Streaming
 

L'explosion des frais de licence H.264 met les plateformes de streaming sous pression

Frédéric SCHMITT
7 avril 2026 à 11h55

Les plateformes de streaming payant risquent de voir leurs coûts exploser avec la restructuration des royalties H.264 imposée par la Via Licensing Alliance, qui gère les brevets du codec vidéo le plus utilisé au monde.

Une restructuration tarifaire discrète mais massive

La Via Licensing Alliance, successeur de MPEG LA, a modifié en toute discrétion son programme de licences pour le streaming utilisant le codec H.264, aussi connu sous le nom AVC. Jusqu'à récemment, les services de vidéo à la demande payante, les plateformes OTT et les réseaux sociaux bénéficiaient d'un plafond annuel fixe de 100 000 dollars, quel que soit leur volume d'abonnés. Cette mesure, en place depuis 2010, avait stabilisé les coûts pour l'ensemble de l'industrie.

Désormais, pour les nouvelles licences signées à partir de fin 2025 et applicables en 2026, un système à paliers remplace ce plafond. Les frais sont calculés en fonction du nombre d'abonnés :

  • Moins de 1 million d'abonnés : 100 000 dollars par an.
  • De 1 à 10 millions : 500 000 dollars.
  • De 10 à 100 millions : 2 millions de dollars.
  • Plus de 100 millions : 4,5 millions de dollars annuels.

Pour les géants comme Netflix ou YouTube, cela représente une multiplication par 45 des coûts potentiels. Les contrats existants ne sont pas affectés, mais toute nouvelle plateforme ou extension significative devra payer cette majoration.

Des conséquences inévitables sur les abonnements

H.264 reste le pilier de la diffusion vidéo en ligne, compatible avec presque tous les appareils et navigateurs. Les plateformes de streaming, qui encodent massivement en H.264 pour assurer une diffusion fluide, voient leurs marges se resserrer. Il est facile d'imaginer que ces frais supplémentaires seront répercutés sur les consommateurs via des hausses d'abonnements. Comme pour les taxes numériques ou les coûts énergétiques, les utilisateurs finaux paieront l'addition. Déjà, des services émergents en phase de croissance rapide pourraient reporter leur lancement ou limiter leur expansion.

Les alternatives pour contourner la hausse

Face à cette pression, les plateformes explorent des codecs alternatifs libres de royalties. L'AV1, développé par l'Alliance for Open Media et soutenu par Google, Netflix et Amazon, offre une compression supérieure à H.264 sans frais de licence. YouTube l'adopte déjà massivement. Le VP9, prédécesseur d'AV1, est une autre option royalty-free.

Le HEVC (H.265) promet une efficacité doublée, mais ses propres royalties, gérées par Via LA, restent élevées et fragmentées entre plusieurs brevets, rendant la transition complexe. Des solutions hybrides émergent, comme l'usage d'AV1 pour le stockage et H.264 pour la compatibilité. Cependant, la maturité des décodeurs AV1 sur tous les appareils n'est pas encore totale, freinant l'adoption massive.

Coup de pouce au piratage

Cette flambée des coûts pourrait paradoxalement booster le piratage. Des abonnements plus chers incitent les utilisateurs à chercher des alternatives illégales, où les streams pirates utilisent souvent H.264 sans se soucier des licences. Historiquement, les barrières économiques ont alimenté les sites de streaming illicite. Si les plateformes haussent leurs tarifs, le churn pourrait augmenter, profitant aux réseaux VOIP illégaux. Les ayants droit, via Via LA, pourraient ainsi scier la branche sur laquelle ils sont assis, en rendant les services légaux toujours moins attractifs. Et l'industrie de tourner le dos à ces ayants droit en se tournant vers des alternatives libres.

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