
La Liga de fútbol professionnelle espagnole (LaLiga) a involontairement rendu inaccessible, pour de nombreux internautes en Espagne, le site officiel freedom.gov du gouvernement américain.
Ce blocage, signalé le 22 février 2026, illustre les limites des dispositifs judiciaires massifs déployés contre le piratage sportif.
Freedom.gov, lancé par le Département d'État sous l'administration Trump, est une plateforme de contournement de la censure. Destinée aux utilisateurs confrontés à des restrictions numériques, elle agit comme une passerelle sécurisée qui masque l'origine du trafic derrière une adresse IP américaine. Le site, encore en phase de déploiement, repose sur l'infrastructure Cloudflare, ce qui le rend vulnérable aux blocages IP étendus.
LaLiga, présidée par Javier Tebas, bénéficie d'ordonnances judiciaires lui permettant d'imposer aux principaux fournisseurs d'accès espagnols (Telefónica, Vodafone, Orange, Digi) le blocage dynamique d'adresses IP associées à des flux illégaux de matchs de football. Ces mesures, activées principalement les jours de rencontre, visent les sites IPTV et plateformes de streaming non autorisées. Depuis 2025, la ligue a élargi son action aux fournisseurs de VPN tels que ProtonVPN et NordVPN, considérés comme des intermédiaires obligés de bloquer les mêmes plages d'adresses.
Le problème provient de la nature même de ces filtrages : ils portent sur des plages IP entières gérées par des CDN comme Cloudflare. Une seule adresse suspectée suffit à rendre inaccessibles des milliers de domaines légitimes. Freedom.gov partage ainsi une IP (notamment 188.114.96.5) régulièrement ciblée par LaLiga. Les utilisateurs espagnols reçoivent alors un message officiel indiquant un blocage judiciaire à la demande de la ligue.
David Peterson, directeur général de ProtonVPN, a dénoncé l'absurdité de la situation : un site gouvernemental américain conçu pour lutter contre la censure se retrouve lui-même censuré par un outil anti-piratage sportif. L'affaire a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, certains y voyant un excès de pouvoir accordé à une ligue privée.
En Espagne comme en France, les diffuseurs officiels (Movistar, beIN Sports, DAZN) investissent des sommes considérables pour acquérir les droits de LaLiga. Le piratage représente une perte annuelle de plusieurs centaines de millions d'euros. Pourtant, les blocages IP massifs, sans distinction fine, produisent des effets pervers : interruption de services légitimes, dont une plateforme gouvernementale étrangère.
Les autorités espagnoles et la Commission européenne pourraient être saisies. Un tel blocage d'une infrastructure critique américaine, classée comme telle par la directive présidentielle PPD-21, risque même de créer des tensions diplomatiques. Javier Tebas défend une politique de « zéro tolérance », mais les tribunaux pourraient exiger à l'avenir une plus grande précision technique.
-
14
-
1
-
1
-
9
Pour lire les commentaires et participer, vous devez vous identifier.
Connectez-vous ou devenez membre pour participer et profiter d'autres avantages.












