Piratage
 

Piratage : Quad9 refuse de bloquer des sites en France et envisage de partir face à beIN Sports

Frédéric SCHMITT
10 octobre 2026 à 11h45

Le résolveur DNS Quad9 n'applique pas le blocage de sites pirates ordonné en France à la demande de beIN Sports. La chaîne réclame désormais une astreinte qui pourrait atteindre 580 000 euros par jour, et la fondation suisse n'exclut plus de cesser de servir les internautes français.

L'affaire remonte au 13 mai 2026. Saisi par beIN Sports France, détentrice des droits en France du circuit féminin de tennis WTA, le tribunal judiciaire de Paris a ordonné à Google, à Whalebone (opérateur de DNS4EU) et à la fondation Quad9 de bloquer, depuis le territoire français et jusqu'au dernier match de la saison prévu le 14 novembre, l'accès à des sites et services IPTV diffusant illégalement les rencontres. La liste initiale comptait six noms de domaine.

Dès le départ, beIN Sports demandait d'assortir l'injonction faite à Quad9, et à elle seule, d'une astreinte de 2 000 euros par jour et par domaine non bloqué. Le tribunal l'a refusée, estimant qu'aucune circonstance ne justifiait alors que la fondation "entende résister" à la décision, tout en rappelant que les parties pouvaient le saisir à nouveau en cas de difficultés d'exécution.

C'est ce qu'a fait la chaîne. Quad9 affirme n'avoir bloqué aucun des domaines, par choix. D'après la fondation, beIN Sports réclame cette fois 10 000 euros par domaine et par jour, soit 580 000 euros quotidiens pour les 58 domaines. L'affaire a été plaidée le 1er octobre devant le tribunal de Paris, et la décision est attendue dans environ trois semaines. Sollicitée par TorrentFreak, beIN Sports n'a pas souhaité commenter une procédure en cours.

Quad9 explique ne pas pouvoir limiter le blocage aux seuls utilisateurs situés en France, comme l'exige le jugement. Le service ne collecte pas de données sur ses utilisateurs et devrait s'appuyer sur des bases de géolocalisation d'adresses IP qu'il juge incomplètes ou inexactes. "Il n'existe aucun moyen juridiquement fiable pour nous de définir un utilisateur français", résume la fondation. Le tribunal avait pourtant relevé en mai que les défenderesses ne démontraient pas que cette limitation au territoire français serait coûteuse ou techniquement impossible.

Si l'astreinte est prononcée, Quad9 dit avoir trois options : un blocage limité à la France, qu'elle juge imprécis et toujours exposé à des pénalités ; un blocage mondial, qui reviendrait selon elle à étendre la juridiction française au monde entier ; ou l'arrêt du service pour les internautes qu'elle estime situés en France, comme l'avait fait OpenDNS en 2024. Son conseil de fondation doit encore en débattre.

La fondation maintient que les résolveurs DNS récursifs sont "le mauvais endroit" pour lutter contre le piratage. Elle s'inquiète aussi de la loi adoptée en juillet par le Parlement, qui permet d'ajouter automatiquement de nouveaux domaines pendant les retransmissions en direct, avec un contrôle a posteriori de l'ARCOM.

Les résolveurs alternatifs sont pourtant devenus une cible régulière des ayants droit : la Cour d'appel de Paris a validé en mars les demandes de Canal+ visant Google, Cloudflare et Cisco, et Quad9 figurait parmi les DNS publics visés par les ordonnances de juillet sur le football.

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