Politique
 

Vincent Bolloré auditionné : le magnat des médias défend son empire face aux députés

Frédéric SCHMITT
24 mars 2026 à 22h42

Vincent Bolloré, figure emblématique de l'audiovisuel privé français, a été auditionné pendant plus de deux heures par la commission d'enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public.

La commission, créée le 28 octobre 2025 à la demande du groupe Union des droites pour la République (UDR) d'Eric Ciotti, examine les dysfonctionnements présumés de l'audiovisuel public, de son financement par la redevance et de sa neutralité politique. Présidée par le député Jérémie Patrier-Leitus, elle a déjà entendu des patrons comme Delphine Ernotte-Cunci de France Télévisions, Patrick Cohen ou encore Élise Lucet. L'audition de Vincent Bolloré s'inscrit dans une série d'interrogations sur les liens entre acteurs privés et public, notamment via les sociétés de production aux contrats suspicieux.

Officiellement, le milliardaire breton de 73 ans est convoqué en sa qualité de président de la Compagnie de l'Odet et ancien PDG du groupe Bolloré. Via Vivendi, il détient une participation significative dans Banijay, géant de la production audiovisuelle fondé par Stéphane Courbit, qui fournit régulièrement des programmes à France Télévisions. Le président de la commission a insisté : il ne s'agit pas d'étudier l'audiovisuel privé, mais les actionnaires financiers des partenaires du service public.

L'audition a débuté à 15h30 à l'Assemblée nationale, retransmise en direct sur LCP et YouTube. Après un rappel de son CV long comme deux bras, Bolloré est entré dans le vif du sujet. Interrogé sur les 4 milliards d'euros de pertes cumulées de France Télévisions, il a pointé du doigt un "problème de gestion des coûts". "Il y a un problème de gestion", a-t-il lancé, questionnant l'efficacité des dirigeants publics face à un budget annuel de plusieurs milliards financé par la redevance.

Se posant en "ennemi commun parfait" des patrons de l'audiovisuel public, il a nié toute animosité personnelle : "Je ne hais personne", "J'ai mes convictions, je suis un homme qui aime son pays, mais je ne mélange pas cela avec des affaires industrielles". Sur le soutien de CNews à ses animateurs, comme Jean-Marc Morandini, il a affirmé : "Je ne ferai jamais rien contre la justice". Détournant l'audition, la députée écologiste Sophie Taillé-Polian l'a attaqué sur ce "soutien sans faille", tandis que le rapporteur UDR Charles Alloncle a creusé les aspects financiers.

Bolloré a plaidé pour plus d'"empathie" et de "pardon" dans le débat public, épargnant en partie le service public tout en critiquant sa gestion.

Banijay, avec ses productions phares comme "Koh-Lanta" ou "Les Marseillais", représente un pivot clé : Bolloré, via Vivendi, influence indirectement les grilles de France Télévisions. Les députés ont aussi évoqué la concurrence déloyale, les quotas de production européenne et les défis du streaming, où Canal+ réclame un allègement des contraintes face à Netflix.

La commission poursuit ses travaux mercredi et jeudi, avec d'autres auditions prévues.

Pour voir cette audition mise en ligne par l'Assemblée Nationale sur YouTube plutôt que sur un service français tel que Dailymotion ou Videas, cliquez sur ce lien.

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