immeuble de Radio Monte-Carlo
au 16 boulevard Princesse Charlotte, en plein centre de Monaco.



A cette date, c'est la seule chaîne captée sur la Côte d'Azur car pour l'instant, la R.T.F. n'a pas encore mis en service son émetteur puissant, en construction sur le massif de l'Etoile dominant Marseille. Le cité phocéenne se contente pour l'instant, nous l'avons vu précédemment, d'un petit émetteur provisoire installé sur la tour de béton du Parc Chanot. De toute façon, il faudra un autre émetteur régional dans le massif de l'Estérel pour arroser la Côte d'Azur, et peut-être même des "satellites", nom attribué par la R.T.F. aux relais de faible puissance. On sait d'ores et déjà qu'il en faudra un à Toulon. Il sera érigé sur le cap Sicié, qui jouxte ce grand port militaire de la Méditerranée.

De l'autre côté, en Italie toute proche, la R.A.I. vient enfin d'inaugurer l'année précédente son "Programma Nazionale" (Programme National) en 625 lignes "européen" à la norme B, mais avec ses propres canaux dont les fréquences vidéo et audio sont espacées de 6 MHz au lieu de 5,5 MHz.

Elle déploie rapidement ses émetteurs le long de la péninsule. Toutefois celui de Portofino, arrosant Gênes et sa région depuis peu, est trop loin pour toucher la Côte d'Azur, masquée par la "Riviera" italienne entre Imperia et San Remo. TMC règne donc en maître de Menton jusqu'à.... surprise, les quartiers les plus hauts de Marseille ainsi que le nord de la Corse :

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Monticello (Haute-Corse)
Au côté des antennes des canaux F2-V et 47-H de l'ORTF Serra di Pigno,
un râteau 9 éléments orienté vers le Mont-Agel reçoit TMC sur le F10-H.


Son émetteur d'une puissance apparente rayonnée de 50 kW est situé sur le Mont-Agel qui domine la Principauté de ses 1148 mètres. Il n'est pas en territoire monégasque, mais grâce à l'accord dont bénéficie déjà Radio Monte-Carlo depuis sa création pendant la guerre, et dont les émetteurs ondes moyennes et courtes sont installés sur un terrain militaire appartenant à l'Armée de l'Air française, une antenne panneau géante orientée vers l'est de la Côte d'Azur est érigée au côté d'un bâtiment ultra-moderne hébergeant les installations techniques :


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A l'intention de ses annonceurs potentiels non francophones,
TMC avait réalisé en 1957 un petit film présentant la station.
On y voit les installations techniques du Mont-Agel, la zone
de réception, et l'inauguration par le Prince Rainier en 1954.


Si votre navigateur n'affiche pas la vidéo, faire un clic droit ici (choix
"Enregistrer la cible...") pour la visionner sur votre disque dur (taille 5 Mo)



Source originale de la vidéo : JMI


Pour être reçue sans problème par les téléviseurs français, la chaîne monégasque a choisi les mêmes caractéristiques techniques : elle émet sur le canal F10 en 819 lignes norme E, comme la R.T.F. et, comme à Marseille, les antennes sont en polarisation horizontale. La mire de réglage qui précède les programmes ressemble d'ailleurs beaucoup à celle de la Télévision Française :

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Ici, pas de logo austère de la R.T.F., mais celui ensoleillé de Télé Monte-Carlo.
Au centre de la mire, le Palais du Rocher remplace le Cheval de Marly.




Dans son édition de 1955, le très documenté et très fiable World Radio Television Handbook du Danois Jens M. Frost indique que la station émet sur le canal F2 de façon expérimentale, également avec une puissance apparente rayonnée de 50 KW. Le but est clair : dans certaines parties encaissées de la Côte et dans des vallées de l'intérieur des terres, les fréquences plus basses de la bande I devraient épouser plus facilement les contours du relief et être un peu mieux reçues que celles de la bande III.

Toutefois, cet émetteur en bande I ne donnera apparemment pas les résultats escomptés. Qui plus est, il n'est pas prévu par les accords internationaux et la R.T.F.apprécie peu cette entorse qui risque de brouiller les émissions de son futur émetteur de Bastia (Serra di Pigno) sur ce même canal F2 sur la côte nord de la Corse, même si la polarisation est différente. Par ailleurs, pendant longtemps les deux émetteurs d'Ajaccio et de Bastia fonctionneront à puissance très réduite (50 watts, au lieu de 500 à partir de 1960), les rendant très vulnérables aux interférences.

Il est par ailleurs surprenant que Télé Monte-Carlo n'ait jamais tenté d'augmenter ses 50 kW de puissance apparente rayonnée, alors que la R.T.F. en avait des bien plus grandes : 150 kW à Brest Roc Trédudon, 180 kW à la Tour Eiffel, 200 kW à Bourges Neuvy, Lille Bouvigny, Mulhouse Belvédère, Marseille Grande-Etoile... et même 450 kW à Rennes St-Pern. Mais il en sera de même avec Télé-Luxembourg à Dudelange, qui devra se contenter de 100 kW, puissance un peu juste pour sa réception à Reims, Epinal ou Namur.

Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 15:37:13