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Presse en ligne : les sites d'information perdent près d'un quart de leurs visites depuis l'arrivée des Aperçus IA de Google

Frédéric SCHMITT
8 octobre 2026 à 13h42  
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Selon les chiffres ACPM de septembre 2026, les sites des principaux médias d'information français ont perdu 22,9 % de leurs visites en un an. Le lancement en France des réponses générées par l'IA de Google, le 22 juillet, est pointé du doigt, mais d'autres facteurs pèsent aussi.

Le classement ACPM des marques numériques de septembre, publié le 8 octobre, confirme le décrochage. Sur un panel de 40 marques d'actualité et d'information générale établi par The Media Leader, les visites passent de 2,14 milliards à 1,70 milliard en un an (-20,8 %). Les sites reculent de 22,9 %, quand les applications, dont l'audience ne transite pas par un moteur de recherche, ne perdent "que" 9,4 % à périmètre comparable.

L'écart entre sites et applications est frappant chez plusieurs éditeurs :

  • Franceinfo : -32,9 % sur le site, -9,9 % sur les applications ;
  • Le Parisien : -43,5 % sur le site, -19,3 % sur les applications ;
  • ici (ex-France Bleu) : -55,8 % sur le site, mais +21,8 % pour l'application ;
  • Le Point (-51,6 %), Marianne (-51,7 %) et L'Express (-43,8 %) perdent environ la moitié de leurs visites totales.

En tête, Ouest-France limite la casse (-9,6 %, à 191,9 millions de visites), devant Le Figaro (-21,8 %) et Le Monde (-19,6 %). En août, l'ACPM relevait déjà un recul moyen de 15,3 % pour les sites d'actualité généraliste.

Les Aperçus IA en ligne de mire

Google a lancé les Aperçus IA (AI Overviews) et le Mode IA en France le 22 juillet 2026, deux ans après le début de leur déploiement mondial en mai 2024. Ces résumés s'affichent au-dessus des liens et répondent directement à l'internaute, qui a moins de raisons de cliquer.

D'autres causes identifiées

Les éditeurs et l'ACPM appellent toutefois à la prudence, l'organisme estimant en août qu'il n'était « pas possible d'isoler l'impact » des Aperçus IA. Plusieurs causes s'ajoutent :

  • les évolutions de l'algorithme de Google Discover, principale cause de la baisse d'août selon plusieurs médias interrogés par l'AFP ; au Parisien, environ trois quarts du trafic provient de ce fil ;
  • une mise à jour anti-spam de Google déployée au même moment, qui brouille l'analyse selon certains experts ;
  • un effet de base : septembre 2025 avait été exceptionnel (chute du gouvernement Bayrou, mobilisation du 10 septembre), sans pour autant expliquer l'écart entre sites et applications.

Google assure de son côté que ses résumés n'ont entraîné aucune baisse significative. La tendance dépasse pourtant la France : selon le Reuters Institute, qui s'appuie sur les données Chartbeat, le trafic issu de la recherche Google vers les sites d'éditeurs a reculé de 33 % dans le monde et de 17 % en Europe entre novembre 2024 et novembre 2025, et les éditeurs s'attendent à une baisse moyenne de 43 % d'ici trois ans. Les assistants conversationnels grignotent aussi l'accès à l'information, à l'image du Royaume-Uni où un habitant sur cinq utilise désormais l'IA pour suivre l'actualité.

Le dossier est aussi devant le régulateur : l'Alliance de la presse d'information générale (Apig) a saisi l'Autorité de la concurrence le 11 août, reprochant à Google d'avoir lancé ces services avant toute négociation avec les éditeurs, en méconnaissance de ses engagements de 2022.

Le reproche des éditeurs reste le même. Avant, Google affichait des extraits de leurs articles sans les payer, mais il leur apportait des visites. Avec les Aperçus IA, il résume directement leur contenu, si bien que l'internaute n'a souvent plus besoin de cliquer. Le contenu sert donc toujours à Google, mais les éditeurs en récupèrent moins de trafic.

Les éditeurs se sont rendus très dépendants de Google : Discover fait à lui seul environ les trois quarts du trafic du Parisien. Pour une presse qui survie en grande partie par l'État (donc les citoyens), ne pas avoir de modèle qui tienne sans cette source de trafic, c'est une fragilité qu'ils ont eux-mêmes laissée s'installer. Pire, ils ne sont plus visibles qu'en grande partie à travers des entreprises américaines (Google, Meta, X, etc).

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