Politique
 

Rapport Alloncle disponible : des recommandations radicales pour réformer en profondeur l'audiovisuel public français

Frédéric SCHMITT
5 mai 2026 à 10h07

L'Assemblée nationale a enregistré le 27 avril 2026 le rapport n° 2698 de la commission d'enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public.

Rédigé par le député Charles Alloncle (UDR), rapporteur, ce document de plus de 550 pages dresse un bilan sévère du service public et formule une liste détaillée de recommandations ambitieuses, voire radicales, destinées à restaurer la confiance des téléspectateurs tout en réalisant d'importantes économies budgétaires.

Le rapporteur pointe des manquements répétés aux obligations d'honnêteté, de neutralité et d'impartialité, une sous-représentation chronique de certains courants politiques, une gouvernance fragilisée par des conflits d'intérêts et une gestion financière structurellement déficitaire. Face à ces constats, Charles Alloncle propose environ 78 recommandations structurées autour de trois axes principaux : la neutralité et le pluralisme, la réforme de la gouvernance et la rationalisation financière.

Renforcement de la neutralité et du pluralisme

Parmi les mesures phares figure l'application stricte de l'obligation de neutralité aux salariés du service public, y compris sur les réseaux sociaux, avec publication des sanctions disciplinaires. Le rapporteur préconise également la suppression pure et simple de France TV Slash, jugée incompatible avec les missions de service public en raison de ses orientations militantes. Il demande la publication trimestrielle par l'Arcom d'un indice automatisé du pluralisme élaboré avec l'intelligence artificielle, mesurant la diversité thématique, la représentation géographique et la répartition des angles éditoriaux.

Arte, LCP-AN et Public Sénat devraient être alignés sur les mêmes exigences que France Télévisions et Radio France. Les comités d'éthique et de médiation pourraient être fusionnés pour gagner en lisibilité.

Gouvernance et lutte contre les conflits d'intérêts

Charles Alloncle propose de détacher la tutelle de l'audiovisuel public de la DGMIC pour la confier à un secrétariat général interministériel placé auprès du Premier ministre. La nomination des dirigeants passerait par un avis conforme de l'Arcom et des commissions parlementaires. Les marchés de programmes seraient soumis aux règles de la commande publique, avec un plafond de 10 pour cent du budget annuel par groupe de production et une internalisation obligatoire des émissions de flux (information, débat, opinion). Le système des animateurs-producteurs serait profondément réformé, voire supprimé.

Rationalisation structurelle et économies budgétaires

Le volet financier est particulièrement ambitieux. Le rapporteur appelle à un plan global d'économies de l'ordre d'un milliard d'euros, passant notamment par la fusion de France 2 et France 5, la suppression ou la fusion de France 4 et France TV Slash, la rationalisation de France 24 et Franceinfo, la fusion de France 3 et du réseau France Bleu, la suppression du Mouv' et une réduction drastique des budgets consacrés aux jeux, au divertissement et aux droits sportifs.

Ces mesures visent à recentrer le service public sur ses missions essentielles tout en développant une production internalisée et en favorisant un tissu de PME indépendantes. Un contrat d'objectifs et de moyens (COM) contraignant est demandé à France Télévisions pour un retour à l'équilibre financier avant fin 2026.

Le président de la commission nuance le diagnostic

Dans son avant-propos, le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, reconnaît l'existence de dysfonctionnements réels mais critique vivement les méthodes employées et rejette toute idée de privatisation. Il plaide pour un audiovisuel public fort, indépendant et souverain et formule 40 propositions plus mesurées, axées sur la transparence, la bonne gouvernance et la maîtrise des dépenses, sans préconiser les suppressions de chaînes envisagées par le rapporteur.

Le rapport Alloncle, très attendu par les professionnels et les téléspectateurs, intervient dans un contexte de forte pression budgétaire sur les finances publiques. Ses recommandations, si elles étaient suivies, entraîneraient une refonte majeure du paysage audiovisuel public français, avec des conséquences directes sur la grille des programmes, l'emploi dans le secteur de la production et l'offre accessible via la TNT, le satellite et les plateformes.

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