Bien avant la TNT... Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60

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Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : la Côte d'Azur

1) Le Mont-Agel - Télé Monte-Carlo (suite)



L'année 1956 est importante pour Télé Monte-Carlo qui, avec l'aide technique de la R.T.F. (en train de construire sa station du Pic de l'Ours qui débutera ses émissions le 1er août), sera chargée de retransmettre en Eurovision le mariage du Prince Rainier III avec la célèbre actrice américaine Grace Kelly dans la Salle du Trône du Palais, puis dans la Cathédrale de Monaco :

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Montage "maison" des deux interventions de Jacqueline Caurat,
puis de la couverture des mariages civil et religieux de Rainier et
Grace de Monaco les 18 et 19 avril 1956 par
TMC, aidée par la RTF


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Document © INA



Avec le développement de la couleur dans les années 70, Télé Monte Carlo, devenue TMC, préparera sa mutation en introduisant des émissions en 625 lignes SECAM dans ses programmes à partir du 24 décembre 1973 :

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Lundi 24 décembre 1973 : TMC introduit la couleur dans une partie de ses programmes.



Les téléviseurs français monostandard SECAM ne sont, à cette date, équipés que des canaux VHF prévus pour le 819 lignes français (à l'exception du canal E7 de Télé-Luxembourg, mais il ne peut être utilisé par TMC) et des canaux UHF prévus pour la norme L SECAM. La chaîne continue donc d'utiliser le canal F10H , en 625 lignes couleurs, ce qui en fait une exception technique (la Première Chaîne ORTF fait néanmoins des essais de mires en 625 lignes SECAM les mardi matins en relayant la Deux).

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Pour faciliter la réception dans les environs du Mont-Agel, un second émetteur est mis en service en parallèle, à la norme L SECAM comme la 2ème chaîne ORTF, sur le canal 30 UHF avec une P.A.R. de 500 kW. Mais sa zone de réception est bien plus réduite que celle du canal 10. Il faudra attendre les années 80, avec la mise au point des nouveaux canaux VHF en norme L' (utilisés par Canal Plus) pour que le F10 soit remplacé par le canal L08. Toutefois, les anciens téléviseurs ne pourront pas le capter correctement car la porteuse audio se retrouve de l'autre côté de la porteuse vidéo : on a le son sur un canal, et l'image sur un autre, ce qui n'est pas sans poser problème pour les téléspectateurs hors de portée du canal 30, seul recours pour ces anciens récepteurs...

Entre temps, la guerre des systèmes couleurs fait rage en Italie, qui n'a pas encore choisi le sien. Dans le nord et l'est de la "botte", le PAL domine avec les émissions en italien de la TV Suisse (T.S.I.) et surtout "TeleCapodistria", installée en Slovénie dans la Yougoslavie de Tito, qui a passé des accords économiques avec les Allemands de l'Ouest : officiellement, cette chaîne en italien est destinée aux minorités italophones de Slovénie, mais en fait elle émet des programmes très attractifs (sports, films, émissions jeunesse etc) vers Trieste, Venise, puis rapidement vers le reste de l'Italie grâce à des réémetteurs privés, tolérés par le gouvernement à cause d'un vide juridique.

En 1971, pour défendre le SECAM, les industriels français ont voulu faire relayer TMC vers l'Italie grâce à un émetteur-relais hébergé par l'ORTF dans son centre de Bastia Serra di Pigno, capté jusqu'à Rome :


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La guerre des procédés couleur en Italie racontée par L'Express.
Elle sera gagnée sans difficulté par le
PAL allemand, le gouvernement
français, accroché à son monopole, ayant refusé d'autoriser
TMC
à émettre en
SECAM en italien depuis l'émetteur ORTF de Bastia.




Le président Pompidou, ardent défenseur du monopole de l'ORTF qu'il appelle "La Voix de la France", s'y est opposé obstinément, pressé par les dirigeants de l'Office anxieux de voir une chaîne privée venir sur leurs terres. TMC devra continuer de se contenter de son bassin d'audience trop limité, ce qui lui crée bien des soucis côté ressources publicitaires, la chaîne perdant beaucoup d'argent.

En parallèle, avec le soutien discret du ministre des Finances de l'époque, Valéry Giscard d'Estaing, un mystérieux projet "Canal 10" est constitué dans l'ombre par des financiers et des publicitaires autour de Jean Frydman, directeur de TMC qui a pour actionnaire majoritaire la société Images et Son, propriétaire de Europe n°1. Leur but : utiliser dans les deux-tiers Sud de la France, jusqu'à Paris, l'un des réseaux nationaux UHF attribués à la France par le plan de Stockholm, pour lancer une chaîne privée en concurrence avec l'ORTF, en développant Télé Monte-Carlo qui servirait de cheville ouvrière à ce montage. Pour éviter un affrontement direct avec la CLT propriétaire de RTL et de Télé-Luxembourg, le nord de la France ne serait pas compris dans ce projet. Mais l'attachement profond du président Pompidou au monopole y mettra fin et pour couper court à toute récidive, le premier ministre Jacques Chaban-Delmas poussera l'ORTF à mettre en service le plus vite possible une 3ème chaîne. Celle-ci débutera ses émissions dès le 31 décembre 1972.

Quant à l'Italie, selon le même principe que les Yougoslaves, Monaco installera au Mont-Agel un petit émetteur UHF sur le canal 35, en norme G SECAM avec une PAR de 50kW, qui sera relayé lui aussi par des réémetteurs privés dans la péninsule italienne. Officiellement créée pour la communauté italophone monégasque, "Telemontecarlo" émettra ainsi de 1974 à 2001, mais l'Italie choisira en définitive le système allemand PAL en 1976. Jusqu'à cette date, lorsque la RAI reprenait des émissions étrangères initialement en couleurs, elle supprimait le codage PAL ou SECAM avant de les relayer sur ses chaînes !

Les années 80 apportent un peu d'oxygène à TMC : alors que sa convention initiale avec la France lui interdisait tout relais dans l'hexagone, la nouvelle Loi de 1982 sur l'audiovisuel permet à des chaînes étrangères d'être relayées sur tout ou partie du territoire français.Le président Mitterrand et le Prince Rainier signent alors une nouvelle convention attribuant à TMC des relais en 625 lignes UHF norme L SECAM, pouvant être reçus par tout téléviseur ancien comme récent, dans les agglomérations de Toulon, Hyères, Marseille et Avignon. Elle est même reçue à Montpellier, triplant ainsi son bassin d'audience et surtout ses recettes publicitaires.

L'arrivée des chaînes privées françaises qui se profilent à l'horizon (Canal Plus en 1984, La Cinq et TV6 en 1985) assombrit encore plus l'avenir de TMC. Nous n'entrerons pas ici dans les nombreuses incertitudes qui marqueront la chaîne au gré de ses passages dans les mains des divers groupes financiers qui se succéderont à la tête des 80% de son capital au côté du Prince de Monaco, qui n'en détient que 20% et ne peut donc en maîtriser les prises de contrôle successives.
Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 15:46:28
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Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : la Côte d'Azur

1) Le Mont-Agel - Télé Monte-Carlo (fin)


Pendant quelque temps, en attendant que des fréquences soient disponibles et que son réseau soit construit par T.D.F. (Télé Diffusion de France), M6 sera relayée en journée par TMC. La chaîne en fera de même quelque temps plus tard avec la musicale MCM (Monte-Carlo Musique, qui deviendra Ma Chaîne Musicale). Ces divers accords permettent à la fois à la chaine monégasque d'être présente en journée à l'antenne, tout en percevant quelques deniers en rémunération de ces relais, mais cela ne durera pas.

Pourtant, TMC bénéficie de la diffusion depuis le début des années 80 sur les divers réseaux câblés en développement, mais leurs audiences sont encore trop confidentielles. Elle passe sur le satellite, d'abord en clair, puis en crypté dans le bouquet payant CanalSatellite à partir de 1996 :

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Annonce de l'arrêt de la diffusion en clair sur Télécom 2B
à cause du passage de TMC dans le bouquet CanalSatellite

(enregistrement original VHS)
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Toutefois la chaîne a du mal à gagner en audience, face à la concurrence des
autres chaînes toujours plus nombreuses,du bouquet satellitaire. Sa programmation mêle quelques programmes produits localement à Monaco (jeux talk-shows) avec des films, téléfilms et séries principalement destinés à un public un peu "senior". En 2004, alors qu'elle s'apprête à fêter ses 50 ans, la chaîne est retenue par le C.S.A. français dans le cadre des premiers appels à candidatures de la T.N.T. (Télévision Numérique Terrestre) appelée à remplacer les réseaux analogiques devenus obsolètes et énergivores. Clin d'oeil au numéro du canal de son passé, elle obtient symboliquement la position 10 dans la liste des nouvelles chaînes françaises :



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Bande-annonce de présentation de TMC diffusée sur son émetteur
de la Tour Eiffel avant le début officiel de la TNT le 31 mars 2005,
avec évocation des 50 ans d'existence de la chaîne. Durée 8'15.

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Toutefois son actionnaire majoritaire, le groupe Pathé qui a déposé cette candidature, après avoir tenté de redonner un certain lustre à TMC avec des émissions de plateau réalisées à Paris comme à Monaco, décide de se désengager du capital en vendant ses parts à TF1 associée au Groupe AB, propriétaire de catalogues de films, producteur de séries low-cost (Hélène et les Garçons, Salut les Musclés etc) et propriétaire de RTL9 (ex-Télé Luxembourg) et du bouquet satellitaire Bis-TV.

Pour ces deux co-actionnaires, le but est de faire de l'argent avec l'ouverture de la publicité à la grande distribution en associant les chaînes TMC et NT1 à la régie publicitaire de la Une. TF1 devra attendre début 2015 pour le faire, après avoir racheté ses parts au Groupe AB dans les deux chaînes TMC et NT1. Le groupe a aussi désormais le droit de faire reprendre par ces chaînes des émissions initialement diffusées sur TF1, ce qui lui était interdit auparavant. Toutefois, depuis longtemps la grille de programmes de TMC avait été totalement reprise en main en vue de l'aligner sur les cibles d'audience et publicitaires de la Une.

Etant désormais, enfin, diffusée dans toute la France sur le réseau de la T.N.T. dans les années 2010, TMC n'a plus besoin des sites d'émission analogiques du Mont-Agel, de Toulon, Marseille, Avignon et Nîmes. L'émetteur VHF de 50 kW est définitivement éteint dans la foulée de ceux de Canal Plus. Celui sur le canal 30 et les relais UHF locaux suivront en 2011. La convention liant la Principauté de Monaco et le Ministère Français de la Défense pour l'utilisation des terrains militaires du Mont-Agel est dénoncée la même année. La grande antenne panneau n'est plus qu'un symbole du passé, un passé de plus de cinquante ans de télévision en Principauté de Monaco, sur la Côte d'Azur et la côte nord de la Corse.

Curieuse coïncidence et peut-être un symbole : la petite chaîne analogique du Sud a, si l'on peut dire, disparu avec son passage sur le numérique national le 31 mars 2005.

Une semaine plus tard, celui qui lui avait donné la vie, le Prince Rainier, s'éteignait à Monaco.
C'était le 6 avril 2005...


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A suivre : 2) L'émetteur du Pic de l'Ours
Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 15:50:59
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Message #284 posté initialement par kiki37 le 3 janvier 2016 (cliquer ici) :

Le Mont Agel

sa situation:

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L'émetteur de nos jours ► http://tvignaud.pagesperso-orange.fr.../06mt-agel.htm

retour dans les années 50/60:
En janvier 1959, interview du général Leschi, directeur des services techniques de la R.T.F.:

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Interview recueillie pour " Le Monde " par Janick Arbois

J'ai retrouvé un autre article dans la revue "Télévision" n°114 de juin 1961 faisant état de curieux essais:

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à revoir ICI ce qui était prévu pour le sud-est en 1955
Édité par Colorix le 02/02/2016 à 21:55:42
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Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : la Côte d'Azur

2) Le Pic de l'Ours

Nous l'avons vu précédemment, l'émetteur mis en place par la R.T.F. sur le massif de l'Étoile ne permettait de couvrir que la région d'Aix-Marseille-Avignon, avec aussi des réceptions acceptables vers Nîmes et Montpellier et, de façon plus aléatoire, dans l'Est du département de l'Aude et dans les hauteurs des Pyrénées-Orientales. Il fallait pour ce faire, de grandes antennes captant le canal 8H par-dessus le Golfe du Lion.

Plus d'un habitant de la zone privée de télévision lors de l'effondrement de l'antenne du Pic de Nore à la suite d'une violente tempête en 1976, tenta de se brancher alors sur la Grande-Étoile en achetant antennes longue distance et préamplis, avant d'aller jouer les équilibristes sur son toit...
Certains obtinrent d'ailleurs des résultats très acceptables, et restèrent orientés sur Marseille même après la reconstruction du Pic de Nore.

Par contre, vers l'Est, les premiers contreforts de l'Estérel empêchaient les ondes marseillaises d'atteindre la Côte d'Azur, où régnait en maître la télé commerciale du prince Rainier depuis novembre 1954, seule chaîne reçue le long de la
"Riviera"..

Pourtant, dès 1953 la R.T.F. avait lancé des études en vue d'installer un émetteur relais d'assez forte puissance pour couvrir la majeure partie de la Côte d'Azur.

Le choix se porta sur le Pic de l'Ours, dominant Saint-Raphaël, mais les conditions d'accès étaient acrobatiques, il n'y avait aucune route menant à son sommet.

A l'occasion de l'ouverture de l'émetteur le 9 décembre 1956, l'hebdomadaire de programmes
"Radio Télévision 57" du 24 février 1957 revient sur l'histoire de sa construction, avec des illustrations montrant comment les ancêtres de nos techniciens actuels vivaient des expériences éprouvantes pour étudier puis mettre en œuvre la construction d'une station de montagne, même d'altitude moyenne :


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Les techniciens de TDF qui montent tranquillement en voiture jusqu'au sommet de nos jours, ignorent certainement le seul moyen de transport utilisable par leurs aînés pour monter le matériel et le "barda" indispensable pour rester sur place :



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Et encore... certains transports se faisaient également à dos d'homme.



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La vie "à la dure" pour les techniciens de la R.T.F.
Noter le panneau "R.T.F. TV"cloué sur l'arbre, comme
si l'on risquait de les manquer sur ce sommet désert !


Alors que sur terrain plat on recourait habituellement à un ballon supportant une antenne, ici la hauteur du Pic permettait d'utiliser au sol un aérien rudimentaire. Comme vous le voyez, les premiers essais furent faits en polarisation horizontale, comme pour Marseille et TMC, mais finalement la polarisation verticale a dû donner des résultats plus probants dans le relief montagneux entourant le Pic de l'Ours :


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La construction du Pic de l'Ours permettait, non seulement aux téléspectateurs de la "Côte" de recevoir enfin les émissions de Paris, mais aussi à Télé-Monte-Carlo, station nationale monégasque de par sa concession, d'accéder au réseau de l'Eurovision dont elle était membre de droit.
Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 15:55:11
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Fin 1956, après plusieurs mois de travail et la construction d'une route, une mince tour de béton supportant l'antenne du canal F6-V permettait à l'émetteur de 3 kW de couvrir la majeure partie de la Côte d'Azur :

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A l'automne 1964, le Pic de l'Ours était l'un des premiers émetteurs de province à accueillir la Deuxième Chaîne du tout nouvel ORTF, avec un émetteur UHF de 20 kW crête-image (soit 500 kW de PAR) sur le canal 28 grâce à une deuxième antenne installée au-dessus de la première :

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Néanmoins, le Pic de l'Ours ne suffisait pas à lui seul pour couvrir la totalité des grandes agglomérations côtières : certains quartiers encaissés de Nice, Menton, Toulon et Hyères étaient incapables de capter ses émissions.


Dès les premiers mois de son existence, des commerçants de Nice et Menton, s'agaçaient de ne pouvoir vendre des téléviseurs à des clients qui souhaitaient en acheter, mais se trouvaient dans des zones d'ombre.


Ils décidèrent de construire eux-mêmes deux "relais pirates" (évoqués dans l'article de "Radio Télévision 57" ci-dessus) mais la R.T.F. demandait leur destruction, le matériel n'étant pas agréé et les installations risquant, selon ses services, de créer des interférences, notamment avec l'Italie toute proche.


Devant le tollé général provoqué par cette décision, l'administration faisait machine arrière et décidait d'incorporer le "relais-pirate" du Mont-Alban, à Nice, dans son réseau. Par contre, celui de Menton, sur le Cap Martin, posait problème. Il dut cesser d'émettre et fut remplacé quelques semaines plus tard par du matériel conforme aux normes de la R.T.F., qui retint d'ailleurs également ce site pour son propre réémetteur.

Quant à Toulon et Hyères, ce furent également sur des caps que la R.T.F. installa ses émetteurs locaux : le premier sur le cap Sicié sur le canal F11-H et le second sur le cap Bénat, en bande I sur le canal F4-V. Ces emplacements permettaient ainsi de rayonner plus facilement vers les parties encaissées de cette côte au relief très marqué.
Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 16:00:19
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Les
"relais-pirates" étaient, dès les débuts du réseau, déjà fréquents en province, notamment dans les régions montagneuses ou encaissées comme dans les Alpes, en Auvergne ou... sur la Côte d'Azur.

Témoin ce reportage de l'ancêtre de
Télérama, "Radio-Cinéma-Télévision" en février 1958, qui évoque notamment ceux de Nice et Menton :


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Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 16:02:50
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En mai-juin 1961, la revue "ANTENNE INFORMATIONS" n°16, revue professionnelle de la société PORTENSEIGNE, présentait un reportage consacré à la réception à longue distance de la télévision en milieu montagneux dans les Alpes-Maritimes.

Grâce à la gentillesse de kiki37 qui l'a retrouvé dans sa précieuse collection personnelle et me l'a communiqué, voici ce reportage particulièrement intéressant, qui nous montre que la zone de réception du Pic de l'Ours pouvait être plus importante que prévue par les techniciens de la R.T.F. :


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La carte montrant les divers essais de réception effectués au Mont Fao


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On peut saluer le courage et la ténacité de M. Botton et de ses coéquipiers qui, non contents
de grimper durant 3 heures vers le haut du Mont-Fao, ont tiré un câble d'alimentation
électrique sur tout le trajet, tout en hissant un pesant téléviseur et d'encombrantes antennes.


Source : revue ANTENNES-INFORMATIONS n°16 (mai-juin 1961) de la société PORTENSEIGNE.
Collection privée de kiki37, un grand merci à lui !
Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 16:07:08
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Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : la Corse

Peu de temps après son démarrage officiel le 3 janvier 1954 à Rome, Milan et Turin, la RAI italienne a commencé à développer, bien plus rapidement que la RTF, son réseau d'émetteurs TV dans sa péninsule mais aussi dans ses îles : dès 1957-1958, la Sardaigne est reçue à Ajaccio depuis l'émetteur du Monte Oro, au nord-ouest près de Sassari :


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Ajaccio : réception TV et FM de l'émetteur RAI de Sassari (Sardaigne)
En haut, l'antenne bande III capte le canal italien E-h (183,75-189.25 MHz)
Dessous, l'antenne FM 4 éléments reçoit les trois radios nationales de la RAI
(en bas, l'extrémité d'un brin de l'antenne bande I captant la RTF d'Ajaccio)

Document © INA



Dans l'est de l'île, Bastia et la plaine orientale reçoivent, selon le cas, les émetteurs de Rome (Monte Mario), de Pise (Monte Serra) et de Grosseto (Monte Argentario).

Malgré des déclarations plus ou moins bravaches du Général Leschi, ce vieux Corse chargé du déploiement du réseau national (voir ici la fin de ce document posté par kiki37), la R.T.F. éprouve les mêmes inquiétudes à l'égard de la réception du 625 lignes italien dans l'Ile de Beauté, que pour les émissions allemandes en Alsace quelques années plus tôt : de même que la langue alsacienne est très proche de l'allemand, de même la langue corse est-elle très voisine de l'italien. Les îliens risquent d'acheter des postes qui ne pourront pas capter les émissions en 819 lignes...

Le 20 décembre 1958 est donc mis en service un petit émetteur provisoire de 50 Watts non loin du château de La Punta, sur les hauteurs du Pozzo di Borgo qui s'élève à 770 mètres au-dessus de la baie d'Ajaccio :



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Mise en service de l'émetteur provisoire d'Ajaccio par la RTF :
les techniciens mettent au point les réglages des antennes.

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Document © INA



Un petit pylône d'une vingtaine de mètres reçoit, sur sa face sud, deux panneaux bande I en polarisation horizontale :



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Les deux panneaux rayonnants en bande I surmontent deux
antennes
Yagi dont le rôle exact n'est pas défini : remplacement
des panneaux en maintenance, ou contrôle de leur "retour" sur
un oscilloscope ou un téléviseur ? Le mystère reste entier...

Document © INA




Cet emplacement permet de recevoir, en un seul bond de 224 km, le signal du Pic de l'Ours et de le diffuser sur le canal F4-H, dans un rayon de quelques kilomètres autour d'Ajaccio :


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Source : capture d'écran ©Google Maps


Ce petit émetteur n'est qu'un pis-aller. Bastia et ses proches environs ne seront desservis avec la même puissance provisoire de 50 Watts qu'en 1960, sur le canal F2-V depuis le site de Serra di Pigno dominant la ville de ses 960 mètres.

Il faudra attendre 1965, en prévision de l'arrivée imminente de la Deuxième Chaîne, pour que les stations corses subissent enfin de profondes mutations :

- le petit relais de La Punta est remplacé par un émetteur
dix fois plus puissant (500 Watts) à Coti-Chiavari, au sud de la baie d'Ajaccio, obligeant les téléspectateurs à réorienter leurs grandes antennes bande I dans sa direction.

- à Bastia, l'équipement provisoire de 50 Watts laisse la place à un émetteur de 3 kW désormais reçu jusqu'en Italie, toujours sur le canal F2-V.

L'année 1966 voit donc arriver les émissions de la Deuxième Chaîne en 625 lignes UHF dans l'île, sur le canal 21-H à Ajaccio (10 kW) et sur le canal 47-H à Bastia (20 kW), également reçu en Italie.

Parallèlement, la diffusion de la Première Chaîne est étendue au centre de la Corse avec la mise en service de l'émetteur de Antisanti, près de Corte, sur le canal F6-H avec une puissance crête-image de 500 Watts. Il accueillera l'année suivante un émetteur UHF de 2 kW diffusant les émissions en couleurs de la Deux sur le canal 61-H.

Le relief très montagneux de l'Ile de Beauté oblige l'ORTF à installer de nombreux réémetteurs de faible puissance, mais la proximité de l'Italie, et à un deuxième degré, d'autres pays méditerranéens en vue directe de la Corse (Espagne, Algérie notamment) restreint les possibilités en fréquences. Les techniciens de l'Office sont parfois obligés d'orienter leur diagramme d'émission en direction d'un village précis, laissant un ou plusieurs autres dans un "noir télévisuel" complet... A en croire la presse de l'époque, il arrive fréquemment que des expéditions nocturnes soient organisées pour aller discrètement tourner les panneaux d'émission dans une autre direction, provoquant ainsi des querelles de clocher d'un nouveau genre...

Édité par kiki37 le 15/05/2022 à 16:25:02
K kiki37
Effectivement, La Corse était insuffisamment couverte en émetteurs et en 1977 TdF prévoyait un plan d’équipement :
(revue Antennes n°5 mars 1976)



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Mais entre-temps, les autonomistes corses du FNLC mécontents des programmes ont perpétrés un attentat en faisant sauter les installations neuves de Bastia-Serra di Pigno le 13 aöut1977: Les émetteurs de télévision des 3 chaînes, les 3 émetteurs radio en F.M. et les liaisons hertziennes entre la Corse et le continent ont été mises hors d'usage. Coût prévu de la reconstruction: 30 millions de francs.
Des mesures ont été immédiatement prises par les techniciens de TDF afin de rétablir dans les meilleurs délais, mais de manière très précaire, une partie des services que TéléDiffusion de France assurait dans l'île en attendant la remise en état de la station et des matériels qui exigera de longs mois.
(revue "antennes n°19 août/septembre 1977)

document de Colorix , (source Télé 7 jours du 27 août 1977 ):

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L'émetteur après réparations:

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et de nos jours ► http://tvignaud.pagesperso-orange.fr/galerie/tv-fm/20bastia.htm
Édité par kiki37 le 05/02/2018 à 19:39:32
K kiki37
retournons sur la côte d'azur :
Le Sud-Est n'était pas sans poser de nombreux problèmes aux techniciens de TDF, voir ce reportage (revue "Antennes" n°5 mars1976)

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Édité par kiki37 le 05/02/2018 à 19:42:02
K kiki37
Quand les émetteurs de TV transmettaient autre chose que des programmes ...

Précision : « Télédiffusion de France » cité dans ces articles (et éditeur de la revue « Antennes ») fait référence à l’Établissement Public issu de l’éclatement de l’ORTF en 1975, et non à la société privée TDF existant de nos jours.

revue " Antennes n°17" de mai 1977
Journaux hertziens via TdF en fac-similés
A Toulon,« L’Équipe »est du jour et sens un peu la violette

« Le XV de France s'envole sans Astre ». A six heures du matin, le 17 février dernier, l'avant-veille de France-Angleterre, ce titre du numéro 9568 de " L'Equipe " est lu en même temps par un boulanger de Montrouge et un ouvrier de l'arsenal de Toulon. Comme si 850 Km ne séparaient pas la composition du Faubourg Montmartre et le vendeur de la Place Puget..
Même texte. Papier identique. Mais l'exemplaire toulonnais a des caractères plus nets et une odeur différente : il a été imprimé sur rotative offset à Toulon - la Farlède. L'exemplaire de Montrouge, lui, sort d'une rotative typographique classique et parisienne de la rue Réaumur. Le premier est un fac-similé du second.
A la base de ce dédoublement miracle : la transmission par voie hertzienne TDF d'une épreuve spéciale de « L'Equipe » originelle.
De nombreux journaux emploient depuis peu ce procédé (le procédé du fac-similé), cousin évolué du vieux bélinographe, pour offrir à leurs lecteurs de province des numéros «frais» du jour. Les PTT ont le monopole de ce mode de transmission. C'est par eux et les Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne (NMPP) que «l'lnternational Herald Tribune », «L'humanité », «Rouge », «Libération », «Le Figaro », ou «L'aurore » atteignent les régions le jour de leur parution après impression offset dans des entreprises diverses. TéIéDiffusion de France, en tant que sous-traitant des PTT, a été chargé de convoyer pour sa part sur son réseau hertzien le quotidien sportif «L'Equipe » et l’hebdomadaire «France-Football » .
L'ingénieur en chef Michel Paravert, chef du département «Exploitation des réseaux », supervise cette activité ponctuelle de TDF en liaison avec le général René Laure, Président-directeur général de « L'Equipe.», le directeur de la région Sud-Est TDF Roger Morenne et les directeurs de l'imprimerie de la Farlède, MM. Lecomte et Mouysset.
« Antennes » a suivi le parcours d'un numéro de « L'Equipe », de l'instant où ses pages sont serrées sur le marbre à celui où l’achète le premier Toulonnais.

22 heures : on serre la 5, Faubourg Montmartre
L'atelier fleure bon le plomb chaud comme depuis toujours. Une bouteille de lait dans un angle de fenêtre. Personne n'y boit, mais elle suffit à rappeler le temps du saturnisme (1).
Non loin des casses (2) anciennes de moins en moins utilisées, se tient André Poiriault, directeur technique de « L'Equipe », l'œil sur deux machines Diapress venues de Trento (Italie). Ce sont elles qui vont tirer, à partir des pages prêtes, des épreuves capables de franchir les ondes.
La première page serrée, la cinq, arrive sur un chariot, nettoyée à l'alcool de l'encre des morasses (3). Glissée sur le haut d'une des Diapress, entre les valves d'un tympan de matière plastique, elle est calée, égalisée au marteau de bois, resserrée encore après avoir été augmentée, en haut et en bas, de repères
très légèrement en relief qui faciliteront le travail des imprimeurs toulonnais.
Le clicheur de service, Patrick Allaire, extrait d'un tiroir et du bout des ongles une feuille d'un carbone spécial qu'il pose sur le plomb et recouvre d'un rectangle de plastique. Mince et souple, mais d'une solidité étonnante ce plastique s'apparente au flan (4) traditionnel. Ses bords doivent rester impeccablement lisses car la plus imperceptible fente suffirait tout à l'heure à le réduire en loque. Il déborde un peu sur le châssis et excède d'un bon centimètre de tous côtés les dimensions actuelles de « L'Equipe » (547 cm sur 398 cm).
A la droite de la Diapress un appareil de commandes permet de faire le vide dans le tympan refermé, de fixer le temps d'action à 1'130” et de mettre en mouvement quelques milliers de billes d'acier qui vont heurter et reheurter chaque pouce du carbone.
Le décalque obtenu est vérifié: les noirs sont-ils bien venus ? N'v a-t-il pas de trous dans les textes ? Pas de taches, ni de bavures ?
Puisque tout est parfait il ne reste qu'à rouler l'épreuve que l'électricité statique rend indocile en la séparant des suivantes par du papier à morasses.
Car les autres pages arrivent et la seconde Diapress fonctionne à son tour. Pour ce numéro de semaine à 10 pages, Allaire suffit à la tâche, mais pour les « Equipe » jaunes et roses du vendredi au lundi il sera rejoint par son collègue Pierre Conrad. En principe, tout doit être terminé avant 23 heures. Or chaque page demande près de cinq minutes de soins pour la préparation et le clichage.
Afin de gagner du temps, le motard Jacques Garcia fait la navette entre le Faubourg Montmartre et l'imprimerie de Saint-Ouen où commence sans délai le travail « hertzien ».


23 heures : le « labo » électronique de Saint-Ouen
Avenue 'Michelet à Saint-Ouen. André Poiriault, un soir sur deux, y vient suivre l'envoi de « l'Equipe » vers Toulon-la Farlède à partir d'une grande salle garnie de tréteaux et de machines Siemens sur laquelle règnent deux jeunes électroniciens,Jean-Louis Guillot et .Jean-Pierre Brosse. Le responsable des matériels et de la sécurité, Emmanuel Loizon, assiste souvent lui aussi à ces travaux d’impression à distance qui sont loin encore d'avoir perdu tout leur mystère.
Le premier soin de Brosse et Guillot a été de s'entendre par téléphone avec le Centre de Relais hertziens des Buttes Chaumont sur l'heure précise à partir de laquelle sera libre une voie vers Toulon après la fin des émissions d'une des trois chaînes. Ce soir, tout a pu commencer un peu avant 23 heures et déjà la cinq et la sept ont franchi 850 km. Par la ligne directe toujours libre entre Saint-Ouen et La Farlède les imprimeurs toulonnais ont été prévenus qu'ils pouvaient se tenir prêts.
Chacune des machines. Siemens, en parfait synchronisme de fréquence avec son correspondant, peut fonctionner dans les deux sens, envoyer ou recevoir des documents transmis par voie hertzienne.
Le «flan››, calibré au massicot (5) pour rejoindre les dimensions réelles de la page, est fixé sur un cylindre à l'aide d'une plate-forme de chargement et d'une bande de papier collant. Ces précautions évitent tout contact manuel avec le texte, toute altération de la matière plastique. Quant au papier collant bien fixé sur de petites excroissances d'acier de chaque côté du cylindre, il évite le moindre déplacement du « flan » pendant l'envoi.
Bouton «émission» poussé, la définition I choisie et le temps de transmission prévu pour 2'30", il ne reste qu'à surveiller l’oscilloscope pour vérifier que les signaux sont de bonne qualité. Ils le sont. Sur la voie hertzienne large de plusieurs mégahertz prévue pour transporter les images mobiles, la très simple image fixe qu'est celle d'une page de journal voyage au large et sans problème. Chaque point noir se retrouvera fidèlement traduit en signal électronique sur les machines enregistreuses de La Farlède sans qu'un seul manque ou soit affaibli.
Non seulement il est possible comme cela se fait ici d'envoyer deux pages en même temps, mais quatre passeraient sans difficulté.
Quant à la définition, elle varie évidemment avec le nombre de points de limage à transmettre. La définition rapide I convient pour une page de texte, mais il faudra employer la définition IV la plus lente lorsque la page comportera des photographies riches en noirs. Dans ce dernier cas, le temps de transmission atteindra 2'45".
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Édité par kiki37 le 19/11/2022 à 14:41:04
K kiki37
23 heures 15 : La Farlède en plein travail
Où passe l'image entre Saint-Ouen et l’imprimerie toulonnaise?
Son itinéraire se résume ainsi:Saint-Ouen - Buttes Chaumont - Marseille Grande Etoile - La Loube -
Cap Benat - Relais de Solliès – La Farlède.
Il a suffit d'installer des paraboles à Sicié et Solliés et naturellement sur le toit des imprimeries reliées pour que les chemins soient tracés.
Pierre Gomez, chef de l'antenne TDF de Toulon, a mis au point la partie départementale de cette transmission de fac-similés et en surveille le bon fonctionnement avec une extrême attention. Il est responsable dans le Var du District Réception, du Groupe d'assistance technique et des émetteurs du Cap Sicié, du Cap Bénat, de Pignans, de Notre-Dame-des-Anges. Cette expérience nouvelle l'a passionné.
« Nous avons le souci que ça marche bien, dit-il. Il a fallu un assez long travail de préparation avant le premier numéro présentable, mais maintenant il ne reste guère qu'à garder l'œil dessus et à fixer plus solidement les paraboles. Dès qu'il fait trop de vent je vais de l'une à l'autre avec une certaine inquiétude. Jusqu'à ce jour pas d'ennui. Le taux de panne est nul et je crois qu'i| n'a été nécessaire qu'une ou deux fois par temps de grand orage de doubler une page en transmission. »
La Nouvelle Impression Toulonnaise, dans la banlieue industrielle de Toulon, au bout d'un chemin de terre terriblement cahoteux. Une formidable rotative offset et 150 tonnes de papier occupent les trois-quarts du grand hangar central. Salles de développement photographique, bureaux et, au fond, baignée de lumière rouge, une machine Siemens semblable à celles de Saint-Ouen, bouton « réception » poussé.
Cela sent bon ici le papier journal. Pourtant d'autres senteurs plus chimiques s'imposent dont la somme ressemble assez au parfum de la violette. Un peu déroutante, une imprimerie sans plomb. La jeune équipe s'en passe très bien, crée des traditions nouvelles et va de l’avant entre ses plaques sensibles et sa «roto» géante. Deux jeunes directeurs. Quand l'un voyage vers la clientèle, l'autre ne quitte pas l'atelier.

Ce soir, René Nlouysset demeure, tandis que Serge Lecomte chemine. Frère de l’international de rugby, Mouysset porte un nom à ne pas trouver oiseuse la composition du pack français pour France-Angleterre, mais il se soucie surtout pour I'instant de l’imprimer. Les deux premières pages envoyées par Saint-Ouen étaient à peine sorties sur films de la Siemens que Pierre Gomez se trouvait déjà là. Serein comme la météo du jour. Ce n'est pas ce soir que le taux de panne s'éloignera vraiment de zéro. A son aisance dans le dédale des bobines, des couloirs et des laboratoires divers. on devine que Gomez a passé là plus d'un moment à attendre la preuve papier que tout avait bien marché.

Minuit 20 : la « roto » démarre
Les films impressionnés portant chacun deux pages sont conduits vers un « révélateur » dans lequel ils resteront 2'30" suivant qu'ils recèlent ou non des photographies aux noirs nombreux.
Nous avons vu s'enrouler les films vierges sur le cylindre de la Siemens, entendu Saint-Ouen annoncer les envois, attendu que la magie hertzienne opère et regardé l'équipe préparer les plaques « révélées » pour le double décalque de la presse offset.
Minuit 20: toutes les plaques assujetties sur les cylindres idoines, les bobines commencent à se dévider dans le vacarme et le premier de ces mille numéros perdus, pour l'essai, qu'un imprimeur ne regarde jamais sans regret, sort tout plié, tout neuf, pour annoncer aux Toulonnais que le XV de France ira sans Astre essayer de battre les Anglais.
Les servants de la rotative, dans l'habituel ballet du réglage, volent de leurs cylindres aux numéros frais jusqu'à ce que l'encrage soit parfait. Le premier « bon ›› numéro, avec ses caractères superbes de précision, fait honneur à l'imprimerie moderne.
Dans la cour, des camionnettes des Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne attendent leurs ballots ficelés automatiquement pour les distribuer dans le Var et les départements circum-voisins au cours de la nuit.
Et c'est ainsi que le boulanger de Montrouge et l'ouvrier de l'Arsenal amateurs de rugby ont pu lire ensemble un 17 février avec soulagement: « La grippe d'Harize n'est plus qu'un mauvais souvenir et les coquards de Cholley sont en bonne voie de résorption »›.

Le « flan » peau de chagrin
L' " Equipe " vend maintenant en moyenne 20 % de plus dans la région provençale et les transmissions restent quasiment idéales. Mais la préparation fut rude et les numéros « zéro » surabondants. André Poiriault, Pierre Gomez et René Mouysset ont connu avant l'exemplaire réussi du 1er ' octobre 1976 une période éprouvante.
Le carbone, d'abord. Il ne «prenait» pas bien. L'ingénieur italien, auteur des machines Diapress, se mit à l'œuvre et trouva rapidement la bonne formule.
Le format ensuite. Celui de l' « Equipe » parisienne débordait, une fois déroulé de tous les cylindres intermédiaires entre Paris et rotative puis projeté sur papier. La légère distorsion de la photographie
sur courbes remplissait les marges de façon fort disgracieuse. On rogna un peu sur le format parisien.
Enfin, avant le système de repères adopté, il était épineux de centrer la page avec rigueur sans qu'el|e aille buter tout en bas ou s'échapper par le haut.
Après quelques semaines d'ajustage patient et pas mal de numéros. « pour du beurre », il fut
décidé d'affronter le jugement du public.
Paraboles, oscilloscopes, plastiques, billes d'acier et vague parfum de violette... les anciens typographes ont de quoi nourrir des mélancolies. Les moines copistes allemands ont dû pousser aussi quelques soupirs vers 1450 devant la Bible « à quarante-deux lignes » d'un certain Gütenberg.

Fernand Redon

(1) Intoxication par le plomb ou les sels de plomb.
(2) Boites divisées en casiers et contenant les caractères d'imprimerie. Le haut de casse contient les caractères moins fréquemment employés (capitales, lettres accentuées); le bas de casse renferme les caractères courants. « Composer en cap » = composer en majuscules ; « composer en bas de casse » (ou b.d.c.) = composer en minuscules.
(3) Dernière épreuve, faite à la brosse, lorsque la mise en page du journal est terminée.
(4) Carton recouvert d'un enduit épais que I 'on applique humide sur des caractères mobiles afin d'en prendre l’empreinte pour le clichage.
Le moule ainsi obtenu après séchage s"appelle également « flan ».

(5) Machine à rogner le papier

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Les avatars du Var !





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Le Cap Sicié de nos jours :

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http://forum.telesatellite.com/showthread.php/775-photos-d-antennes-droles-hors-normes...?p=33758&viewfull=1#post33758
Édité par kiki37 le 09/02/2018 à 19:11:02
K kiki37
Grande modernisation dans le sud-est en 1978
Le premier réémetteur français alimenté par l’énergie solaire

Le 16 juin 1978, Bernard Gensous, directeur de l'Exploitation à TDF et Roger Morenne, directeur
régional pour le Sud-Est, ont mis en service le premier générateur solaire alimentant en énergie un réémetteur de télévision du réseau français.
Cette station est située à Peypin (Bouches-du-Rhône) et renferme trois réémetteurs assurant la diffusion des trois chaînes.
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Le générateur solaire alimente le réémetteur diffusant le programme FR 3. Ses caractéristiques sont les suivantes:
- puissance d'émission : 150 mW
- puissance consommée : 30 W
- marque : Velec-Sefat
- type : télévillage
- pilote: réémetteur de Roquevaire
- population desservie : 200 habitants.
La mise en service du réémetteur est assurée par un récepteur de veille, réalisé dans les laboratoires de maintenance générale TDF (direction de |'Exploitation) à Meudon, Ce récepteur place l’équipement
sous tension dès l'apparition de signal émis par le pilote. Le procédé permet d'économiser l'énergie qui serait inutilement dépensée pour l’alimentation du réémetteur après la fin des émissions. (Le récepteur de veille lui-
même consomme 30 mA sous 24V soit O,8 W à comparer aux 30W d'énergie consommée par le réémetteur).

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Janvier : panneaux à 65°
Le calcul d'un générateur solaire suppose la connaissance de différents paramètres:
- la consommation du réémetteur
- les conditions climatiques sur le site
- le rendement de conversion des photopiles

1. Consommation du réémetteur
La consommation du réémetteur est de 50 watts.
La durée de fonctionnement journalier est en moyenne de 10 heures, soit une consommation journalière de 300 Wh/jour.
C’est cette énergie que le générateur solaire doit être capable de fournir.

2. Conditions climatiques
La météorologie nationale fournit des données statistiques sur les durées d'insolation moyennes (calculées sur 15 ans) ainsi que les valeurs de l’irradiation solaire pour un lieu particulier.
La station la plus proche du lieu de l’expérience sur laquelle on possède les données météorologiques est celle de Carpentras (Vaucluse) située à vol d'oiseau à 60km au nord de Peypin.
Le maximum de l'irradiation solaire pour le mois de janvier (le plus défavorable de l'année) est obtenu dans les conditions suivantes:
- orientation : sud
- inclinaison des panneaux: 65° par rapport à l’horizontale.
Cette inclinaison est telle que les rayons du soleil se trouvent perpendiculaires aux panneaux solaires lorsque le soleil est au plus haut de sa course lors du mois le plus défavorable de l’année (irradiation minimale).
il est évident que le générateur solaire étant dimensionné dans ces conditions, le sera à fortiori lors des mois les plus ensoleillés.
L’ensoleillement moyen journalier est le suivant :
G = 2 760 Wh/m2 au mois de janvier
G = 5 500 Wh/m2 au mois de juillet

3. Rendement des photopíles :
Les modules utilisés sont des modules BPX47 A fabriqués par la Radiotechnique Compelec.
Chaque module est constitué de 34 photopiles en série d'un diamètre de 55 mm, interconnectées entre
elles par l’intermédiaire d'un câblage imprimé sur stratifié en fibre de verre époxy.
Le rendement de conversion des photopiles utilisées est de 10,3 %.

4. Calcul du générateur
L'énergie journalière que doit fournir le générateur solaire au mois de janvier est calculée en fonction de l’énergie à fournir par jour (300 Wh/jour), des performances des modules choisis (BPX 47A) et de l’irradiation moyenne journalière en janvier (2700 Wh/m2 )
On choisira donc un générateur solaire à 16 modules qui fournira 302 Wh/jour au mois de janvier et 540Wh/jour au mois de juillet (en tenant compte de la valeur de l'irradiation journalière et du fait que l'angle d'incidence des rayons solaires sur les modules est différent de 23° de celui du mois de janvier). On voit donc que durant la période d'été, le générateur produit plus d'énergie qu'il n'en faut pour l'alimentation du réémetteur.
Le réémetteur devant fonctionner la nuit ainsi que lors des périodes non ensoleillées, il est nécessaire de stocker de l'énergie dans la journée afin de pouvoir en disposer dans les cas ci-dessus cités. '
Cette réserve d'énergie est faite dans une batterie d'accumulateurs constituée de 12 éléments CIPEL VP220 ; sa capacité est d'environ 300 Ah. Elle assure au réémetteur une autonomie de 230 heures soit environ trois semaines de fonctionnement.

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Au rythme des saisons
Afin de vérifier les calculs théoriques un ampèreheuremètre et des compteurs horaires ont été disposés en différents points de l'équipement.
Après deux mois de fonctionnement (19 juin - 19 août 1978), le générateur a fourni 1 415 Ah pour une durée de fonctionnement du réémetteur de 714 heures et une durée de fonctionnement complémentaire du récepteur de veille de 994 heures.
L’équipement a absorbé pendant cette période 956 Ah et le récepteur de veille 33 Ah soit un total de 989 Ah. On voit que globalement toute l'énergie nécessaire a été fournie par les panneaux solaires et, en effet, la batterie d'accumulateurs chargée au départ de l'expérience se trouve dans le même état de charge (densité de l’électrolyte
identique)
Remarquons également que l'énergie moyenne journalière fournie par le générateur est de
1 415 Ah x 24 V
——————— = 566 Wh/j

60 J
chiffre qui n'est pas très éloigné des 540 Wh/jour calculés théoriquement pour la période d'été.

Jean-Louis Guerre
Ingénieur à la direction de l'Exploitation TDF.

journal « antennes » n°31 novembre 1978
Édité par kiki37 le 29/04/2019 à 19:34:17
K kiki37
Et la radio ?

La réception de Radio-France dans le Sud-Est et en Corse

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Édité par kiki37 le 09/02/2018 à 19:16:26
K kiki37
Le monopole d'état sur les stations de radio (établi par ordonnance du 23 mars 1945) prend fin le 9 novembre 1981. Les "radios-pirates" qui s'étaient développées à partir de la fin des années 1970 deviennent des "radios libres", mais beaucoup émettent sur des fréquences "non autorisées" et avec une trop grande puissance...

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Édité par kiki37 le 09/02/2018 à 19:17:47
K kiki37
les émetteurs de la région sud-est en 2010
(source ANFR et CSA)


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Et ne quittons pas le sud-est sans ce petit clin d'œil de modernité, car les émetteurs, il faut bien les alimenter en reportages !

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Édité par kiki37 le 09/02/2018 à 19:19:24
C Colorix
Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : Télé-Luxembourg

Depuis décembre 1953, nous l'avons vu, seuls Strasbourg et ses environs reçoivent les émissions TV de la R.T.F. Dans presque tout le Bas-Rhin, on peut aussi capter sur le canal E9-H l'émetteur allemand du Hornisgrinde de 80 KW PAR en 625 lignes norme B installé sur les hauteurs de la Forêt Noire, près de Baden-Baden depuis mai de cette même année,

En-dehors de cette zone, c'est le désert télévisuel entre l'est de l'Ile-de-France et la plaine d'Alsace. Le "câble hetzien" passe bien par Reims et Nancy, mais il ne s'y arrête pas, il n'y a aucun émetteur-relais, même de faible puissance.

Les choses devraient changer, on le pressent dans les milieux bien informés : la Sarre toute proche possède pour l'instant un petit émetteur 819 lignes de 100 watts, mais elle a déjà prévu d'en utiliser un plus puissant en bande I qui devrait largement déborder au-delà de ses frontières.

Mais c'est surtout du côté du petit Grand-Duché du Luxembourg voisin que ça bouge : la CLR (Compagnie Luxembourgeoise de Radiodiffusion) concessionnaire ne vient-elle pas de changer son nom en CLT (Compagnie Luxembourgeoise de Télédiffusion) le 1er juillet 1954 ? C'est évident, la télévision est à son programme de développement.

Et effectivement, deux mois après Télé Monte-Carlo inaugurée par le Prince Rainier, c'est au tour de la Grande-Duchesse Charlotte d'en faire de même le
jour de son anniversaire, le 23 janvier 1955 dans les locaux de la toute nouvelle Télé-Luxembourg installée à 200 mètres seulement de la frontière française, sur les hauteurs du bourg de Dudelange :

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Dudelange (Luxembourg)
Dans le lointain, le pylône de
Télé-Luxembourg
Document © Delcampe.net


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La Grande-Duchesse Charlotte reçoit de Matthias Felten,
Directeur Technique, un cours sur la télévision...

Document © RTLGroup


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... qui comprend aussi la bénédiction des installations
par l'évêque de Luxembourg.

Document © RTLGroup


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Courte vidéo sur l'inauguration de Télé-Luxembourg
Cliquer sur l'image. Si votre navigateur n'affiche pas la vidéo
ci-dessus, ou si vous souhaitez la visionner en plein écran,
téléchargez-la
ici (clic droit, "Enregistrer la cible...")
Document © RTLGroup


Édité par kiki37 le 22/05/2022 à 16:38:18
C Colorix
Construite en seulement quelques mois, la station est installée sur le plateau du Gintersberg, haut de 430 mètres et situé à seulement 200 mètres de la frontière française.

Pour gagner du temps, on a démonté un pylône haubané haut ,de 200 mètres inutilisé au centre émetteur ondes longues de Junglinster, pour le réutiliser à titre provisoire (en fait, cela durera jusqu'en 1957) :

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Une route de cinq kilomètres a été construite,
qui permet aussi d'acheminer l'eau et l'électricité
...


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... mais aussi le feeder reliant l'émetteur aux antennnes,
elles-mêmes hautes de 16 mètres au sommet du mât.
© Document RTLGroup



Au pied du pylône, un bâtiment central et deux maisons d'habitation pour le personnel :

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Le bâtiment abritant l'émetteur, les services techniques
et administratifs, ainsi qu'un studio de direct de 150 m²

© Document RTLGroup
Source : © memoireradiotv.free.fr

L'émetteur d'une puissance crête-image de 3 kW est initialement prévu pour être reçu dans un rayon de 100 km environ, en France comme en Belgique.

C'est pourquoi la norme retenue est le 819 lignes, mais dans sa version belge, c'est à dire utilisant un canal "E" de 7 MHz de largeur de bande (prévu pour 625 lignes norme B) au lieu des canaux "F" français deux fois plus gourmands en fréquences (14 MHz en norme E). La "finesse" de l'image s'en ressent, mais avoir "l'image la plus belle du monde" est le cadet des soucis des techniciens de Télé-Luxembourg.

Ce qu'ils veulent, c'est être vus par le plus grand nombre de Français et de Belges, et en cela ils ne sont pas déçus : la portée réelle de l'émetteur sur le canal E7-H, même pour l'instant limitée à 3 kW (soit environ 30 kW de PAR), dépasse largement leurs prévisions grâce à l'absence d'obstacles naturels importants dans la zone de réception :


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La zone de réception du canal E7-H
de Télé-Luxembourg vers 1955.

© Document RTLGroup et Le Pèlerin Magazine 1955
Source : © memoireradiotv.free.fr

A partir de 1957, le remplacement du pylône par un autre, haut de 280 mètres, et l'augmentation de puissance à 10 kW crête-image (soit 100 kW de PAR) n'augmenteront pas sensiblement le rayon d'action de la station, qui bénéficiera essentiellement d'un amélioration, surtout à grande distance (Epinal, Reims, Namur) de ses conditions de réception.

Pendant plusieurs mois, comme Télé-Monte Carlo plus tôt dans le Sud, Télé-Luxembourg sera la seule chaîne de télévision disponible entre Reims et les Vosges. Ses programmes attractifs (un film de long métrage après un journal chaque soir) y sont évidemment pour beaucoup.

La RTF, prise de court, mettra quand même en service, le jour même de l'inauguration de Télé-Luxembourg, le samedi 14 mai 1955, deux petits émetteurs de 100 Watts, l'un à Vandoeuvre-les-Nancy et l'autre au Mont Saint-Quentin dominant Metz !



Édité par kiki37 le 22/05/2022 à 16:43:43
C Colorix
La soirée inaugurale du samedi 14 mai 1955 marque la fin de la période expérimentale pour Télé-Luxembourg, dont les rapports de réception en France et en Belgique ont très largement dépassé les prévisions :


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Réception de Télé-Luxembourg dans les Vosges
à 150 km de l'émetteur de Dudelange


© Document RTL Group



Le petit studio de Dudelange ne se prêtant pas à cette soirée de gala, c'est à la Villa Louvigny, siège historique de la C.L.T. qu'elle est organisée en présence, à nouveau, de S.A.R. la Grande-Duchesse Charlotte ainsi que plusieurs artistes et personnalités :


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Dans le parc municipal de Luxembourg, la Villa Louvigny, siège de la C.L.T. de 1932 à 1991
A gauche, la tour construite en 1957 héberge les bureaux et studios de Télé-Luxembourg



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Line Renaud, marraine de Télé-Luxembourg, accueille les invités
à la soirée inaugurale télévisée en direct depuis la Villa Louvigny

© Document RTL Group


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« Écoute, écoute, écoute… »... la soirée inaugurale se poursuit avec le chansonnier
d'origine lorraine Roger Nicolas et le Grand Orchestre de Radio-Luxembourg

© Document RTL Group
Édité par kiki37 le 22/05/2022 à 16:51:19
C Colorix
Télé-Luxembourg, c'est tout d'abord un logo que l'on se réjouit "d'accrocher" à grande distance de l'émetteur grâce à des antennes multi-nappes et à grand gain, comme à Reims, Épinal ou Namur :


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Document © RTL Group



Car Télé-Luxembourg, ce sont des émissions réalisées en studio à la Villa Louvigny...

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Document © RTL Group


... mais aussi tous les soirs un feuilleton et un film de long métrage grâce à sa salle des télécinémas SIEMENS installés à Dudelange :


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Document © RTL Group et Le Pèlerin Magazine 1955
Source : © memoireradiotv.free.fr



C'est aussi "Le Journal de Télé-Luxembourg" présenté par Jacques Navadic et Robert Diligent, deux journalistes débauchés de la station de Lille, au grand mécontentement de la RTF :


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Les débuts de Télé-Luxembourg, et plus particulièrement de son Journal,
à l'occasion des 60 ans de la station fêtés en 2015 sur
RTL-TVi (Belgique).
Au début de la vidéo
: Robert Diligent à gauche, Jacques Navadic à droite.
Document © RTL-TVi
Si votre navigateur n'affiche pas la vidéo ci-dessus,
ou pour la visionner en plein écran, téléchargez-la
ici
(clic droit, "Enregistrer la cible..." - Taille 24 Mo)





Édité par kiki37 le 22/05/2022 à 16:56:51
C Colorix
En 1970, trois ans après l'apparition de la couleur - PAL ou SECAM - dans les pays limitrophes du Grand-Duché, les téléviseurs capables de recevoir les émissions en 625 lignes sont de plus en plus nombreux dans la zone de réception de Télé-Luxembourg. notamment dans ses parties captant les émissions allemandes et belges. Les téléviseurs multistandards sont en effet courants en Lorraine et en Alsace "bossue" (le versant ouest des Vosges du nord), et la Deuxième Chaîne ORTF s'est développée dans l'Est depuis cinq ans.

En 1970 donc, la télévision belge francophone R.T.B. (qui deviendra plus tard la R.T.B.F.) décide d'aligner ses émetteurs sur la norme belge flamande de la B.R.T., en les faisant basculer de 819 lignes (norme F) en 625 lignes (norme C) afin de permettre, à terme, de les équiper pour la couleur au système PAL. Cette introduction sera progressive car certains matériels et studios sont encore en 819 lignes, ce qui vaudra aux speakerines belges d'inviter pendant quelque temps les téléspectateurs à passer de 625 en 819 lignes, et inversement, en fonction du programme. Par la suite, des systèmes automatisés incorporés dans les téléviseurs permettront ce changement automatique de définition à partir du signal reçu de l'émetteur, épargnant au téléspectateur de devoir faire la manœuvre lui-même sur son récepteur... Une spécificité belge de plus !

En effet, selon alain-radio, un des modérateurs de tnt-62, l'intéressant forum régional du Pas-de-Calais :

"Même après le passage en 625 lignes certains reportages, notamment venant de France et qui étaient reçus en 819 lignes passaient ainsi sur la télé en Belgique. Pendant des années j'ai entendu la formule " et maintenant nous vous invitons à passer en 819 lignes pour voir le suite de nos programmes" Après quoi, annonce en sens inverse, nous vous invitons à repasser en 625 lignes. Les téléviseurs plus modernes faisaient la conversion automatiquement par un signal envoyé par l'émetteur. Comme il n'y avait aucune télécommande, il ne fallait alors plus se lever de son fauteuil !"

Cette même année 1970 et dans la même optique, Télé-Luxembourg abandonne le 819 lignes sur son canal E7, permettant aux téléspectateurs belges de la capter dans les mêmes conditions que leurs émissions nationales.

Parallèlement, pour les téléspectateurs français, un émetteur UHF d'une puissance apparente rayonnée de 1000 kW ést mis en service sur le canal 21 avec les mêmes caractéristiques techniques que celles de la Deuxième Chaîne ORTF : norme L, polarité positive de la vidéo, son AM entre autres. Avec, toutefois, un diagramme directionnel d'antenne principalement orienté vers le Nord-est de la France, et plus particulièrement la Lorraine.

Cependant, les téléspectateurs français éloignés ne sont pas en mesure de le capter car sa zone de service est bien moins vaste que celle du canal E7 en VHF. Dans les régions de Châlons-sur-Marne (qui deviendra Châlons-en-Champagne), Reims, Epinal, dans l'ouest du département des Ardennes et le nord de la Haute-Marne, ils se voient désormais privés de cette station à laquelle ils se sont d'autant plus attachés qu'ils ont souvent investi dans des installations coûteuses pour la recevoir :


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Une installation de réception à longue distance de Télé-Luxembourg à Reims (Marne)
Deux longues antennes captent le canal E7 en polarisation horizontale,
tandis que le petit râteau en polarisation verticale capte la RTF de Reims sur le canal F5,
d'abord sur le petit émetteur provisoire de la tour PTT de Vrigny, puis sur Hautvilliers.
Après l'abandon du canal E7, Télé-Luxembourg ne sera plus capté à Reims.

Merci à kiki37 pour ce document techniquement et historiquement très intéressant.
Pour en savoir plus sur le "rotateur" (ou "rotor") d'antenne, cliquer ici

Entre temps, à l'automne 1972, la couleur fait enfin son apparition sur Télé-Luxembourg : en PAL sur le canal E7 désormais destiné à l'Est de la Belgique, et en SECAM sur le canal 21 principalement reçu en Lorraine.

A Nancy, nous le verrons très prochainement, le canal 21 est d'ailleurs désormais reçu bien plus confortablement que l'ancien canal E7, qui obligeait les installateurs à équiper les téléviseurs d'un "réjecteur", augmentant ainsi le prix d'achat des téléviseurs (nous en reparlerons en abordant la mise en service des émetteurs lorrains de la R.T.F.). Par contre, la réception hors de la Lorraine est désormais bien plus aléatoire, l'O.R.T.F. n'ayant aucun scrupule à mettre en service sur ce même canal 21, des réémetteurs de la Deux dans le Sud des Vosges ou en Champagne, interdisant toute réception à longue distance de l'émetteur luxembourgeois.

En 1978, dans le cadre de son développement de la télévision, la C.L.T. envisage sérieusement de s'attaquer au marché ouest-allemand grâce à son puissant émetteur VHF reçu presque jusqu'aux portes d'Aix-la-Chapelle, Francfort ou Stuttgart : la Sarre, la Rhénanie-Palatinat et le pays de Bade pourraient parfaitement recevoir le canal E7, qui a l'avantage de pouvoir être immédiatement reçu par les téléviseurs d'outre-Rhin en le basculant simplement à la norme B
allemande (625 lignes, polarité vidéo négative, son FM notamment), et en orientant ses antennes vers l'Allemagne de l'Ouest.

Un émetteur complémentaire est donc mise en route sur le canal 27 UHF, à la norme G PAL proche de la norme H belge (une simple question de bande "vestigiale" entre canaux les différencie), avec son diagramme orienté lui aussi vers l'Est de la Belgique. Comme les Lorrains quelques années plus tôt, les Wallons seront appelés à un moment ou à un autre à abandonner le canal E7 au profit du canal 27.

Mais le 31 juillet 1981 à la mi-journée, un Mirage de l'Armée de l'Air belge percute de plein fouet la moitié supérieure du pylône de Dudelange, qui, lourde d'une centaine de tonnes, s'effondre avec ses antennes, faisant en plus du pilote belge, deux victimes parmi le personnel de la station, un technicien et son épouse en train de déjeuner :

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La moitié inférieure du pylône après l'accident du 31 juillet 1981.
Haut de 285 mètres, il sera reconstruit à l'identique en 1982.

Document : Wikipedia - © Schaefc



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L'accident de Dudelange évoqué le jour-même dans les
journaux télévisés de la R.T.B. et de Télé-Luxembourg


© Documents RTBF et RTL-TVi

Source : Antoine Libotte
(vidéo originale V2000 convertie en VHS puis numérisée)

Cliquez dans l'image ou ici pour voir la vidéo ou pour la
télécharger (clic droit, "Enregistrer la cible..." - Taille : 94 Mo)



En plus du deuil qui la frappe, la catastrophe est économiquement terrible pour Télé-Luxembourg, privée de diffusion hertzienne sur ses trois canaux et obligée de reconstruire entièrement un pylône émetteur, ce qui ne se fait pas en quelques jours.

Dès le lendemain, en compensation des dommages créés par son avion militaire, la Belgique met fin au monopole de la R.T.B.F. et de la B.R.T. en autorisant le relais de Télé-Luxembourg sur les réseaux câblés belges. Or ceux-ci sont en plein développement dans tout le pays, ce qui ouvre à Télé-Luxembourg les portes de l'ensemble du marché belge de la publicité télévisée, à laquelle les chaînes publiques n'ont pas accès.



Édité par kiki37 le 05/06/2022 à 14:36:58
C Colorix
Parallèlement, le temps que l'émetteur de Dudelange soit reconstruit, la C.L.T. obtient du Président François Mitterrand en personne l'accord pour que Télé Diffusion de France (alors organisme d'Etat) relaie Télé-Luxembourg en 625 lignes couleurs SECAM sur l'émetteur TF1 de Metz-Luttange, sur le canal F6-H initialement prévu à la norme 819 lignes. Ce n'est pas une nouveauté, car depuis 1973 TMC émet dans les mêmes conditions, des émissions en couleurs sur son canal F10-H également conçu pour le 819 lignes.

TDF relaiera Télé-Luxembourg en couleurs seulement à partir du 25 février 1982 mais entre temps, nombreux sont les Lorrains qui, pour la capter, ainsi que TF1, ont remplacé leurs anciens râteaux VHF par des antennes UHF désormais incapables de capter le canal F6. Par ailleurs dans les régions hors de portée de Luttange, à Longwy, Forbach ou Sarrebourg, il n'y a aucun relais de prévu. La réception de la chaîne en souffrira sérieusement jusqu'à la reconstruction de ses équipements.

Courant 1982, un
pylône autoporté de 285 mètres est reconstruit à Dudelange, hébergeant de nouvelles antennes pour ses trois émetteurs :

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Le nouveau pylône autoporté de Dudelange construit en 1982
Document : Wikipedia - © Les Meloures


Entre temps, la chaîne abandonne le nom qui a fait sa renommée, RTL Télé-Luxembourg, au profit de celui plus générique de RTL-Télévision.

Courant 1983, des étuides et des essais techniques sont menés pour concrétiser le projet de chaîne en allemand, tandis que les téléspectateurs belges et français voient, à partir du 12 septembre, leurs programmes se séparer à certaines heures, avec des journaux et des jeux, entre autres, orientés plus particulièrement sur chacune des deux audiences, belge et française. Ceci amènera plus tard la CLT a séparer définitivement celles-ci avec la création de RTL-TVI en Belgique en 1987.

Le 2 janvier 1984 est officiellement lancée RTL Plus, de langue allemande, en direction des téléspectateurs de l'ouest de la République Fédérale Allemande, qui la captent sur le canal E7 reconverti à la norme B 625 lignes, couleur PAL, en vigueur dans leur pays. Ils n'ont qu'à s'équiper d'une antenne orientée sur Dudelange, dont le diagramme directionnel est orienté vers l'Est. RTL Plus, qui deviendra plus tard RTL Television, est alors la seule chaîne privée germanophone à émettre en hertzien sur le territoire allemand. Plus tard, certains Länder (Etats fédérés) autoriseront des relais locaux de faible puissance aux chaînes commerciales : RTL Television, SAT1, Pro7, etc.

En 1991, la quasi-totalité des téléspectateurs belges regardant RTL-TVI sur le câble (on ne trouve pratiquement aucune antenne TV sur les toits belges), il est décidé de lui attribuer le canal 24 (limité à 200 kW de P.A.R.) en attribuant les 1000 kW de son canal 27 à une nouvelle chaîne "nationale" de langue luxembourgeoise (un dialecte proche de l'allemand), RTL-Lëtzebuerg.

Le 23 janvier 1995 marque les 40 ans de l'arrivée de la télévision au Luxembourg. Ce soir-là, la chaîne reçue en France, qui avait entre temps changé une fois encore de nom en devenant RTL-TV, prend désormais celui de RTL9, avec l'abandon du format généraliste au profit de celui du créneau "famille-divertissement" étroitement lié à son développement sur le câble et le satellite en France. Mais ce sera aussi le début d'une période de plus en plus sombre pour la chaîne, qui se verra privée progressivement de ses animateurs et journalistes, puis de sa présence en Lorraine avec l'abandon de son décrochage local spécifique, avec, aussi, sa vente au groupe français AB désormais son seul propriétaire. Une station locale "Air" tentera sans succès de récupérer son audience avant de déposer le bilan au bout de quelques mois et l'arrivée de la TNT ne changera rien à la donne...
Édité par kiki37 le 05/06/2022 à 14:41:46
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Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : la Lorraine

Le samedi 14 mai 1955, le jour-même de l'inauguration officielle de Télé-Luxembourg depuis le grand auditorium de la Villa Louvigny, la RTF contre-attaque avec la mise en service de deux émetteurs à Nancy et Metz, villes situées sur le parcours de son faisceau hertzien Paris-Strasbourg :

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Extrait d'un document collection kiki37
Merci à lui !


Toutefois, les moyens financiers et techniques sont limités et ces deux "postes", comme on dit alors, sont de faible puissance : 100 watts pour Metz et ses environs, 50 watts pour Nancy et son bassin. Le gros émetteur régional de 20 kW prévu au plan de Stockholm devra attendre un peu...


1) Metz : le Mont Saint-Quentin puis Luttange

C'est sur les hauteurs du Mont Saint-Quentin, qui domine Metz à l'ouest, qu'on a installé, près du fort du même nom, hérité des hostilités franco-allemandes de 1870, une tour de relais pour le "câble hertzien" reliant Paris à l'émetteur de la rue Lauth à Strasbourg :

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La tour de relais hertzien du Fort Saint-Quentin
d'où furent émises les premières images de la RTF à Metz

Document www.hertzien.fr
Photographie © M. Arnaud AUGUSTE, mai 2008


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Le Mont Saint-Quentin et la tour hertzienne dominant Metz
Document © Le Républicain Lorrain


C'est donc tout naturellement sur cette tour, également connue sous le nom de Scy-Chazelles, sa commune d'implantation, qu'on met en service un petit émetteur de 100 watts sur le canal F6-H qui sera ensuite utilisé par l'émetteur régional de Luttange, au nord-est de Metz.

Comme à Lille, Strasbourg ou Marseille, ceci obligera un an plus tard les téléspectateurs messins à faire réorienter leur râteau vers le nouvel émetteur et, dans certains cas, insérer un "suppositoire" (un atténuateur) sur la descente d'antenne de leur récepteur à cause de l'énorme différence de puissance entre les deux sites d'émission.

Le 31 juillet 1956, la RTF met enfin en service son émetteur régional reçu dans la majeure partie de la Lorraine, à l'exception de certaines zones du nord de la région, près de la frontière :


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L'émetteur de METZ Luttange au début des années 60.
Sous les panneaux du canal F6-H au sommet,
ceux de la radio à modulation de fréquence.



Ceci, nous y reviendrons un peu plus loin, nécessitera l'installation d'émetteurs de faible puissance à Longwy (40 Watts crête-image) et bien plus tard, par manque de fréquence VHF libre près de Sarrebrück, d'un relais en 819 lignes UHF à Forbach dans les années 70.

Au Sud, un autre émetteur de 40 Watts
sera installé à Epinal, première étape d'une phase de développement de relais locaux dans les vallées vosgiennes.
Édité par kiki37 le 05/06/2022 à 14:47:30
C Colorix

2) Nancy : Vandoeuvre puis Malzéville



Le même jour qu'à Metz, le samedi 14 mai 1955, les habitants de Nancy voient eux aussi arriver les premières images de la RTF en concurrence directe avec la grande soirée de Télé-Luxembourg. Mais pour eux les conséquences sont bien différentes : le canal F7-V, choisi pour l'agglomération nancéienne, provoque des interférences avec l'émetteur luxembourgeois, et réciproquement : leurs fréquences sont trop proches. Avec seulement 0,95 MHz d'écart (il faudrait au minimum 2 MHz), le son de la RTF sur 188,30 MHz "entre" dans la vidéo du canal E7 (189,25 MHz), qui elle-même de son côté gêne l'audition des émissions de Paris.

Pourtant, l'émetteur est peu puissant, avec 50 watts seulement. Son petit pylône s'élève sur les hauteurs de Vandoeuvre, au Sud de la ville mais cette bourgade encore rurale va être appelée dans les années suivantes à se transformer radicalement, avec la construction d'une immense zone d'urbanisation.


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A gauche, le pylône de Nancy-Vandoeuvre au début des années 60.
Il n'y a pas actuellement de vue plus rapprochée de cet émetteur.


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Dominant la ZUP en pleine construction, le petit pylône TV se dresse en lisière de forêt
Un grand merci au Service Documentation de la Mairie de Vandoeuvre-les-Nancy

qui a très aimablement mis à disposition ses prises de vues aériennes inédites.


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La base du pylône sert désormais de relais GSM au 6 rue du Bois le Duc,
le terrain ayant été revendu après le transfert de l'émetteur à Malzéville.
Doc.
© Google Street View
Merci à kiki37 pour la retouche d'image



Dans la zone de réception, les téléspectateurs seront obligés de faire insérer un filtre "réjecteur" destiné à réduire ces interférences mutuelles.

On peut se poser la question du choix de ce canal F7 à Nancy, où par exemple le canal F11 (203,45 - 214,60 MHz) aurait pu être utilisé sans problème, aucun émetteur puissant n'utilisant sa bande de fréquences dans l'Est de la France ou dans les pays frontaliers limitrophes.

En 1963, la station de télévision régionale de la RTF est "arrachée" par Nancy aux dépens de Metz. Elle est installée temporairement dans les bâtiments de "Nancy-Thermal" qui accueillent déjà la radio régionale RTF de Lorraine :


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Dominant le bâtiment de
"Nancy-Thermal", le petit pylône du faisceau hertzien envoyant les
émissions régionales "Lorraine-Champagne Ardenne" à l'émetteur régional de Metz-Luttange.

Document © 100ansderadio.free.fr

L'arrivée prévue de la Deuxième Chaîne vers 1965 va amener l'ORTF à remplacer ce petit émetteur par un pylône bien plus grand, beaucoup mieux adapté à la couverture UHF du Sud de la Lorraine, qui ne captera pas l'émetteur de Metz-Luttange.

Le choix se porte, malgré le voisinage immédiat d'un petit aéroport, sur le plateau de Malzéville au nord-est de Nancy.

Un mât de 200 mètres de haut accueillera donc le petit émetteur de 50 Watts de la Première Chaîne, toujours sur le canal F7-V, ce qui obligera les téléspectateurs nancéiens, comme ceux de Metz pour Luttange, à réorienter leur antenne.

Quant à la diffusion UHF, celle-ci sera assurée par un émetteur de 20 kW (soit une puissance apparente rayonnée de 500 kW) sur le canal 29-H, bien reçu dans un rayon d'une cinquantaine de kilomètres alentours.


Édité par kiki37 le 05/06/2022 à 14:56:02
C Colorix
.
L'émetteur de Vandoeuvre est donc remplacé par celui de Malzéville à l'occasion de l'arrivée de la Deuxième Chaîne dans la région. Quelques années plus tard, en 1971, Vandoeuvre devenue une vaste commune très moderne accueillera à nouveau la télévision, mais sous une forme différente : la station régionale de Nancy quittera ses locaux malcommodes de l'établissement thermal pour s'installer dans une confortable "Maison de l'ORTF" flambant neuve sur la route de Mirecourt :


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La station régionale de Lorraine mise en service en avril 1971 à Vandoeuvre-les-Nancy
Noter la forêt d'antennes TV sur la tour, destinées à capter les TV étrangères limitrophes

Document © INA et Getty Images

De son côté, l'émetteur de Malzéville dispose lui aussi d'un bâtiment moderne et fonctionnel pour accueillir les deux chaînes de télévision et les trois radios FM de l'ORTF :

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Le bâtiment de Malzéville en construction en avril 1965.
Le faisceau hertzien est pratiquement le frère jumeau de celui de Nancy-Thermal

Document © Blog J'aime notre Lorraine

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Avec ses 220 mètres, le pylône de Malzéville est aussi haut que ceux de Caen et Nantes
Document © Panoramio - Photographie © gilbert54690

Visite de l'émetteur de Malzéville (TéléDiffusion de France) dans les années 93/95
https://youtu.be/X2N5sg9m6Lk
(merci à Whaka sur le forum Rétrotechnique )

Toutefois, certaines parties de la Lorraine reçoivent mal ces deux émetteurs principaux de Luttange et de Malzéville. C'est notamment le cas dans le nord, près de la frontière belge à Longwy, dans l'Est, sur les flancs des Vosges près de Sarrebourg, et dans le Sud à Epinal et dans les vallées vosgiennes vers Saint-Dié et Gérardmer.

Des relais de faible puissance sont donc installés dès les années 60 dans plusieurs endroits de la région, ne serait-ce que pour contrer la forte pénétration de Télé-Luxembourg à Longwy, Epinal, Verdun, Sarrebourg, Vittel, Saint-Dié, Sarreguemines, etc avec des puissances allant de 300 milliwatts à 40 Watts maximum.

Pour la Deuxième Chaîne par contre, l'ORTF installe des émetteurs "intercalaires" à Sarrebourg, sur le Donon, à Epinal, dans le Bois de la Vierge près de la ville, à Vittel, Contrexéville et Bar-le-Duc, tous de moyenne puissance, de quelques kilowatts à 10 ou 20 kW selon les cas.

nous l'avons vu, ces émetteurs permettent non seulement de couvrir les zones non atteintes par les émetteurs principaux, mais aussi de mieux adapter la couverture des stations régionales de l'ORTF par rapport à leurs circonscriptions régionales administratives, les futures régions.

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Photographies © T.D.F.


Édité par kiki37 le 03/02/2024 à 16:42:54
C Colorix
Les régions de Vittel et Bar-le-Duc se voient elles aussi dotées d'émetteurs intercalaires de radio FM et de télévision UHF qui améliorent très sensiblement la réception dans ces zones un peu éloignées :

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Documents © T.D.F. et © 1959 Télé 7 jours

Cependant, ainsi que l'a souligné notre ami Baisin, tous les téléviseurs n'étaient pas en mesure de capter ces émissions "hybrides" : le sélecteur de programmes devait être en mesure de commuter ensemble la définition 819 lignes et la bande UHF, ce qui était possible avec les téléviseurs équipés de deux touches "819/625" et "VHF/UHF" séparées.

Par contre c'était impossible avec par exemple un téléviseur Philips muni d'un levier, commutant soit en 819 VHF soit en 625 UHF, ou avec un téléviseur Ducretet-Thomson prévu pour capter le "625 lignes VHF belge" en enclenchant à la fois les touches 1 (819 VHF) et 2 (625 UHF), mais qui ne pouvait pas commuter en 819 lignes UHF.

En plus de Forbach, plusieurs autres émetteurs "hybrides" fonctionnèrent en 819 lignes UHF avant de basculer en 625 lignes couleur lors de la duplication en 625 SECAM de leur émetteur pilote : Montpellier, Alès, Millau... et surtout "Paris-Nord Sannois" et "Paris-Sud Villebon" qui en décembre 1975 bénéficièrent d'une mesure particulière sur leur canal TF1 819 lignes UHF en prévision du passage de TF1 en couleur le 20 décembre en région parisienne.

A l'époque, les actualités régionales étaient diffusées simultanément sur les trois chaînes.

Aucun rapport avec l'ego (déjà) sur-dimensionné de certains élus locaux de l"époque, à qui cette mesure du "menu unique" ne déplaisait pas, bien sûr... En fait cela permettait de fournir simultanément à des régions limitrophes couvertes par un même émetteur, les journaux de ces deux (puis même trois parfois) régions : par exemple sur Niort Maisonnais, FR3 Poitou-Charentes sur TF1, mais FR3 Pays de Loire sur A2 pour le Sud Vendée qui ne pouvait capter Nantes Haute-Goulaine. Idem pour le Pic du Midi qui diffusait Toulouse sur TF1 et Bordeaux sur A2.

Donc en décembre 1975 les téléspectateurs de Sannois et Villebon entendaient le message suivant à la place de celui de leur journal régional sur TF1, qui émettait tout à coup en 625 lignes couleurs (il s'agit d'une reconstitution, les JT parisiens de l'époque étant non publiés par l'INA) :


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Document audio © M. Thierry Vignaud 1975
Document vidéo © I.N.A. 1975


Si votre navigateur n'affiche pas cette vidéo cliquer ici
(clic droit "sauvegarder sous..." si vous souhaitez la télécharger -taille 33 Mo).



L'histoire ne dit pas si cette "émission expérimentale" s'est répétée à Forbach et dans les autres sites concernés.

Ceci termine notre étape au Luxembourg et en Lorraine.
N'hésitez pas à intervenir si vous avez des remarques ou des questions sur ce qui précède (ainsi que les étapes précédentes si vous le souhaitez).

La prochaine région abordée sera la Champagne-Ardenne (Reims, Troyes, Mézières, Chaumont...) dans quelque temps, afin de vous laisser vous aussi participer à ce fil de discussion sur l'histoire de la télévision dans nos régions.

Donc, à vous l'antenne !

Édité par kiki37 le 05/06/2022 à 15:13:30
B BAISIN
Pour Dudelange, il y a une sacrée longévité du Canal E7 VHF Bande III

D' abord 819 lignes Belge( B.Passante "charcutée"), puis 625 lignes belge, puis norme B en 1990, pour RTL+ deutsch, puis, de nos jours, toujours le Canal E7 VHF Bande III, mais en norme DVB-T MPEG 2 SD MP@ML !
B BAISIN
Colorix a écrit

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Pour les " intercalaires" en UHF 819 lignes, tous les tv ne pouvaient pas capter ces signaux.
B BAISIN
Pour les radios privées de 1980, une radio " libre " était bien écoutée sur la Cote d' Azur, et la Rivièra: RADIO VINTIMILLE INTERNATIONAL ( RVI )
M mw963
Merci pour l'etape Metz/Nancy Colourix!

Keep up the good work, en fonction de ta sante....
C Colorix
Bonjour ! smiley

Notre longue étape Luxembourg-Lorraine se termine donc ici avec Forbach et c'est donc maintenant à vous, chers amis, de prendre le relais pour apporter vous aussi vos remarques, souvenirs, questions ou autres (ainsi que sur les précédentes étapes de ce "Tour" si vous le souhaitez).

Ce type de fil de discussion est en effet totalement différent d'un forum de contributions au coup par coup, comme celui des "photos d'antennes drôles, hors normes" de notre ami Cricri, par exemple, où chacun peut intervenir sans contraintes.

Ici, la (longue) histoire de ces émetteurs, la profusion des infos et des documents (photos, vidéos) sont très contraignantes lorsqu'il y a de longs textes à écrire et à illustrer, ce qui malheureusement bride tout dialogue en direct, lequel viendrait alors interférer dans la trame de l'étape et gênerait son suivi logique. C'est ce que nous avons dû gérer avec difficulté, avec kiki37 qui y avait largement contribué, pour l'étape PACA qui s'était retrouvée éparpillée un peu partout, plus personne ne s'y retrouvait et la remise en ordre logique avait été longue et difficile.

C'est donc à la fois très handicapant et très frustrant, et je tiens à vous remercier pour votre compréhension et votre patience à cet égard, notamment ceux qui ont gentiment déplacé leurs commentaires pour faciliter la trame de l'étape en cours.

La prochaine région abordée, bien moins complexe et bien plus rapide à visiter, sera la Champagne-Ardenne (Reims, Troyes, Mézières, Chaumont...) dans quelques semaines, le temps de récupérer un peu, et surtout de vous laisser, à vous-mêmes, tout le temps de participer à ce fil de discussion, qui est aussi le vôtre !

A bientôt,
Édité par Colorix le 13/04/2016 à 03:22:37
K kiki37
Colorix a écrit Bonjour ! smiley

Notre longue étape Luxembourg-Lorraine se termine donc ici avec Forbach

Eh bien , non, cher ami Colorix: la région est n'a pas été sans poser des problèmes et créer des anecdotes, relayées ici dans les numéros de la revue "antennes" publiée par Télédiffusion de France (alors organisme d'état).

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N.B. l'histoire de la duplication des émetteurs de TF1 est sous ce lien page 47, post 466
Édité par kiki37 le 09/02/2018 à 19:28:07
K kiki37
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Édité par kiki37 le 09/02/2018 à 19:31:41
K kiki37
Automatisation des réseaux de diffusion
Afin d'assurer la continuité de diffusion, TéléDiffusion de France (établissement public) a maintenu dans les centres émetteurs principaux des équipes d'exploitation présentes pendant toute la durée de fonctionnement. Pour cette même raison, des émetteurs (ou certains étages) sont doublés, ce qui assure la fiabilité accrue du système.
à l'horizon des années 1980, l'introduction de l'automatisme fait disparaître la contrainte de présence des équipes d'exploitation. Grâce à la téléexploitation, 54 centres de télévision dits "intercalaires" sont exploités sans personnel permanent, les télécommandes et signalisations nécessaires étant ramenées sur 18 stations pilotes.

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À partir des années 80 ce système de télésurveillance est étendu à des centres d'émission plus importants., en commençant par la zone expérimentale de la région Est.
En Alsace, l'automatisation touche successivement les centres de:
• Mulhouse-Belvédère, après modernisation de l'émetteur 2ème chaîne
• Strasbourg-Sélestat (radio) après modification ou confortement de l'émetteur le plus ancien.
• Strasbourg-Nordheim, après confortement de l'émetteur 2ème chaîne.(1980)
• Mézières-Sury après l'échange de l'émetteur 2ème chaîne (fin 78)
• Besançon-Le Lomont après renouvellement de l'émetteur 2ème chaîne (fin 79)
Viendront ensuite Reims et Troyes après l'arrêt des émissions 819 lignes.
En radio, la station de Nomény sera confortée par un émetteur de secours

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Ce sera par la suite le tour de la Bretagne puis de l'Ouest (1985)
Édité par kiki37 le 09/02/2018 à 19:33:56
K kiki37
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Édité par kiki37 le 09/02/2018 à 19:34:55
B BAISIN
J' avais remarqué, sur les caractéristiques des PAR d' émission, que NORDHEIM STEPHANSBERG, et MULHOUSE BELVEDERE, figuraient parmi les plus puissants en UHF analogique

Puissance > 1250 KW PAR , sans doute pour que les FFA puissent facilement capter ces émetteurs en Rhénanie, et Bade Wurttemberg.

En outre, les FFA basé dans le Bade Wurttemberg captaient, en plus de TF1, A2, et FR3, la TSR 1 via St Crischona.
Ceux de la Rhénanie captaient aussi la RTBF, ainsi que Dudelange, avec RTL Belgique Wallonne.

Je me rappelle, comme si c' était hier, quand Delphine Déliat annonça l' activation de TF1 625 lignes SECAM, en Décembre 1979, sur le canal 62 UHF, de NORDHEIM STEPHANSBERG( avec sa PAR phénoménale ! )

Je crois que, vu sa PAR, l' émetteur du BELVEDERE de Mulhouse, devait " cracher" loin, ses canaux UHF 21, 24, et 27, et être capté dans tout le Mittelland Suisse, le Jura Suisse, voire, même jusqu' au Bodensee( si ça se trouve, les FFA basés à Fredrichshafen pouvaient le capter !), en passant par Lucerne, Zurich, Berne( j' avais capté cet emetteur au sommet de la Jungfrau/Jungfraujoch, avec un mini tv portable ! )
Édité par BAISIN le 22/04/2016 à 16:48:32
C Colorix
Les antennes d'émission TV en France dans les années 50-60 : la Champagne-Ardenne

Nous l'avons vu précédemment, deux facteurs ont contribué à développer la télévision plus vite que prévu dans l'Est de la France : d'une part d'abord, l'arrivée de chaînes étrangères sur le territoire français (La TV allemande en Alsace, Télé-Luxembourg en Lorraine), puis le tracé du faisceau hertzien Paris-Strasbourg permettant à la R.T.F. de lancer, dans un premier temps, de petits relais provisoires avant de mettre en place les émetteurs régionaux définitifs.


1) Reims : Vrigny puis Hautvillers

Ainsi, comme pour la Lorraine, la Champagne bénéficiait-elle à la fois des émissions de Télé-Luxembourg (puis plus tard, de la TV belge) dans sa partie septentrionale, mais aussi du passage du "câble hertzien" de la R.T.F. par Vrigny, à 10 km à l'Ouest de Reims, en extrême limite de réception de l'émetteur luxembourgeois :



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La tour hertzienne dominant le village de Vrigny
a diffusé la "Télévision Française" de 1955 à 1958


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Dominée depuis par un pylône plus élevé, la Tour était accompagnée du
logement habituel pour le personnel, rasé récemment car devenu inutile.
Capture d'écran © Google Street View


Bien sûr, pour lutter contre la concurrence luxembourgeoise qui arrive, même difficilement, sur la cité rémoise depuis quelques mois, la R.T.F. met en service dès le 13 novembre 1955 dans cette tour de Vrigny un équipement provisoire de 50 Watts de P.A.R. couvrant la ville et ses environs sur le canal F5 -V, destiné ultérieurement à l'émetteur régional de Hautvillers, près d'Epernay, à 20 km plus au Sud. Là encore, comme à Metz et à Nancy, les téléspectateurs seront obligés de faire plus tard réorienter leur antenne pour continuer de recevoir les émissions de la "Télévision Française".


Le 23 décembre 1958, l'émetteur de Hautvillers est enfin mis en service avec une puissance crête-image de 10 kW et un pylône haut de plus de 200 mètres :

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Le pylône de Hautvillers surmonté de ses panneaux
rayonnants sur le canal F5-V en 1961.

Document © Delcampe.net

Ainsi que l'a expliqué le journaliste Claude Pierrard (qui animera plus tard "Croque Vacances" pour les enfants) lors des 50 ans de la station, Hautvillers diffusera à partir du 25 février 1965 un journal régional de dix minutes uniquement sur la toute nouvelle 2ème chaîne (la Première continuant de relayer celui de Nancy commun aux deux régions Lorraine-Champagne Ardenne) jusqu'à ce que la séparation soit effective et permette la diffusion du journal "champardennais" sur les deux chaînes :


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Le générique d'ouverture du journal dans les années 60
Cliquer sur l'image pour afficher la vidéo
ou clic droit
ici pour la télécharger

Document © INA.fr




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L'évocation de l'ORTF à Hautvillers par le journaliste Claude Pierrard
Cliquer sur l'image pour afficher la vidéo
ou clic droit
ici pour la télécharger

Documents © INA et Cinquantenaire France 3 Champagne-Ardenne

Édité par kiki37 le 05/06/2022 à 15:25:47
C Colorix
2) Mézières Sury

Comme pour l'émetteur de Nancy-Vandoeuvre, on ne dispose malheureusement d'aucun document photographique ancien présentant en détail celui de Mézières Sury à l'époque de la RTF.

Les seules photos "anciennes" actuellement connues sont celles de TDF (voir ici ) et du site de Thierry Vignaud (voir ici) montrant le remplacement de l'ancien mât haubané par un pylône autoporteur de 105 mètres dans les années 2004-2005 :


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L'ancien mât haubané de Sury lors de son remplacement
par un pylône autoporteur en mai 2005.
Les panneaux bande III ont été démontés dès la fin du 819 lignes
en 1983, le canal 8A étant remplacé par le 36 UHF pour Canal Plus.
Ils se trouvaient vraisemblablement sous le cylindre UHF.
Détail d'un cliché © TDF (voir l'original ici)


Installé en complément de l'émetteur de Reims qui n'atteignait pas le nord du département des Ardennes, le relais de la RTF à Sury, à l'ouest de Mézières,eut d'abord le statut de réémetteur dès la fin avril 1959 avec une puissance de 125 Watts crête-image, portée à 500 Watts en 1961.

Piloté et supervisé par Hautvillers avant d'être lui-même intégré quelques années plus tard dans le réseau des émetteurs principaux, Sury se vit attribuer le canal 8A (174,10-185,25 MHz) comme Paris et Lille mais en polarisation verticale. Il y a lieu de penser que le choix de ce canal (au lieu du canal 8 planifié au niveau national sur 175,35-186,55 MHz) associé à la polarisation verticale, était motivé par la présence de la Belgique wallonne toute proche.

En effet, nous l'avons vu précédemment, une grande partie de celle-ci captait depuis 1950 ce canal particulier sur l'émetteur de Lille. Ce choix simplifiait peut-être le travail des techniciens belges comme français pour la planification des fréquences dans cette région frontalière saturée par les émetteurs français, belges (wallons et flamands), luxembourgeois, ouest-allemands et néerlandais...d'où le peu de place disponible dans la bande VHF dès cette époque. Le voisinage des canaux E7 de Télé-Luxembourg et F8A de Sury obligeait même certains téléspectateurs ardennais à équiper leur récepteur d'un "réjecteur", comme à Nancy. L'arrivée du canal 21 UHF de Télé-Luxembourg en 1971 puis la duplication de TF1 en couleur en 1979 sur les trois émetteurs principaux champenois et ardennais, permirent de résoudre définitivement ces problèmes d'interférences mutuelles.


3) Troyes Les Riceys

Alors que la concurrence venue d'Allemagne et du Luxembourg avait obligé la R.T.F. à mettre en service dès que possible des émetteurs près des frontières, la situation était moins préoccupante dans le sud de la Champagne et l'administration prit tout son temps pour y développer son réseau TV.

Initialement, le plan de Stockholm de 1952 prévoyait un émetteur de 50 kW en bande I sur le canal F2-H à Auxerre, dans l'Yonne, et un autre de même puissance à Chaumont (Haute-Marne) sur le canal F12-H :


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Troyes-Les Riceys se trouve à mi-chemin entre les sites d'Auxerre
et Chaumont initialement prévus au Plan de Stockholm de 1952.
A noter qu'une zone de brouillage mutuel aurait existé dans le sud
de la Seine-et-Marne entre le canal 2-H (41,25-52,40 MHz) et
Paris 441 lignes (42-46 MHz pol. V, en pointillé sur la carte)
si ces deux émetteurs avaient dû coexister jusqu'en 1956.

Source : "Technique de la télévision" (tome 1) par AVJ Martin
Téléchargeable ici (taille 6 Mo) - © Sté des Editions Radio 1953




En fait, les mesures de champ des émetteurs de la Tour Eiffel, de Hautvillers et de Bourges qui entouraient cette zone à couvrir, permirent de déplacer l'émetteur bande I plus au nord, près de Troyes, et de supprimer en conséquence celui de Chaumont. Plus tard toutefois, cette ville se verra attribuer un "intercalaire UHF" sur le site, particulièrement glacial en hiver, du plateau de Chalindrey. Nous y reviendrons dans le prochain sujet consacré aux intercalaires UHF champenois, avec des documents passionnants de notre ami kiki37.

Comme elle l'avait déjà fait dans d'autres villes (Strasbourg, Alger), la RTF mit donc en service son émetteur de Troyes, sur la commune des Riceys, une veille de Noël, le 24 décembre 1960 :


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Surmonté de ses imposants panneaux bande I
en polarisation horizontale, l'émetteur des Riceys en 1961

Document © Delcampe.net

Comme pour ses homologues de Caen et Limoges, la station de Troyes souffrait régulièrement des interférences provenant des émetteurs éloignés en bande I, mais aussi des parasites industriels et surtout des automobiles et des vélomoteurs à moyenne ou grande distance. Il faudra attendre 1979 avec la duplication de TF1 en UHF SECAM pour permettre, enfin, une réception stable dans la zone de réception des Riceys.


Et aussi... la radio en modulation de fréquence :


Retrouvée par un de nos contributeurs d'origine bourguignonne dans les archives en ligne du quotidien Le Bien Public, cette photographie a été prise le 15 mai 1963 dans la salle d'émission du centre RTF des Riceys, à l'occasion de l'inauguration officielle des trois émetteurs de radiodiffusion en modulation de fréquence.

A cette date ils diffusaient RTF-Inter (future France-Inter) sur 97,9 MHz, RTF-Haute-Fidélité (future France-Musique) sur 91,4 MHz et RTF-Promotion (future France-Culture) sur 95,3 MHz pour le sud de la Champagne-Ardenne et le nord de la Bourgogne, chacun avec une puissance réelle de 12 kW (soit environ 200 kW de P.A.R.) :

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On voit que ce sont trois émetteurs identiques, comportant chacun deux armoires, l'une à gauche
avec les étages de modulation et les réglages, l'autre à droite renfermant vraisemblablement
les étages de puissance. La dernière armoire, tout au bout à droite derrière le guide d'ondes,
contient sans doute le multiplexeur lui envoyant les trois porteuses de12 kW vers l'antenne.
.
Document © Le Bien Public
Cliquer sur l'image ou ici pour l'afficher en grande taille


Édité par kiki37 le 05/06/2022 à 15:31:53
C Colorix
4) L'émetteur intercalaire de Chaumont-Chalindrey

Ainsi que cela a déjà été expliqué lors d'étapes précédentes de ce "Tour de France", les ondes UHF des émetteurs principaux ayant une portée moins grande que celles en VHF, des stations intercalaires durent être installées pour combler ces zones d'ombre tout en permettant d'ajuster géographiquement la couverture des émissions régionales aux circonscriptions administratives, ancêtres des régions actuelles ou qui précédaient celles récemment regroupées.

C'est pourquoi, avec le développement de la Deuxième Chaîne de l'ORTF, celle-ci se vit imposer la duplication de certains journaux régionaux (normalement diffusés seulement sur la Première Chaîne) : lorsqu'une région avait une couverture commune avec une autre, les deux journaux régionaux étaient diffusés en parallèle sur les deux chaînes, même après l'installation d'émetteurs intercalaires (voir précédente explication
ici).
En Champagne-Ardenne, Troyes-Les Riceys a besoin d'être complété en UHF à l'est par un émetteur de complément dans le sud de la Haute-Marne.

Cette partie du territoire a d'ailleurs nécessité l'implantation par l'ORTF de trois émetteurs d'appoint pour l'ouest de la Lorraine : deux dans la Meuse (Verdun -Sept Sarges et Bar-le-Duc Willeroncourt) et un autre dans les Vosges (Vittel-Thuillières).

Tous trois ont la particularité de se ressembler fortement, en particulier parce que ce sont tous trois des mâts tubulaires :

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L'émetteur intercalaire de Verdun-Septsarges (Meuse)
Document © TDF



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L'intercalaire de Bar-le-Duc Willeroncourt (Meuse)

Document © TDF



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L'intercalaire de Vittel - Thuillières (Vosges)

Document © TDF


Côté champenois, le choix se porte sur le plateau du Cognelot, près de Chalindrey, au Sud-Est de Chaumont. Un pylône en treillis haubané de 200 mètres y est érigé par TDF en 1976 pour y relayer les trois chaînes couleurs prévues en UHF, et les trois réseaux nationaux FM de Radio-France. Sur FR3, les émissions régionales sont bien sûr celles de Champagne-Ardenne et la maintenance des équipements est assurée par les techniciens de l'équipe HF des Riceys :


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L'émetteur intercalaire de Chaumont- Chalindrey (Haute-Marne)

Document © TDF

Édité par kiki37 le 05/06/2022 à 15:36:19
C Colorix
Dans son n° 46 d'avril 1980, la revue "Antennes" de TDF consacre plusieurs articles à la réception TV à l'époque souvent très difficile dans le sud de la Champagne-Ardenne (nous y reviendrons), mais aussi aux conditions de vie du "gardien de phare" de l'émetteur de Chalindrey.

N'oublions pas, en effet, qu'à cette époque l'automatisation et la télé-exploitation des équipements n'étaient pas assurées sur intégralité du réseau. Même dans les centres intercalaires, les émetteurs étaient surveillés par un personnel logé sur place, pas forcément spécialisé mais capable d'assurer l'entretien et les interventions mineures, et de faire appel aux équipes techniques basées dans les centres principaux pour les pannes importantes.

Un grand merci à kiki37 qui a soigneusement gardé, dans sa précieuse collection personnelle, des documents et témoignages parfois savoureusement anecdotiques, comme celui-ci :

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Document © TDF - Collection kiki37

Édité par kiki37 le 05/06/2022 à 15:39:39
C Colorix
5) Les problèmes de réception dans le sud de la Champagne-Ardenne

Ce même N° 46 du magazine "Antennes" de TDF en avril 1980, aborde les diverses difficultés auxquelles étaient confrontés à l'époque les téléspectateurs ruraux, mais aussi les personnels techniques de TDF et leurs principaux interlocuteurs dans les cas de réception très difficile ou même impossible, les élus locaux.

Voici les divers (et nombreux) aspects de ces problèmes qui maintenant, avec le recours au satellite ou à l'ADSL, paraîtront totalement inconnus aux plus jeunes et leur feront découvrir qu'il n'a pas été toujours facile de recevoir des images correctes dans les campagnes champenoises il y a une quarantaine d'années :

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Document © TDF - Collection kiki37


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Document © TDF - Collection kiki37

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Document © TDF - Collection kiki37

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Document © TDF - Collection kiki37

Ci-dessous un autre article intéressant de la revue "Antennes" de TDF (n°42 de décembre 1979) précédemment mis en ligne par kiki37, concernant l'autre côté de la région Champagne-Ardenne, vers l'ouest, à sa limite avec la Picardie : l'émetteur intercalaire de Villers-Cotterets Fleury.

Ceci marque la fin de notre périple dans le Nord-Est de la France.

Prochaine étape : la Bourgogne-Franche-Comté avec les émetteurs provisoires à faible puissance de Dijon Mont-Afrique et de Besançon-Brégille respectivement mis en service par la R.T.F. les 3 novembre 1955 et 22 mai 1957, puis ceux à grande puissance de Dijon Nuits-St-Georges (13 avril 1958) et Besançon-Lomont (printemps 1961) et leurs intercalaires UHF.

Édité par kiki37 le 05/06/2022 à 15:45:42
K kiki37
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L'émetteur de nos jours:
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ses caractéristiques d'émission en TNT
Édité par kiki37 le 12/02/2018 à 19:15:09
M mw963
Merci Colorix et kiki pour ses "updates".

Je hate pour lire encore dans ce Tour de France emetteurs.
M mw963
En attendant des mis a jours de nos experts, j'ai essayé de preparer une carte pour Google Earth pour les emetteurs VHF de 819 lignes.

Les données se derivent des listes UER, une liste francaise de 1977, et une liste TDF de 1981. Les listes se trouvent souvent en désaccord, il me semble qu'une liste definitive sans erreurs n'a jamais existé, meme chez TDF.

Certains données sont fausses, Meymac est mal placé, et c'est seulment un example parmi beaucoup.

Mais voila, a voir si vous voulez



http://dl.dropboxusercontent.com/u/53353648/819%20line%20network%20Tx%20sites.kml

En cliquant sur un icone le canal utilisé s'affiche, aussi le lieu dit de l'emetteur.
Édité par mw963 le 04/06/2016 à 17:02:15
K kiki37
Bonjour MartinImage
Merci pour ta participation, malheureusement , il faudrait changer l'extension "kml" du fichier ou nous dire avec quel logiciel on peut l'ouvrir, car dans l'état il est pour moi inexploitable Image
M mw963
Ca ouvre avec Google Earth. Sur mon ordinateur c'est automatique, peut etre il faut faire apprendre a le votre de choisir Google Earth comme logiciel pour *.kml.

Apparement *.kmz c'est version "zipped" de *.kml, mais les deux doivent s'associer avec G.E.

Desole que tu as eu des problemes
M mw963
Tu peux aussi simplement demarrer Google Earth et puis

Fichier -> Ouvrir -> (choisis le fiche).
M mw963
Il faut ajouter que les co-ordinées geographiques dans ce fiche sont derivés des donnés de l'UER. Ces fiches n'expriment que les degres et minutes, pas les secondes, donc les icones sont placés approximativement en comparison avec ce qui doit etre possible.

Mais en combinaison avec les lieux dits et Geoportail c'est possible de les localiser.

Mais je suis conscient que c'est un limitation.....
M mw963
Tu n'as pas reussi kiki.....?
K kiki37
je t'ai répondu par MP